
Hayfa Wehbe revient à Carthage : un phénomène intemporel et talentueux.
Hayfa Wehbe, chanteuse et actrice libanaise, incarne l’exemple d’une carrière artistique bâtie sur une stratégie habile plutôt que sur un talent vocal exceptionnel. Sa capacité à provoquer et à captiver le public a été le moteur de son succès, se traduisant par des millions de vues et des ventes de billets.
Le 3 septembre, elle a fait son grand retour sur la scène de Carthage, dans le cadre du programme « Carthage off », une série de spectacles qui suit la clôture du festival officiel. Ce concert, qui marque ses retrouvailles avec son public après huit ans d’absence, s’inscrit dans une série de performances qu’elle a déjà données sur cette scène depuis 2004.
Avant de devenir la star que l’on connaît, Hayfa Wehbe a débuté sa carrière en tant que mannequin, apparaissant dans le clip « Wani mareg marrit » d’Assi El Hellani. À l’époque, l’industrie musicale arabe privilégiait le talent vocal et la qualité des compositions. Cependant, au début des années 2000, une nouvelle génération de chanteuses, dont Aline Khalaf, a émergé, mettant en avant la beauté et la séduction pour se démarquer. Ces artistes ont osé adopter des tenues audacieuses et des chorégraphies suggestives, accompagnées de productions légères qui ont fait la différence.
Hayfa Wehbe s’est rapidement imposée comme une figure controversée, suscitant à la fois admiration et critiques. Si certains voyaient en elle une menace pour les valeurs morales de la musique, d’autres étaient fascinés par son audace. Alors que de nombreuses artistes de sa génération n’ont pas su perdurer, elle a su s’adapter et rester pertinente, même après plus de vingt ans de carrière, depuis son premier succès « Agoul ahwak ».
Son parcours est jalonné d’événements marquants, comme son apparition sur le tapis rouge du festival de Cannes en 2004 aux côtés d’Omar Cherif, et sa collaboration avec le compositeur Ilyas Rahbani en 2005 sur le tube « Baddi eich », qui a suscité des réactions mitigées. En 2009, elle a également joué dans le film « Dokkan Chehata », où elle a démontré ses talents d’actrice au-delà de la musique.
Le concert de Carthage a attiré une foule immense, avec des spectateurs faisant la queue des heures avant le début du spectacle. Malgré quelques appels au boycott, jugé inapproprié pour une scène aussi prestigieuse, l’événement a été un succès commercial. La première partie a été animée par l’accordéoniste Anas Ghayaza, avant que Hayfa Wehbe n’apparaisse, élégante dans une robe dorée, pour enflammer le public.
Accompagnée de musiciens et de danseurs, elle a interprété ses plus grands succès, dont « Mitsubishi », son dernier duo, ainsi que des titres emblématiques qui ont marqué sa carrière. Sa voix, bien que modeste, a su séduire le public, qui est resté debout tout au long du concert, rappelant les spectacles d’antan.
Bien que le show ait manqué d’originalité, il a prouvé qu’elle pouvait toujours combiner danse et chant avec succès. Le concert, bien que critiqué par certains, a été rentable et a démontré que Hayfa Wehbe reste une figure incontournable de la musique arabe. Sa longévité dans l’industrie, malgré des capacités vocales limitées, témoigne de son habileté à naviguer dans un paysage musical en constante évolution. Le phénomène Hayfa Wehbe perdure, et ses récents succès laissent présager un avenir prometteur.
