
Kiev espère rendre le ciel russe infréquentable malgré les risques de gestion aérienne.
À la suite d’un été marqué par une intensification des hostilités, l’Ukraine a intensifié ses attaques par drones sur le territoire russe, rendant la situation de plus en plus préoccupante. Les données du ministère russe de la Défense révèlent que l’Ukraine déploie quotidiennement plus de cinq cents drones, avec des pics dépassant parfois le millier. Ces drones, tels que le Mammoth, capable d’atteindre une portée de 2400 kilomètres, permettent à l’Ukraine de frapper des cibles plus éloignées et stratégiques.
Les infrastructures civiles sont particulièrement touchées, avec des attaques fréquentes sur des installations logistiques, énergétiques, notamment pétrolières, et portuaires, entraînant des répercussions sur la population. Selon Osprey Flight Solutions, ces frappes perturbent régulièrement le trafic aérien, provoquant des annulations de vols et affectant environ une trentaine d’aéroports par jour, allant de Moscou à des villes éloignées comme Mourmansk ou Novossibirsk.
L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a exprimé ses préoccupations face à cette escalade, signalant que « le risque que des appareils civils soient pris pour cibles ou impliqués dans des échanges de tirs est en augmentation ». Mark Brace, analyste chez Osprey, souligne que « le danger est réel pour l’aviation civile en Russie », non seulement à cause des drones, mais également en raison des missiles et systèmes de défense aérienne utilisés pour les abattre.
Malgré cela, la Russie tente de rassurer les compagnies aériennes, notamment celles de Chine, de Turquie et des Émirats, qui continuent d’utiliser son espace aérien. En revanche, les transporteurs européens et américains ont cessé de survoler la Russie, en partie à cause des restrictions imposées par Moscou. L’espace aérien ukrainien, quant à lui, reste fermé aux vols civils depuis le début de l’invasion en février 2022.
Pour l’OACI, il est crucial que les États membres évaluent la sécurité de leur espace aérien et prennent les mesures nécessaires. Cependant, ni l’Ukraine ni l’OACI n’ont le pouvoir de fermer l’espace aérien d’un pays souverain, ce qui complique la situation. Les recommandations de l’OACI pourraient ne pas suffire à dissuader les compagnies aériennes de continuer à opérer en Russie.
Mark Brace prévient que la Russie « éviterait de fermer son espace aérien autant que possible », bien qu’elle prenne le risque que les activités militaires affectent l’aviation civile. En cas d’attaques, des restrictions temporaires sont mises en place autour des aéroports ciblés, mais des erreurs d’identification dans l’utilisation des systèmes de défense aérienne restent un risque constant, comme l’illustre l’incident tragique de décembre 2024 où un avion a été abattu près de Grozny.
Dans un effort pour isoler Moscou, l’Ukraine cherche à perturber l’espace aérien russe afin de contraindre les compagnies aériennes à l’éviter. Elle a demandé à l’OACI de soutenir l’interdiction totale des vols civils dans cet espace. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a insisté sur le fait que son pays ne vise pas l’aviation civile « en soi », mais souhaite éviter la perte de vies innocentes.
Cependant, l’efficacité de cette stratégie demeure incertaine. Mark Brace note que « divers facteurs politiques, commerciaux ou autres » influenceront la décision des pays concernant l’utilisation de l’espace aérien russe. La démarche ukrainienne vise également à faire peser les conséquences de la guerre sur la population russe, en rendant les déplacements plus compliqués pour ceux qui vivent loin des zones de conflit.
