
À Ceuta, 1200 jeunes se déclarent mineurs : un défi pour prouver leur âge
À Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, la crise migratoire persiste. Bien que la majorité des migrants ayant récemment atteint cette zone soient retournés au Maroc, les estimations indiquent qu’entre 3 000 et 5 000 personnes demeurent sur place, dont environ 1 200 jeunes se déclarent mineurs.
Dans l’attente d’une place dans un centre d’accueil, beaucoup vivent dans des conditions précaires, certains dormant à l’extérieur, dans des parcs ou sur la plage. Les infrastructures locales sont débordées, avec seulement une centaine de places disponibles pour ces mineurs présumés.
Face à cette situation alarmante, les habitants et les associations locales s’efforcent de répondre à l’urgence. Ahmed Enfedal, président de l’Association de quartier Princípe Alfonso, déclare : « Nous sommes débordés, on n’en peut plus. On demande de l’aide à tout le monde. On a besoin de nourriture, on a besoin de vêtements, de produits d’hygiène personnelle. » Cependant, une question cruciale demeure : comment établir l’âge de ces jeunes qui affirment être mineurs ?
En Espagne, lorsqu’un jeune migrant se présente comme mineur sans documents, les autorités doivent procéder à une évaluation individuelle de son âge. À Ceuta, cette évaluation repose en partie sur des examens médicaux, y compris des radiographies, mais les ressources disponibles sont largement insuffisantes pour le nombre de personnes à examiner. L’hôpital de Ceuta ne dispose que de trois salles de radiographie, et les autorités locales appellent à davantage de moyens humains et techniques pour accélérer ces procédures.
Juan Jesús Vivas, président de Ceuta, souligne que « l’enclave ne peut pas gérer seule cette situation ». Il plaide pour le transfert des enfants vers d’autres régions moins surchargées. Selon la législation espagnole, les différentes régions doivent participer à l’accueil des mineurs en cas de pression exceptionnelle, mais la mise en œuvre de cette répartition se heurte à des réticences, notamment de la part de certaines régions gouvernées par la droite et l’extrême droite.
Alors que leur situation reste incertaine, de nombreux jeunes se retrouvent sans solution d’hébergement. Des habitants de Ceuta, comme Hamza Sitouni Moreno, témoignent de la détresse qu’ils constatent au quotidien : « Ils sont juste à notre porte. C’est triste, ça fend le cœur. Ils vous demandent des couvertures, de la nourriture et tout le reste. » Certains organisent des solutions temporaires pour permettre aux jeunes de passer la nuit en sécurité. Hamza ajoute : « Je passe les nuits dans la rue avec les enfants. Une fille dort à l’intérieur de ma voiture pour plus de sécurité. »
Les associations mettent également en garde contre les dangers auxquels ces jeunes sont exposés sans prise en charge rapide, notamment les violences, l’exploitation ou les réseaux de trafic. Catalina Perazzo, de Save the Children Espagne, insiste sur le fait que chaque situation doit être examinée individuellement : « Ce qui ne peut en aucun cas être fait, c’est un renvoi collectif ou une décision collective concernant un groupe d’enfants. »
Alors que la situation à Ceuta demeure critique, Madrid envisage de renforcer les moyens d’accueil pour les migrants. Les autorités espèrent que des mesures adéquates seront mises en place pour faire face à cette crise qui pourrait encore s’aggraver.
