Belgique

Décès massifs de volaille : les éleveurs s’adaptent pour le bien-être animal

Avec les récentes canicules qui touchent l’Europe, la chaleur à l’intérieur des élevages en batterie dépasse parfois les températures habituelles. Cette chaleur peut s’avérer mortelle pour les animaux d’élevage, notamment pour les poulets. En France, on estime que près de 700.000 poules pondeuses seraient déjà décédées à cause des canicules.

Bien que le problème soit moins prononcé en Belgique, il affecte tout de même les acteurs du secteur. « J’ai eu 90 décès sur un total de 4.500 poulets pour le lot. Ces décès sont surtout dus, d’une part, à la chaleur, et d’autre part, au fait que le poulet est déjà à son poids d’abattage, ce qui le rend beaucoup plus fragile », précise Didier Bérode, membre de la coopérative « Coq des Près » et éleveur de poules.

Les températures élevées sont moins dangereuses pour les poussins que pour les poulets adultes. « Ces poussins n’ont que 12 jours, donc ils ont besoin d’une certaine température. Mon poulailler est réglé sur 24,5 °C. J’arrive à les atteindre grâce à la ventilation naturelle qui est programmée. Donc ici, je n’ai pas trop peur, ils vont résister à ces chaleurs. »

« Il faut réfléchir à bien ventiler, au bien-être animal », déclare Norbert Vromant, producteur d’œufs.

Les grands bâtiments où sont entreposés ces poulets doivent respecter des règles strictes pour répondre aux exigences du SPW, Service Public de Wallonie. « Au départ, quand on construit un bâtiment, il faut réfléchir à bien ventiler, au bien-être animal. On a placé beaucoup de ventilateurs… Deuxièmement, en prévention, on met des vitamines C dans l’eau pour déstresser les poules… Et on a encore de la chance, grâce aux panneaux photovoltaïques qui sont sur le toit et qui empêchent la chaleur de rentrer dans le poulailler », explique Norbert Vromant.

Cependant, certains bâtiments ne sont pas préparés à des chaleurs aussi importantes, et les agriculteurs doivent recourir à des solutions innovantes pour garder leurs poulets au frais. Une ferme a même dû faire appel à une entreprise spécialisée dans l’irrigation pour rafraîchir sa toiture. « On a essayé d’imaginer un nouveau système pour pouvoir arroser toute la toiture. On a utilisé une machine qui répand en théorie du lisier, mélangé avec des pièces pour de l’irrigation. Et c’est ça qui a fait qu’on a su le faire… On a gagné 3 degrés à l’intérieur du bâtiment, ce qui a permis de sauver pas mal de poules », explique Charles-Antoine De Wulf, dirigeant de l’entreprise d’épandage et d’irrigation.

Les changements climatiques vont modifier les pratiques des éleveurs dans les années à venir. Le SPW bien-être animal adapte ses normes au fil des ans et devra se préparer à ces vagues de chaleur. « Il y a effectivement une réflexion qui est en cours… Il faut tenir compte vraiment de la physiologie de l’animal et on sait qu’en conditions climatiques différentes, ce n’est pas uniquement adapté la ventilation, l’humidité ou la densité d’animaux. C’est vraiment penser aux bâtiments, comment équiper des bâtiments pour qu’on puisse répondre directement à des conditions climatiques, je vais dire extrêmes, telles que les canicules, comme on en connaît aujourd’hui », analyse Nicolas Burton, vétérinaire et expert du bien-être animal au SPW.

« S’ils ne s’adaptent pas demain, l’élevage risque effectivement de coûter », avertit Nicolas Burton.

Un changement que tous les acteurs du secteur devront opérer ensemble, afin de préserver le bien-être animal et l’intérêt des éleveurs. « C’est vraiment prendre la réflexion de manière la plus transversale possible et en faisant intervenir différents acteurs, qui sont les vétérinaires, qui sont les firmes d’aliments… Sans oublier bien sûr les agriculteurs qui eux n’ont aucune raison de poursuivre dans des conditions, je vais dire conservatrices, dans le sens que, s’ils ne s’adaptent pas demain, l’élevage risque effectivement de coûter, puisqu’un animal qui souffre de ces conditions climatiques extrêmes, c’est un animal qui risque de tomber malade, c’est un animal qui produit moins, et pour l’éleveur, c’est d’autant moins intéressant », conclut-il.

Ces risques ne se limitent pas qu’aux poulets, tous les acteurs du secteur devront s’adapter pour protéger les animaux et éviter que les conditions climatiques n’affectent la production.