
Secteur automobile : L’électrique remet en question l’automobile tunisienne
La transition vers la mobilité électrique progresse lentement, mais elle représente un enjeu stratégique pour le secteur automobile tunisien. Bien que le marché soit encore à ses débuts, les exigences environnementales croissantes, la quête d’une plus grande souveraineté énergétique et l’évolution technologique favorisent cette transformation. Pour les acteurs du secteur, il ne s’agit pas seulement d’adopter des véhicules électriques, mais aussi d’anticiper l’émergence de nouveaux métiers, de renforcer les compétences et de créer un écosystème propice à l’accompagnement des véhicules de demain.
La Presse — Actuellement, le parc de véhicules électriques en Tunisie est encore restreint. Cependant, des signes de croissance sont indéniables. Cette évolution devrait s’intensifier dans les années à venir, soutenue par des impératifs environnementaux ainsi que par des considérations économiques liées à l’augmentation des coûts des énergies traditionnelles. À travers les discussions entre experts et professionnels du secteur, une conviction émerge : la transition vers des transports plus durables est inéluctable, mais elle dépend de plusieurs facteurs économiques et techniques. Mourad Ayadi, ingénieur en mécatronique, membre de la Chambre des réparateurs automobiles (Utica) et actionnaire d’une entreprise de transport léger, évoque les mutations du secteur automobile en Tunisie et les perspectives d’évolution des métiers. La mobilité électrique ne se limite pas aux voitures individuelles, mais s’inscrit dans une vision plus globale qui inclut, à moyen et long terme, les transports publics, notamment les bus électriques, ainsi que des solutions connectées et intelligentes. Cette transformation progressive vise à réduire l’empreinte carbone du secteur des transports, l’un des plus énergivores de l’économie tunisienne. Malgré ces perspectives encourageantes, la réticence des consommateurs demeure l’un des principaux freins. Comme l’a souligné Ayadi, la peur du changement est bien ancrée. Habitués depuis des décennies aux motorisations thermiques, les usagers ont du mal à adopter une technologie qu’ils considèrent encore comme peu familière. Cette appréhension repose souvent sur des questions concrètes : autonomie des batteries, disponibilité des infrastructures de recharge, coût d’acquisition et maintenance. Pourtant, les retours d’expérience montrent que les véhicules électriques présentent, sur le long terme, des coûts d’entretien nettement inférieurs à ceux des véhicules thermiques, grâce à une mécanique simplifiée et à une usure réduite.
Au-delà de l’aspect environnemental, la mobilité électrique représente une véritable opportunité économique pour la Tunisie. Le développement de ce secteur pourrait dynamiser plusieurs domaines, notamment l’industrie automobile, les énergies renouvelables, les technologies numériques et la formation professionnelle.
Des initiatives commencent déjà à voir le jour, comme la création de centres de formation spécialisés pour accompagner cette mutation technologique. L’objectif est de préparer les compétences locales aux nouveaux métiers liés à l’électromobilité, qu’il s’agisse de maintenance, d’ingénierie ou de gestion des infrastructures.
Cependant, la généralisation de la mobilité électrique ne pourra se réaliser sans un cadre réglementaire adéquat et des investissements significatifs. Mourad a souligné la nécessité d’améliorer la législation, de structurer le marché et de développer un réseau national de bornes de recharge. La question de la production d’électricité est également cruciale, la Tunisie cherchant à renforcer son indépendance énergétique. Le développement des énergies renouvelables apparaît ainsi comme un levier essentiel pour assurer la durabilité de cette transition. Bien que de nombreux défis subsistent, les perspectives demeurent encourageantes. La mobilité électrique s’inscrit dans une transformation plus large des modes de vie et de consommation, ouvrant la voie à une économie plus verte et plus efficace. Cette transition nécessite du temps, mais elle est déjà en cours. Entre innovation technologique, évolution des mentalités et adaptation des politiques publiques, la Tunisie amorce progressivement son virage vers une mobilité durable.
Dans ce contexte, l’enjeu ne se limite pas à l’adoption d’une nouvelle technologie, mais concerne également la construction d’un modèle économique capable de concilier croissance, durabilité et souveraineté énergétique, a conclu Mourad Ayadi.
