
Stratégie énergétique euro-méditerranéenne : La Tunisie, essentielle à l’initiative « T-MED »
L’Union européenne a dévoilé au début du mois de juin une nouvelle initiative destinée à mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert autour de la Méditerranée. La première réunion opérationnelle de la plateforme T-MED est prévue pour octobre 2026.
L’Union européenne a lancé début juin une nouvelle initiative visant à rassembler jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert en Méditerranée. L’objectif est de capitaliser sur le potentiel solaire exceptionnel du Maghreb et du Moyen-Orient pour produire de l’hydrogène vert et ses dérivés, afin de répondre aux besoins croissants de décarbonation de l’industrie européenne. Cette initiative fait partie du Pacte méditerranéen adopté à Barcelone en novembre 2025.
La première réunion opérationnelle de la plateforme T-MED est prévue pour octobre 2026, avec les premièrescoopérations industrielles qui devraient émerger dès 2027.
La Trans-Mediterranean Renewable Energy and Clean-Tech Cooperation, « T-MED », est une plateforme de coopération industrielle et financière, lancée par la Commission européenne en juin 2026, qui regroupe plusieurs pays du bassin méditerranéen : Tunis, Algérie, Égypte, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie. Elle est conçue comme un mécanisme de garantie pour attirer des investissements privés dans des projets de production d’énergie renouvelable, de stockage et d’hydrogène vert.
La Tunisie se trouve dans une position géographique favorable, lui permettant d’agir en tant que pont entre les réseaux électriques nord-africains et européens. Le projet « Elmed », qui prévoit une interconnexion électrique sous-marine avec l’Italie, illustre cette ambition. Pour la Tunisie, T-MED pourrait fournir des financements essentiels à la modernisation de son réseau, au développement du solaire dans le sud du pays et à la formation de compétences spécialisées. Les coopérations industrielles se concentreront sur les chaînes de valeur locales : fabrication de composants, formation, développement de compétences techniques. L’UE anticipe la création de 100 000 emplois dans les pays partenaires.
Une plateforme d’investissement sera mise en place dès septembre 2026. Les investisseurs privés et les porteurs de projets ont jusqu’au 15 août 2026 pour présenter leurs candidatures.
Cette initiative intervient alors que la Tunisie a validé un pipeline de 2 300 MW éolien et solaire, attribué quatre projets totalisant 498 MWac à Qair, Voltalia et Scatec, et que la date limite du Round 6 Steg (200 MW) a expiré le 15 juin 2026. T-MED peut faciliter l’accès aux financements européens pour ces projets.
La Commission de l’UE a fixé un objectif de 15 GW de nouvelles capacités renouvelables dans les pays partenaires d’ici 2035, toutes technologies confondues. Pour le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte, le potentiel d’attraction est énorme : ces quatre pays disposent déjà de pipelines de projets dépassant 50 GW.
Les premières réunions opérationnelles de T-MED se tiendront en octobre 2026, et les premières coopérations industrielles concrètes sont attendues à partir de 2027.
La plateforme disposera d’un mécanisme de révision continue des projets éligibles. Les critères de sélection incluront la bancabilité (cadre réglementaire stabilisé, mécanisme de revenus garanti), l’additionnalité (projet non financé sans la garantie) et l’impact local (emplois, contenu local, formation). La réunion d’octobre constituera un test décisif pour déterminer la capacité de Bruxelles à transformer ce cadre en projets concrets.
Pour les promoteurs de projets, T-MED ne financera pas directement, mais réduira le risque associé aux investissements privés. Les projets qui peinent à obtenir un financement à cause d’un coût du capital trop élevé — un enjeu courant en Afrique du Nord où le coût de la dette est deux à trois fois supérieur à celui observé en Europe — pourraient obtenir des financements grâce aux garanties « EFSD+ ».
Pour les gouvernements de la région, il est crucial de s’assurer que les cadres réglementaires locaux — licences, régulations de l’autoproduction, accès au réseau — soient suffisamment stabilisés pour permettre une mise en œuvre rapide. Pour l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, le programme représente une étape importante. Cependant, tous ne partent pas avec les mêmes avantages. L’Algérie, par exemple, possède un immense potentiel solaire, des infrastructures gazières orientées vers l’Europe et une expérience industrielle robuste dans le secteur énergétique.
L’ambition européenne est de sécuriser de nouvelles sources d’énergie propre tout en rapprochant les réseaux des deux rives.
La Tunisie pourrait ainsi progresser dans son objectif de devenir l’un des principaux fournisseurs d’énergie verte pour l’Europe. L’initiative arrive à un moment particulièrement propice, car grâce à sa proximité avec l’Europe, à ses ressources solaires et éoliennes significatives et à ses infrastructures logistiques et énergétiques opérationnelles, elle est l’un des partenaires les mieux placés pour soutenir la transition énergétique européenne.
Les retombées potentielles pour la Tunisie dépassent largement le secteur énergétique. La production d’électricité verte et d’hydrogène vert pourrait attirer de nouveaux investissements industriels, renforcer les exportations et consolider le rôle stratégique du pays dans les chaînes de valeur de la transition énergétique mondiale.
Cette dynamique pourrait également bénéficier aux consommateurs européens. En diversifiant leurs sources d’approvisionnement, les pays de l’Union cherchent à sécuriser leurs besoins futurs tout en limitant leur dépendance aux énergies fossiles importées. Dans ce contexte, la Tunisie est appelée à jouer un rôle de lien énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
Cependant, le défi reste de taille. La réussite de cette ambition dépendra d’un investissement accru dans les réseaux électriques, les capacités de stockage et les infrastructures d’exportation, ainsi que de la mise en place de cadres réglementaires adaptés aux futurs échanges énergétiques transfrontaliers. Avec T-MED, la Tunisie dispose d’un nouvel outil pour renforcer sa position parmi les futurs leaders de l’énergie verte en Méditerranée.
