Gabès Cinéma Fen 2026 : Résister au monde par l’image.
Du 26 avril au 2 mai 2026, Gabès Cinéma Fen affirme une nouvelle fois sa singularité : un festival où les images deviennent des gestes de résistance, des formes de résilience, et surtout des manières de continuer à regarder — malgré tout. Le cinéma arabe y occupe une place centrale avec huit films, entre fictions et documentaires.
La sélection ne se construit pas sur un thème fixe. Elle offre plutôt une vision sans détour. Observer ce qui vacille : les corps, les récits, les territoires, et même l’image elle-même.
La Presse — À Gabès, le cinéma ne se contente pas de commenter la réalité, il l’investit. Du 26 avril au 2 mai 2026, Gabès Cinéma Fen revendique encore une fois sa singularité : un festival où les images se transforment en actes de résistance, en formes de résilience, et surtout en manières de continuer à regarder — contre vents et marées.
L’ADN de Gabès Cinéma Fen reflète une fidélité à un territoire et à une conception du cinéma qui ne cède ni à la facilité ni à l’évidence. Ici, l’image n’est pas décorative. Elle représente une tension, une matière, et parfois une fracture. Pour cette édition 2026, le festival prolonge sa ligne directrice : un cinéma ancré, traversé par le monde, mais surtout capable de coexister avec lui. « Nous ne cherchons plus à expliquer le monde. Nous cherchons à tenir avec lui. » Cette phrase traverse la programmation comme un fil discret mais essentiel.
La sélection ne se compose pas d’un thème immuable. Elle propose en effet une manière de voir directement. Observer ce qui vacille : les corps, les récits, les territoires, et jusqu’à l’image elle-même.
Le cinéma arabe y occupe une place centrale avec huit films, mêlant fictions et documentaires. Dans « The President’s Cake » de Hassan Hadi, l’enfance devient un point de basculement, mettant en lumière l’absurdité d’un système où le quotidien se transforme en épreuve. « All That’s Left of You » de Cherien Dabis oriente le regard vers une zone fragile, presque irrespirable.
Dans « Exil », Mahdi Hmili évoque une lente corrosion des êtres, tandis que « Yunan » d’Ameer Fakher Eldin laisse le paysage témoigner des traces d’un monde disloqué. Avec « Un mode fragile et merveilleux », Cyril Aris tisse, à travers une histoire d’amour, une mémoire du Liban qui défie le temps.
Les documentaires, quant à eux, déplacent encore le regard. « Khartoum » ouvre un espace où les rêves deviennent un moyen de survivre à la guerre. « With Hassan in Gaza » de Kamal Aljafari remet en question l’image elle-même : voir ne suffit plus, il est nécessaire de comprendre comment regarder. Pour sa part, « Souraya Mon Amour » de Nicolas Khoury transforme l’absence en matière vivante, établissant un dialogue persistant avec le présent.

Dans la section Cinéma Monde, trois films poursuivent cette exploration d’une réalité instable, entre fiction et documentaire, où l’image secoue autant qu’elle révèle.
L’installation filmique « Qui vit encore » de Nicolas Wadimoff fonctionne comme une archive en résistance : une image qui insiste, qui persiste, là où tout semble destiné à disparaître.
Les courts métrages, venus de divers horizons, expriment la vitalité d’une nouvelle génération. Des écritures libres, parfois fragmentées, mais profondément ancrées dans leur époque.
La rétrospective consacrée à Oliver Laxe s’inscrit dans cette même exigence : un cinéma de la lenteur, du déplacement, du regard intérieur. Elle sera accompagnée d’une masterclass, un espace rare de transmission. Une séance spéciale autour de « The Voice of Hind Rajab » de Kaouther Ben Hania prolongera cette réflexion, par le biais d’une rencontre avec la réalisatrice.
Dans Ciné-Classiques, la carte blanche de Hend Sabri réactive la mémoire des images. Le passé n’est pas figé : il dialogue, il insiste. Un hommage particulier est rendu à Fadhel Jaziri avec la projection, en première arabe, de la version restaurée de « La Noce », ainsi qu’à Ali Badrakhan avec « Shafiqa et Metwalli ».
Ciné-Promesse met en lumière quatre jeunes cinéastes tunisiens — autant de perspectives en devenir, encore en développement, mais déjà porteuses d’une nécessité.
Ciné-Terre, fidèle à l’esprit du festival, inscrit les enjeux écologiques au cœur de l’image, tandis que Ciné-Kid’z ouvre un espace pour les plus jeunes, car apprendre à regarder est également essentiel.
À Gabès, le cinéma ne vise pas à rassurer. Il cherche à rester debout. Et dans un monde qui vacille, cela suffit parfois à faire œuvre.
