
Renault Trucks répond aux camions de pompiers bloqués par l’AdBlue en incendie
Après notre article concernant les engins de secours immobilisés en raison de leur système antipollution, Renault Trucks a réagi. Le constructeur a affirmé que ses châssis pompiers sont exemptés du mode dégradé lié à l’AdBlue, et ce, depuis 2005.
Notre article sur les camions de pompiers bloqués en pleine intervention à cause de leur dispositif antipollution a suscité des réactions. Un lecteur a signalé que Renault Trucks avait déjà mis en place une solution, ce qui nous a amenés à poser la question au constructeur.
La réponse, fournie par Antoine Pétré, manager produit carrossier incendie et voirie chez Renault Trucks, est claire : le problème ne se pose pas pour ses véhicules.
Avant de détailler davantage, un rappel s’impose : selon les pompiers, avec certains camions, lorsque le réservoir d’AdBlue est vide, il est nécessaire de faire le plein, sans quoi il est impossible de redémarrer, ce qui entraîne une perte de temps.
De plus, les dispositifs antipollution engendrent des contraintes en termes d’entretien et de réparation pour les pompiers, avec des pièces qui se cassent ou doivent être remplacées régulièrement en raison de l’encrassement.
Le constructeur confirme l’existence dans son catalogue d’une variante identifiée 1MR15, désignée par le terme peu poétique de « contrôle émission sans réduction de couple phase E ». Son rôle est d’empêcher le moteur de passer en mode dégradé lorsque les émissions dépassent le seuil réglementaire en raison d’un manque d’AdBlue.
Cette option n’est pas nouvelle. Renault Trucks indique la proposer depuis 2005, avec une déclinaison développée pour chaque étape réglementaire successive (Euro 4, Euro 5 puis Euro 6). La référence 1MR15 correspond simplement à la version actuelle de l’Euro 6.
Le point le plus intéressant réside dans une déclaration du constructeur : c’est « prévu par la réglementation depuis le départ ». En d’autres termes, le droit européen n’a jamais imposé aux véhicules de secours de se brider automatiquement.
Cela rejoint ce que nous avions mentionné dans notre premier article : le règlement européen sur la réception des véhicules exclut explicitement les engins des services d’incendie, de la protection civile et des forces de l’ordre de son champ d’application obligatoire.
Cette variante est montée de série sur les modèles spécifiquement destinés aux pompiers et est proposée en option sur le reste de la gamme. Renault Trucks affirme que 100 % des véhicules à caractère sécuritaire qu’il livre en sont équipés.
C’est un point important : les SDIS français utilisent majoritairement des Renault Trucks. Pour ces engins, une panne sèche d’AdBlue ne provoque donc ni réduction de puissance ni immobilisation.
Cependant, il est essentiel de noter ce que cela ne signifie pas. Le système SCR continue de fonctionner normalement : il ne s’agit pas d’une exemption de dépollution, mais simplement d’une neutralisation de la sanction automatique. Le camion dépollue comme tout autre Euro 6, mais il ne se pénalise pas lui-même lorsque le réservoir d’urée est vide.
La réponse du constructeur fait référence à la variante du camion dont le mécanisme permet de contourner le manque d’AdBlue.
Cependant, les difficultés évoquées cet été par les services d’incendie ne se limitent pas au niveau du réservoir. Le SDIS de la Gironde a mentionné des défaillances de sondes en sortie de moteur, avec des pièces de rechange souvent indisponibles en stock.
S’ajoute à cela un problème connu depuis longtemps dans le milieu des pompiers : un moteur qui entraîne une pompe par prise de force pendant des heures ne peut pas régénérer son filtre à particules, et l’utilisation à faible charge de ces engins favorise l’encrassement.
La réponse de Renault Trucks ne fait pas mention de ces deux problématiques. Le débat public s’est concentré sur l’AdBlue, car c’est l’élément le plus facile à appréhender, mais cela n’est probablement pas la principale cause d’immobilisation.
Il reste également la question des autres marques présentes dans les parcs français (Iveco, MAN, Mercedes-Benz, Scania) pour lesquelles nous n’avons pas d’élément équivalent à ce stade.
Dernier point à retenir de cet échange : Renault Trucks confirme avoir été sollicité par les autorités sur ce sujet, tout comme l’ensemble des constructeurs réunis au sein de la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI). Le constructeur indique que des discussions sont en cours au niveau gouvernemental, sans pouvoir en dire davantage.
Ces échanges se déroulent dans un contexte politique. À la mi-juillet, la députée de Gironde Pascale Got a interrogé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sur l’AdBlue lors d’une séance de questions au gouvernement, en soulignant les difficultés rencontrées par les pompiers sur le terrain.
Le dossier est donc bien ouvert du côté de l’État. Nous ne savons pas encore sur quoi il portera exactement : une exemption de norme à l’achat, une adaptation des dispositifs de sécurité obligatoires (que la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France vise également) ou autre chose. Nous suivrons l’évolution de la situation.
