
Abdul El-Sayed, candidat démocrate aux midterms du Michigan, vise le Sénat.
Abdul El-Sayed, le candidat progressiste, a célébré sa victoire aux primaires démocrates du Michigan en affirmant : « Comme l’avait dit Mohamed Ali : on a fait trembler le monde« . Ce triomphe face à Haley Stevens, une candidate centriste soutenue par des figures influentes du Parti démocrate, a été marqué par un résultat plus serré que prévu, avec El-Sayed recueillant 48,48 % des voix contre 47,51 % pour Stevens.
À 41 ans, El-Sayed se prépare maintenant à affronter le républicain Mike Rogers, qui bénéficie du soutien du président américain. Bien que le Michigan ait actuellement deux sénateurs démocrates, cet État clé a vu Donald Trump l’emporter lors de la présidentielle de 2024. Le Michigan, considéré comme un Swing State, est souvent le théâtre de résultats très disputés, ce qui en fait un enjeu crucial pour les deux partis.
Pour réussir, El-Sayed mise sur l’engagement de la base progressiste, mécontente de la politique de Trump depuis le début de son second mandat en janvier 2024. Ce contexte est bien différent de celui de 2018, où il n’avait pas réussi à obtenir l’investiture démocrate pour le poste de gouverneur.
Né à Detroit d’un père égyptien et d’une mère du Michigan, El-Sayed a un parcours académique impressionnant, avec un diplôme de l’université du Michigan et un doctorat en médecine de l’université de Columbia, sans oublier une formation à Oxford grâce à la bourse Rhodes. Plutôt que de pratiquer la médecine, il a choisi de se tourner vers l’épidémiologie et a été nommé directeur du département de la santé de Détroit à seulement 30 ans. Il a également dirigé le département de la santé et des services sociaux du comté de Wayne entre 2023 et 2025.
Musulman, El-Sayed vit à Ann Arbor avec sa femme et ses deux enfants. Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB, souligne que « Abdul El-Sayed est un immigré de la deuxième génération, représentant bien la diversité américaine« . Cette diversité, illustrée par des figures comme le maire démocrate de New York, Zohran Mamdani, contraste avec l’establishment démocrate souvent perçu comme une gérontocratie. Jaumain note que la jeunesse cherche à s’éloigner des politiques traditionnelles, en favorisant des personnalités qui se démarquent par leurs positions fermes sur divers sujets.
El-Sayed, dont la motivation politique est en partie ancrée dans son histoire familiale, a déclaré : « Ma famille a immigré dans ce pays d’un endroit où il n’y a pas de démocratie. Vous ne pouvez pas simplement lever la main et vous présenter« . Parmi ses priorités, il souhaite « expulser l’argent de la politique« , refusant les contributions des grandes entreprises et des groupes d’intérêts, tout en s’opposant à l’influence de l’Aipac, le lobby pro-Israël. Sa rivale avait bénéficié de plus de 30 millions de dollars de dons de ce lobby.
Jaumain précise qu’El-Sayed adopte une position pro-palestinienne, appelant à ce que les États-Unis cessent leur soutien militaire à Israël, une demande forte parmi les jeunes générations. El-Sayed qualifie la situation à Gaza de génocide, tout en affirmant que ses critiques à l’égard de l’Aipac ne font pas de lui un antisémite. Il prône également des mesures pour alléger le coût de la vie et milite pour une couverture santé universelle.
Face à son programme à gauche, les républicains n’hésitent pas à le qualifier d’extrémiste, exploitant son identité arabe et musulmane. À l’annonce des résultats, Donald Trump a raillé la victoire d’El-Sayed, le qualifiant de « communiste » et saluant cela comme une « super nouvelle pour les républicains« . Les républicains au Sénat ont même déclaré sur X que « une alliance de communistes et d’islamistes prend le contrôle du Parti démocrate« .
El-Sayed a dénoncé cette campagne agressive menée par Rogers et ses alliés, soulignant qu’elle est loin d’être terminée, alors que les élections de mi-mandat approchent, prévues pour le 3 novembre prochain.
