Contraception masculine : un stérilet pour homme attendu d’ici 2033
Le CHU de Lille a développé le tout premier stérilet masculin au monde, qui est entièrement mécanique et sans hormones. Ce dispositif, qui se pose sur les canaux déférents pour bloquer la fertilité, devrait permettre une protection proche de celle de la vasectomie, évaluée à 99%.
Quinze minutes d’intervention, sans hormones, sans points de suture et une méthode entièrement réversible. C’est ce que propose le tout premier stérilet masculin au monde, développé par le CHU de Lille.
« C’est un dispositif qui est entièrement mécanique. Il n’y a vraiment aucune hormone et il n’y a pas de médicaments », nous explique Dominique Prasivoravong, un des quatre membres de l’équipe qui a développé ce stérilet.
Après quatre années de recherche, ce dispositif pourrait révolutionner le marché de la contraception et alléger le fardeau de la contraception souvent supporté par les femmes. Mais comment fonctionne-t-il concrètement ?
### Comme une vasectomie, mais avec la possibilité de revenir en arrière
« L’idée, c’est de reproduire le principe de la vasectomie », précise Dominique Prasivoravong. Ce dispositif mesure environ un centimètre et se fixe sur les canaux déférents, chargés de transporter les spermatozoïdes. Son fonctionnement consiste à bloquer la fertilité, empêchant ainsi les spermatozoïdes de passer dans le sperme. « Et le gros avantage, c’est d’être réversible : en enlevant ce dispositif, on récupère sa fertilité », ajoute-t-il.
Une fois posé, le dispositif est efficace pour une durée de trois ans. Pourquoi cette durée ? « Car la réglementation impose que l’étude clinique dure le même temps que l’autorisation de mise sur le marché. La première fois qu’on le commercialisera, on va revendiquer trois ans, même si l’efficacité pourrait être plus longue. Mais pour lancer le plus rapidement le dispositif, on va mener l’étude sur trois ans », explique Dominique Prasivoravong.
### Pour quelle protection ?
Avec ce stérilet, l’objectif est d’atteindre une efficacité proche de celle de la vasectomie, qui est de 99%. « Ça sera l’objet des études cliniques, qui viendront démontrer la performance du dispositif », souligne Jessica Schiro, également membre de l’équipe de recherche.
Ces études cliniques auront aussi pour but d’évaluer la douleur potentielle associée au port du dispositif, semblable aux préoccupations liées aux stérilets féminins. « Pour évaluer la douleur, il faudra tenir compte des premières implantations chez l’homme. Mais il y aura un suivi médical qui sera de toute façon obligatoire avec l’utilisation de ce stérilet, comme pour les femmes. J’y vois un progrès pour la santé de l’homme et pour la prévention des maladies liées aux testicules », ajoute Jessica Schiro.
### Des prototypes en phase de test qui seront disponibles d’ici 2033
Avant sa commercialisation, plusieurs étapes doivent encore être franchies. Des essais précliniques seront menés en partenariat avec l’Université de Liège. Si tout se passe bien, la première implantation dans le cadre d’une étude clinique pourrait avoir lieu en 2030, avec une commercialisation prévue pour 2033 au plus tôt.
En attendant, bien que la Belgique ait un bon accès aux méthodes contraceptives, la responsabilité de celle-ci repose encore majoritairement sur les femmes. C’est l’un des résultats d’une étude exploratoire sur la perception de la contraception réalisée par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.
« L’idée est de proposer également aux hommes des solutions de contraception pour alléger la charge contraceptive, qui est aujourd’hui portée essentiellement par les femmes. On constate que les femmes commencent à bouder un peu les méthodes hormonales et qu’après avoir eu des enfants, elles n’ont peut-être plus envie de supporter ça. Il y a une réelle volonté de passer le relais », conclut Jessica Schiro.
D’ici sept à dix ans, la situation pourrait donc évoluer en proposant une solution supplémentaire à la vasectomie, au préservatif ou à la méthode thermique avec le slip chauffant. Cependant, même en cas de mise en place de ce dispositif, il sera toujours nécessaire d’utiliser des préservatifs pour se protéger des infections sexuellement transmissibles (IST).
Enfin, il sera crucial de persuader les sceptiques. « Si les mentalités ont déjà changé, il faudra continuer à travailler là-dessus », conclut Dominique Prasivoravong.

