Tunisie

Rage animale : un fléau de retour menaçant la santé publique

En 2024, 466 cas de rage animale ont été recensés en Tunisie, provoquant dix décès humains. Les chiens représentent près de 67% des cas enregistrés, tandis que des campagnes de vaccination gratuite ont été menées dans le gouvernorat de La Manouba, où 176 chiens et 169 chats ont été vaccinés en une journée.


Les incidents liés à la rage continuent de marquer le paysage sanitaire tunisien. Après la perte tragique de plusieurs enfants au cours des trois dernières années, avec des cas notables à Bouhajla dans le gouvernorat de Kairouan et plus récemment à Kasserine où une fillette de six ans est décédée suite à la morsure d’un chien errant, l’émotion est palpable. Ces tragédies soulignent un problème de santé publique urgent nécessitant une mobilisation de tous les acteurs pour prévenir et gérer les animaux errants.

La Presse — Un simple accident s’est transformé en drame, ébranlant toute une région. Cela s’est produit la semaine dernière à Kasserine. Une morsure de chien est souvent vue comme un incident banal. Cependant, si elle provient d’un animal porteur du virus de la rage, les conséquences peuvent être fatales. Une fois que les premiers symptômes de la maladie se déclarent, elle est pratiquement toujours mortelle.

Les récents événements en Tunisie mettent en lumière cette réalité avec une brutalité insoutenanble. Certaines familles ont perdu un enfant en quelques semaines, alors qu’une prise en charge rapide et un traitement post-exposition permettent, dans la majorité des cas, d’éviter des issues tragiques.

Des chiffres qui appellent à la vigilance

La Tunisie est confrontée à une recrudescence de la rage animale. En 2024, 466 cas ont été signalés à travers le pays, entraînant dix décès humains. Grâce à des campagnes intensifiées en 2025, ce nombre a été réduit à deux décès, mais les autorités sanitaires demeurent en alerte.

Les chiens restent les principaux porteurs du virus, représentant près de 67% des cas enregistrés. Les chats, les ruminants et les équidés sont également concernés, confirmant que la circulation du virus est toujours active dans plusieurs régions.

Des campagnes de terrain pour contenir le danger

Pour faire face à cette situation, les services vétérinaires intensifient leurs interventions. À El Msaadine, dans le gouvernorat de La Manouba, une campagne de vaccination gratuite a été lancée dès qu’un foyer de rage animale a été confirmé.

Quatre équipes vétérinaires ont été déployées dans les quartiers et les exploitations agricoles pour vacciner directement les animaux domestiques. En une journée, 176 chiens et 169 chats ont reçu leur vaccin. Une clinique vétérinaire mobile a également été mise en place pour accueillir les habitants, répondre à leurs questions et fournir des consignes de prévention.

Des campagnes similaires ont également été organisées dans les gouvernorats de Kasserine, du Kef et de Siliana. Ces initiatives visent à rappeler les gestes qui sauvent, l’importance de la vaccination annuelle et les réflexes à adopter après une morsure.

Une stratégie nationale mise en place

La Direction générale des services vétérinaires se prépare à adopter le premier guide national des procédures de lutte contre la rage animale. Ce document permettra d’harmoniser les méthodes d’intervention à l’échelle des gouvernorats et d’améliorer la coordination entre les divers intervenants.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’approche internationale « Une seule santé » (One Health), qui repose sur une coopération étroite entre les services vétérinaires, les structures de santé, les collectivités locales et les citoyens afin de protéger la santé humaine, animale et de l’environnement.

Agir à la source du problème

Les spécialistes s’accordent à dire que la lutte contre la rage ne peut se limiter aux campagnes de vaccination menées après l’apparition d’un foyer. Elle doit être intégrée dans une politique pérenne.

La vaccination antirabique des animaux domestiques doit être systématique et strictement appliquée. Parallèlement, la stérilisation des chiens et des chats errants se présente aujourd’hui comme l’une des solutions les plus efficaces pour maîtriser leur prolifération de manière durable, tout en respectant le bien-être animal.

La gestion des déchets est également un enjeu majeur. Les décharges sauvages et les aliments abandonnés favorisent la présence de meutes de chiens errants à proximité des habitations, des écoles et des espaces publics. Améliorer la propreté des villes aide également à prévenir la propagation de la rage.

Informer pour sauver des vies

La prévention passe aussi par une meilleure sensibilisation des citoyens. Toute morsure, même légère, doit être prise au sérieux. Un lavage immédiat de la plaie à l’eau et au savon, suivi d’une consultation médicale rapide, peut faire toute la différence.

Les propriétaires d’animaux ont également un rôle crucial à jouer. Faire vacciner son chien ou son chat chaque année n’est pas qu’une formalité administrative : c’est un geste de responsabilité qui protège l’ensemble de la collectivité.

Ne plus attendre un nouveau drame

Les décès d’enfants survenus ces dernières années ont profondément marqué les Tunisiens. Ils rappellent que la rage demeure un danger silencieux mais toujours présent. Pour éviter que d’autres familles ne soient confrontées à ces tragédies, la réponse doit être proportionnelle à l’enjeu : une vaccination massive des animaux, une gestion durable des populations de chiens errants basée notamment sur la stérilisation, une amélioration de la propreté publique et une sensibilisation continue de la population.

La rage est l’une des rares maladies mortelles entièrement évitables grâce à la prévention. C’est pourquoi chaque campagne de vaccination, chaque animal stérilisé, chaque citoyen sensibilisé et chaque morsure traitée rapidement représentent autant de vies qui pourront être sauvées.