
Kaïs Saïed : « Chaque frère ne doit pas négliger la sécurité de l’autre »
Le président tunisien Kaïs Saïed a eu, ce mardi, une conversation téléphonique avec Mohamed El-Menfi, président du Conseil présidentiel libyen. Cet échange a permis de réaffirmer la robustesse des relations entre la Tunisie et la Libye, centrées sur deux enjeux cruciaux : la sécurité des frontières et la facilitation des échanges de personnes et de biens, ainsi que la situation actuelle en Libye.
Dans un contexte où les deux nations cherchent à améliorer leur coopération face à divers défis sécuritaires, politiques et économiques, les discussions ont également porté sur les liens fraternels qui unissent leurs peuples. Les dirigeants ont souligné l’importance de surmonter ensemble les obstacles actuels. Cette conversation revêt une portée bilatérale, mais elle s’inscrit également dans un cadre régional plus large, où la stabilité libyenne est perçue comme indissociable de la sécurité tunisienne.
Kaïs Saïed a insisté sur l’urgence d’intensifier les concertations entre les deux pays. Il a plaidé pour la mise en place d’un mécanisme de dialogue permanent, capable de traiter les questions communes avant qu’elles ne se transforment en crises. La Tunisie et la Libye partagent plusieurs postes-frontières, dont le bon fonctionnement est essentiel pour l’économie des régions frontalières, notamment dans le sud-est tunisien, où il conditionne la mobilité des travailleurs et l’activité économique.
Pour la Tunisie, la fluidité des échanges ne se limite pas à des considérations diplomatiques, elle est également déterminante pour les relations commerciales et le quotidien des populations vivant près de la frontière. Malgré les défis persistants, le commerce transfrontalier a enregistré une hausse de 11 % en 2025, atteignant environ 2,89 milliards de dinars, confirmant ainsi le rôle clé de la Libye en tant que partenaire économique.
Sur le plan politique, Kaïs Saïed a réaffirmé la position constante de la Tunisie concernant la Libye, soulignant que seule une solution « libyco-libyenne », émanant de la volonté des Libyens, peut mettre fin durablement à la crise. Il a exprimé sa confiance dans la capacité des Libyens à trouver un compromis, tout en précisant que le rôle des acteurs extérieurs doit se limiter à faciliter ce consensus.
Depuis son accession au pouvoir en 2019, le président tunisien a défendu une ligne de conduite claire : préserver l’unité et l’intégrité territoriale de la Libye, tout en refusant toute ingérence étrangère. Lors de son échange avec El-Menfi, il a réitéré que les Libyens sont les mieux placés pour décider de leur avenir, rappelant que la solution doit venir d’eux.
Cette approche a été traduite par des actions concrètes, telles que l’accueil du Forum de dialogue politique libyen et l’appel à l’unification des positions autour d’un projet national commun. Les prises de position de la Tunisie, tant sur le plan arabe qu’africain, convergent vers un même objectif : un règlement basé sur le dialogue et la réconciliation, sous l’égide de l’ONU, sans ingérence extérieure.
La déclaration de septembre 2026 s’inscrit dans cette continuité, plaçant la volonté des Libyens au cœur du processus de résolution de la crise, avec pour but la reconstruction des institutions et le retour à la stabilité.
La position de la Tunisie s’inscrit également dans une logique de sécurité nationale. Avec une frontière commune longue, la stabilité de la Libye est perçue comme essentielle pour la sécurité tunisienne. Une Libye fragmentée, marquée par des rivalités institutionnelles et la présence de groupes armés, constitue un risque pour toute la région.
Ainsi, la Tunisie s’efforce de maintenir un dialogue constructif avec les autorités libyennes, malgré les divisions persistantes. Kaïs Saïed a souligné que « chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre comme il veille à la sienne propre », mettant en avant la profondeur des relations entre les deux peuples.
En somme, la géographie, les échanges et les préoccupations sécuritaires lient indissolublement la Tunisie et la Libye. Les événements en Libye ne peuvent laisser la Tunisie indifférente, et l’instabilité à ses frontières a des répercussions directes sur les Libyens. En promouvant une solution acceptable pour les Libyens tout en maintenant un dialogue ouvert, la Tunisie vise à garantir un environnement stable et serein. La formule de Kaïs Saïed résume cette proximité : « Chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre comme il veille à la sienne propre ».
