Tunisie

Les Tunisiennes méconnues ayant lutté pour l’indépendance.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, il est essentiel de se souvenir et d’honorer celles qui ont courageusement contribué à la lutte pour l’indépendance nationale, souvent au prix de lourds sacrifices. Les récits de ces militantes, marquées par des arrestations, des exils, des blessures et des violences, sont souvent restés dans l’ombre, bien que leur engagement ait touché toutes les couches de la société tunisienne.

L’histoire de ces femmes ne débute pas dans les années 1950, mais remonte à l’époque coloniale. Dès 1881, des femmes de tribus s’engagent dans la résistance. Plus tard, en 1915, des soulèvements dans le Sud, comme ceux des Ouled Baba et des Ouled Derna, entraînent des répressions violentes, causant la mort de certaines et infligeant des sévices inhumains à d’autres, des événements souvent tus par le silence familial et préservés uniquement par la mémoire orale.

Dans les années 1930, l’action des femmes prend une tournure collective. En 1936, Bchira Ben Mrad crée l’Union musulmane des femmes de Tunisie, établissant des réseaux à travers le pays, malgré plusieurs arrestations par les autorités françaises. En reconnaissance de son dévouement, Bourguiba lui attribue le titre de « mère de la Tunisie » après une tentative d’attentat contre elle en 1953.

Le 9 avril 1938, les femmes se mobilisent dans les rues, participant à une manifestation devant la Résidence générale, un événement marquant qui symbolise leur engagement collectif. Bien que la Seconde Guerre mondiale ait ralenti cette dynamique, un nouvel élan se fait sentir à partir de 1945.

Le parcours de certaines militantes illustre les dangers auxquels elles faisaient face. Chérifa Fayach, présente lors de la manifestation de 1938, subit une grave blessure par balle en 1958, mais cela ne l’empêche pas de continuer son engagement, étant élue la même année au bureau exécutif de l’Union nationale des femmes.

À Bab Souika, Oum Saad Yahya joue un rôle crucial en organisant la résistance au sein de son foyer, servant de refuge aux combattants et de lieu de réunions clandestines, ce qui l’expose à des arrestations. Après l’indépendance, ses sacrifices sont reconnus par le président, qui lui décerne la médaille de l’indépendance.

Sur le plan syndical, Chérifa Messadi se distingue en 1949 en devenant la première femme à intégrer la direction de l’Union générale tunisienne du travail, un engagement qui lui vaut trois exils successifs. Rafiâa Bornaz, quant à elle, prend des risques considérables en transportant des armes pour les combattants, ce qui lui vaut une peine de deux ans de prison après son arrestation. Elle meurt en 2011, oubliée par un régime qui ne se souvient pas de ses sacrifices.

Les violences subies par ces femmes ne se limitent pas aux détentions. Hafsia Abrougui, par exemple, est brutalement frappée par des soldats français, laissant des séquelles permanentes. Malgré ces épreuves, la présence des femmes dans le mouvement national reste marginale, bien que leur action soit cruciale. Des figures comme Radhia Haddad, Fathia Mzali et Tawhida Ben Cheikh témoignent d’une participation croissante des femmes dans les sphères politique et intellectuelle.

L’engagement des Tunisiennes, qui s’étend de la résistance tribale de 1881 aux manifestations, en passant par les activités clandestines et le mouvement syndical, a pris des formes variées. Chacune a payé un prix élevé pour son engagement. Bien que longtemps oubliée dans les récits officiels, leur contribution commence à être reconnue à sa juste valeur.