
La figue de Barbarie et son huile menacées par la cochenille ravageuse
La figue de Barbarie, emblème de la richesse agricole tunisienne, traverse une période difficile cet été, marquée par une rareté alarmante tant du fruit que de son huile précieuse. Ce produit, prisé dans le secteur de la cosmétique naturelle, se fait de plus en plus rare sur les étals, illustrant les défis majeurs auxquels fait face une filière déjà fragilisée par divers facteurs.
Cette année, la récolte de figues de Barbarie a subi une chute drastique dans plusieurs zones de culture. À Bouargoub, l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap) a évalué les pertes à près de 70 %. Cette situation résulte d’une combinaison de facteurs, notamment les attaques de la cochenille carmin, des vagues de chaleur intenses, des vents de chergui et un manque de précipitations. Bien que certaines régions aient réussi à contenir la propagation de ce ravageur, les effets des dommages passés continuent de peser sur les plantations.
La diminution de la production impacte directement l’approvisionnement en huile de pépins de figue de Barbarie. Contrairement à d’autres huiles végétales, son extraction nécessite une quantité importante de fruits ainsi qu’un processus complexe. Ainsi, la baisse des récoltes entraîne une réduction des volumes disponibles pour la transformation, ce qui se traduit par une diminution de l’offre sur le marché intérieur.
Les acteurs du secteur signalent que de nombreuses unités de transformation fonctionnent en deçà de leur capacité en raison du manque de matières premières. De plus, certains producteurs choisissent de vendre les fruits frais pour atténuer leurs pertes financières, ce qui limite encore plus les quantités destinées à l’extraction d’huile. Parallèlement, la demande reste forte, alimentée par l’intérêt des laboratoires de cosmétique et des consommateurs pour les propriétés antioxydantes et hydratantes de cette huile. Cette dynamique de demande, couplée à une production insuffisante, entraîne une hausse des prix et une raréfaction du produit dans les magasins spécialisés.
La filière de la figue de Barbarie représente un potentiel de développement significatif pour des régions comme Kasserine, Nabeul, Kairouan et Sidi Bouzid, où la culture du cactus est une source de revenus pour de nombreuses familles. La valorisation des pépins à travers l’extraction d’huile contribue également à l’essor des exportations tunisiennes de produits naturels.
Face à cette conjoncture préoccupante, les professionnels du secteur appellent à l’élaboration d’une stratégie globale pour préserver la filière. Cela inclut le renforcement des programmes de lutte contre la cochenille carmin, le développement de variétés de cactus plus résistantes, l’amélioration des techniques d’irrigation et un soutien accru aux agriculteurs et aux unités de transformation.
La situation actuelle souligne la vulnérabilité d’une filière qui dépend fortement des conditions climatiques et sanitaires. Sans mesures durables, la Tunisie risque de voir s’éroder un secteur qui constitue un patrimoine agricole, une source de revenus pour les zones rurales et un créneau d’exportation à haute valeur ajoutée.
