Petites et moyennes entreprises : Prévenir les difficultés financières plutôt que subir.
L’Association tunisienne pour la promotion de la culture financière (Atcf) et l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATC) ont organisé une journée d’étude dédiée à la question de la restructuration des entreprises. Selon Ridha Mrabet, ancien P.d.g d’une Sicar régionale, « il ne suffit plus de créer des entreprises, il faut désormais assurer leur pérennité. »
Aujourd’hui, dans un contexte économique marqué par des tensions de trésorerie, des difficultés de financement et une fragilité persistante du tissu entrepreneurial, la question de la restructuration des entreprises devient un enjeu stratégique.
C’est dans cette perspective que l’Association tunisienne pour la promotion de la culture financière (Atcf) et l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATC) ont tenu une journée d’étude consacrée à cette problématique. Ridha Mrabet, ancien P.-d.g d’une Sicar régionale, nous fournit des éclaircissements sur ce sujet.
La Presse — La restructuration est souvent perçue comme une ultime solution, mise en œuvre lorsque l’entreprise est déjà en difficulté. Cependant, divers intervenants soulignent que les déséquilibres financiers se manifestent bien avant, souvent dès la phase de création du projet.
Ce phénomène résulte d’une sous-estimation fréquente des coûts d’investissement initiaux, aggravée par des délais excessifs pour mobiliser les financements et par la complexité administrative liée à la réalisation des projets. De plus, une coordination insuffisante entre les différents bailleurs de fonds contribue à accentuer les dérives budgétaires.
Dans ce contexte, Ridha Mrabet a expliqué que ces dysfonctionnements entraînent des conséquences directes : de nombreux projets peinent à fonctionner dans des conditions optimales. Les dépassements de coûts, associés à un manque de fonds de roulement, mettent en péril la viabilité des entreprises dès leur lancement.
Une divergence d’approche
Face à cette situation, plusieurs experts plaident en faveur d’une approche proactive de la restructuration, intégrant dès le départ des mécanismes d’ajustement financier. Cela nécessite, notamment, des apports complémentaires en capital, un rééchelonnement de la dette et une adaptation des modalités de remboursement à la maturité réelle des projets.
Un des enjeux clés soulevés lors de cette journée porte sur la divergence de perspectives entre les financeurs en dette et les investisseurs en capital. Les premiers mettent l’accent sur la capacité de remboursement à court terme, tandis que les seconds envisagent la création de valeur à long terme.
Cette dualité engendre des tensions dans la gouvernance des projets, chaque partie poursuivant des objectifs différents. Elle est également accentuée par des cadres réglementaires rigides, qui restreignent la flexibilité des interventions financières et compliquent une gestion adaptée aux réalités économiques des entreprises.
Mrabet a indiqué que, malgré un discours largement orienté vers l’accompagnement des entreprises, la réalité sur le terrain reste contrastée. Les promoteurs se trouvent souvent face à des difficultés, soumis à des exigences administratives lourdes et à un manque de soutien opérationnel. Les institutions financières se concentrent surtout sur le respect des délais, tandis que les structures d’appui privilégient des démarches formelles et statistiques.
Concernant les investisseurs en capital, bien qu’ils soient théoriquement les plus proches des besoins des entreprises, leur marge de manœuvre est limitée par des contraintes réglementaires et des divergences d’intérêts avec d’autres acteurs.
Vers une réforme du modèle de financement
Face à ces constats, plusieurs pistes de réforme ont été proposées. Parmi celles-ci, il est nécessaire de reconsidérer les instruments de financement pour privilégier des solutions davantage adaptées au cycle de vie des entreprises, en particulier lors de la création.
Cela implique le développement de financements participatifs, un allongement des maturités des crédits et une révision du cadre réglementaire régissant les sociétés d’investissement (Sicar) et les fonds communs de placement à risque (Fcpr).
En conclusion, une meilleure coordination entre les acteurs et un suivi rigoureux des équilibres financiers dès les premières phases des projets seront cruciaux pour redresser la situation.
L’anticipation des difficultés pourrait non seulement diminuer les coûts associés à des restructurations tardives, mais aussi accroître les chances de succès des investissements.
Car, au-delà du simple financement, l’enjeu est clair : il ne suffit plus de créer des entreprises, il faut également garantir leur pérennité, a conclu Ridha Mrabet.

