Belgique

Dôme de chaleur : explication des records de température actuels.

Ce vendredi, le thermomètre devrait atteindre les 40 degrés dans les provinces du Limbourg et de Liège. L’IRM a déclenché un avertissement rouge, ce qui est rarissime.


Ce vendredi est annoncé comme la journée la plus chaude de l’année, avec des températures atteignant les 40 degrés dans les provinces du Limbourg et de Liège. L’IRM, l’Institut Royal Météorologique, a émis un avertissement rouge, une situation plutôt rare.

Ce pic de chaleur, en plus d’être influencé par le dérèglement climatique dû aux activités humaines, est également causé par un phénomène plus ponctuel connu sous le nom de dôme de chaleur. François Massenet, climatologue et chercheur qualifié FNRS, illustre ce phénomène : « Un dôme de chaleur, c’est une zone de très haute pression où l’air est statique et même comprimé par le poids de la colonne d’air qui se trouve au-dessus. En se comprimant, l’air se réchauffe, un peu comme dans une pompe à vélo. C’est ce que nous connaissons en ce moment : une stagnation d’air avec peu de circulation, ce qui explique les températures très élevées. »

Mais pourquoi parle-t-on de « dôme » ? « À cause de sa forme. Quand on examine une carte des pressions atmosphériques, on observe un effet rebondi sur l’Europe, avec des zones de très haute pression. C’est très visuel : l’Europe semble enveloppée dans une bulle ou un dôme qui ne bouge pas pendant plusieurs jours. Aux limites de ce dôme, toutes les petites dépressions, qui apportent normalement des précipitations, sont détournées vers la Scandinavie et ne rafraîchissent pas notre pays. »

### Une cocotte-minute avec un couvercle dessus

La question se pose : comment et pourquoi ce dôme se forme-t-il ? Caroline Dossogne, responsable de la météo à la RTBF, répond : « Un dôme de chaleur, c’est un anticyclone, un système de haute pression. Ici, il fait réellement affecte toute l’Europe de l’Ouest, avec son centre situé sur la France. Dans un anticyclone, les vents tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, allant chercher de l’air chaud venant du Sud. Cet air, sous pression, descend vers le sol, se comprime et se réchauffe. Cette chaleur s’accumule et s’intensifie, formant un couvercle qui empêche son évacuation. Tout cela s’auto-alimente, provoquant une ascension des températures. »

« Pour ajouter à cela, nous avons également une dépression en mer au large du Portugal qui agit comme une pompe à chaleur. Autour d’une dépression, l’air tourne dans l’autre sens, nous apportant de l’air chaud par deux voies. Cette situation est stationnaire, l’anticyclone ne bouge pas parce qu’il n’y a rien pour le perturber, créant ainsi toutes les conditions pour une explosion des températures. »

Cette situation devrait toutefois évoluer au cours du week-end. « La dépression au large de la péninsule ibérique va se combiner avec une autre dépression, suffisamment puissante pour déplacer l’anticyclone vers l’est. Cela signifie que l’Allemagne et les pays de l’est subiront des températures plus élevées tandis que chez nous, à partir de dimanche et surtout la semaine prochaine, les températures devraient enfin baisser. »

### Une question de vents ou d’absence de vents

Un aspect essentiel d’un dôme de chaleur est la stagnation des masses d’air et l’absence de vent, explique François Massenet : « Le vent que nous ressentons provient souvent d’autres régions périphériques à l’Europe. Les vents peuvent venir du Sahara, traversant des zones désertiques très chaudes comme la péninsule ibérique avant d’arriver chez nous surchauffés. Mais dans le cas présent, il y a très peu de vent et l’air stagne, étant piégé sous un dôme de chaleur. »

