Tunisie

La Chine propose un contrat mondial pour l’IA : La Tunisie saisira-t-elle l’occasion ?

Dans la perspective chinoise, l’intelligence artificielle ne se limite plus à une simple compétition pour la possession des algorithmes les plus sophistiqués, mais s’inscrit dans un projet de transformation de l’ordre mondial à l’ère technologique. Cela a été souligné par le discours du président chinois Xi Jinping lors de l’ouverture récente de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle 2026 à Shanghai.

Le temps d’une journée de travail à Shanghai, réunissant un large éventail de responsables politiques et d’acteurs médiatiques, le débat a évolué de la question « Qui dirige l’intelligence artificielle ? » à une interrogation plus profonde : « Comment l’intelligence artificielle peut-elle bénéficier à l’ensemble de l’humanité ? »

Dans son allocution, le président Xi a affirmé que le monde traverse une révolution technologique comparable, par son ampleur, à l’invention de la machine à vapeur, de l’électricité et d’Internet, tout en comportant des risques sans précédent en matière de sécurité, d’éthique et d’équité numérique.

La Chine a donc appelé à l’établissement d’un système mondial équitable de gouvernance de l’intelligence artificielle, reposant sur quatre principes : l’ouverture et la coopération, la garantie de la sécurité et de la maîtrise technologique, le respect de la diversité des civilisations, et le renforcement d’une gouvernance multilatérale sous l’égide des Nations unies, en accordant une attention particulière aux pays du Sud global.

Ce qui a particulièrement retenu l’attention dans ce discours n’était pas seulement les principes énoncés, mais leur concrétisation à travers des engagements tangibles. Pékin a annoncé la mise à disposition de cinq mille opportunités d’études et de formation dans le domaine de l’intelligence artificielle pour les pays en développement au cours des cinq prochaines années, ainsi que la création de centres de coopération avec la Ligue arabe, l’Union africaine et d’autres groupements régionaux, véhiculant un message clair : la Chine souhaite partager son savoir, et non le monopoliser.

Pour la Tunisie, ces initiatives représentent davantage une opportunité stratégique qu’une simple coopération technique. Le pays dispose d’un capital humain significatif composé d’ingénieurs et de diplômés universitaires dans les domaines du logiciel et des mathématiques, mais il souffre encore d’un faible investissement dans la recherche scientifique, d’une fuite des compétences et d’infrastructures numériques insuffisantes. Ainsi, la Tunisie peut rapidement agir pour établir un partenariat de qualité avec la Chine dans ce secteur.

Cela nécessite d’abord de s’engager à rejoindre les programmes de formation et de bourses annoncés par Pékin, afin de former une nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs tunisiens aux applications les plus récentes de l’intelligence artificielle. Il est également essentiel de créer des laboratoires de recherche tuniso-chinois conjoints au sein des universités et des centres d’innovation, tout en encourageant les entreprises chinoises à investir dans des centres de développement de logiciels en Tunisie, en s’appuyant sur les compétences locales et sur la position géographique du pays, qui relie l’Europe à l’Afrique.

Par ailleurs, l’application de l’intelligence artificielle ne devrait pas se limiter au seul secteur technologique, mais s’étendre à des domaines dans lesquels la Tunisie a un besoin urgent, tels que l’agriculture intelligente, la gestion des ressources en eau, la santé, l’éducation, les transports, le tourisme et l’administration publique, afin d’accroître la productivité, d’améliorer la qualité des services et de réduire les coûts.

L’engagement de la Tunisie dans les initiatives chinoises relatives à la gouvernance de l’intelligence artificielle lui offre également l’opportunité de participer à l’élaboration de nouvelles règles internationales, plutôt que de se contenter de les recevoir. La bataille à venir ne concernera pas seulement la possession de la technologie, mais également la définition des normes régissant son utilisation.

Le discours prononcé par Xi Jinping à Shanghai propose, en outre, une vision qui transcende la rivalité entre grandes puissances pour établir un nouvel ordre mondial de l’intelligence artificielle basé sur la coopération et le partage des bénéfices. La question posée à la Tunisie aujourd’hui n’est pas de savoir si elle est capable d’entrer dans l’ère de l’intelligence artificielle, mais si elle possède la volonté et la vision nécessaires pour saisir l’opportunité que la Chine offre aux pays du Sud et la transformer en levier de développement et de souveraineté technologique et économique.