Cela signifie-t-il que ce dôme est causé par le changement climatique ? « En soi, ce n’est pas directement lié au réchauffement climatique, car le dôme résulte de l’organisation des vents à grande échelle. Des dômes se sont formés par le passé. Cela dit, le réchauffement climatique peut aggraver ce phénomène. Nous avons aujourd’hui des dômes de chaleur qui piègent l’air au-dessus d’une région, permettant au rayonnement solaire de continuer à faire monter les températures, sans permettre à l’air de s’échapper ou de se renouveler, entraînant une montée indéfinie des températures. »

### Le réchauffement climatique explique-t-il cette vague de chaleur ?

Bien que le dôme de chaleur ne soit pas directement causé par le réchauffement climatique, François Massenet constate un lien évident entre la vague de chaleur actuelle et ce dérèglement climatique : « Il n’y a aucun doute que les températures records d’aujourd’hui sont liées au changement climatique. Pour ceux qui en doutent encore, regardez la prochaine vague de chaleur. Le changement climatique influence deux aspects : il augmente les températures moyennes de l’air, nous partons déjà avec deux degrés de plus qu’à l’époque pré-industrielle. Les températures à Bruxelles ont ainsi augmenté de 2 degrés depuis le début de l’ère des relevés en 1833. Cela s’ajoute aux températures maximales enregistrées lors d’une vague de chaleur. »

« Ensuite, le changement climatique peut modifier la circulation des vents autour de l’Europe, ce qui augmente la fréquence et la durée des phénomènes de blocage anticyclonique que nous observons actuellement. Les vagues de chaleur que nous avons connues fin mai et maintenant, et celles qui pourraient survenir fin juillet, sont clairement identifiées comme étant liées au changement climatique. »

Massenet ajoute que l’Europe, et surtout la Belgique, est particulièrement vulnérable à ces dômes de chaleur : « Oui, nous avons observé une augmentation des températures plus marquée que la moyenne mondiale. Ce n’est pas une nouveauté : le dernier rapport du GIEC avait déjà signalé que l’Europe serait un hot spot des changements climatiques. »

### Que nous réserve l’avenir ?

Devons-nous nous inquiéter pour l’avenir ? François Massenet répond : « Les rapports scientifiques sont très clairs : des vagues et des dômes de chaleur deviendront plus fréquents, plus précoces dès le printemps, et tardifs après la fin de l’été, voire début octobre. Nous serons également confrontés à des vagues de chaleur plus intenses, battant des records chaque année, ou tous les trois à cinq ans. Elles dureront plus longtemps, jusqu’à sept ou même neuf jours au lieu de cinq. »

Cependant, les dômes de chaleur ne sont pas réservés à l’été ; ils peuvent également avoir lieu en hiver. « Il y en a entre trois et quatre par an, et ils peuvent apparaître en hiver, créant des situations froides avec de l’air venant du continent, plus froid que l’air océanique. »

### Et maintenant, que faire ?

Comment éviter ou réduire la répétition des vagues de chaleur à l’avenir ? Un climatologue n’est pas chargé de définir des solutions politiques, mais François Massenet propose quelques indications : « La seule façon de sortir de cette situation est d’intensifier les efforts en matière d’atténuation, c’est-à-dire de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces émissions continuent malheureusement d’augmenter. »

Il est essentiel d’apprendre à émettre moins de dioxyde de carbone, mais cela ne suffira pas : « Il faut aussi coupler cette démarche à un projet de société, qui favorise les énergies renouvelables et l’électricité produite localement, ce qui permettrait de se libérer d’un système d’approvisionnement énergétique actuellement très mondial et tendu, comme nous l’avons vu avec la crise du détroit d’Ormuz. »

En attendant les effets de ces actions d’atténuation, « nous devons apprendre à nous adapter rapidement. Actuellement, nous peinons à répondre correctement aux augmentations de température, par exemple en matière de climatisation ou de soins de santé, pour éviter que ceux qui souffrent de la chaleur n’augmentent la saturation des services d’urgence, déjà sous pression pour d’autres raisons. Cela nécessite une actualisation de nos infrastructures, en commençant par nos systèmes de soins de santé, pour répondre à ces nouveaux besoins. »