
Filière laitière : Solutions aux fragilités structurelles à envisager
La filière laitière tunisienne, jadis symbole d’autosuffisance, fait face à des défis considérables après plusieurs années marquées par la sécheresse et l’augmentation des coûts de production. Ce secteur, vital pour l’agriculture nationale, doit aujourd’hui s’adapter à une réalité économique et environnementale en mutation.
Avec une production annuelle de plus de 1,4 milliard de litres de lait, la filière mobilise près de 100 000 éleveurs et un réseau de centrales laitières. Le lait, au-delà de son rôle de produit de consommation courante, constitue une source de revenus essentielle pour de nombreuses familles rurales. La régulation du marché, notamment par le stockage de lait UHT, est cruciale pour prévenir les crises de surproduction et maintenir la souveraineté alimentaire en réduisant la dépendance aux importations.
Cependant, le cheptel bovin national a subi une chute alarmante de près de 26 % en 2025, comme l’a confirmé le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche. Cette baisse touche particulièrement les petits exploitants et soulève des inquiétudes quant à l’avenir de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en Tunisie. Les sécheresses répétées ont réduit la disponibilité des pâturages et du fourrage, tandis que les coûts de production, notamment pour l’alimentation animale, continuent de grimper. Face à ces pressions économiques, de nombreux éleveurs se voient contraints de vendre ou d’abattre leurs animaux, aggravant ainsi la situation.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le cheptel de vaches laitières est passé de 458 000 têtes en 2013 à environ 339 000 en 2025. Cette contraction est préoccupante pour une filière qui doit garantir l’approvisionnement des centrales laitières. Les ressources fourragères, déjà affectées par la sécheresse, rendent l’élevage de plus en plus difficile. Les professionnels du secteur soulignent que « le litre acheté à l’éleveur reste inférieur à son coût réel de production », appelant à une revalorisation des prix pour protéger le cheptel.
Pour faire face à ces défis, des solutions innovantes sont envisagées. Parmi elles, la création d’un indice national d’alerte lait, mis à jour chaque semaine, pourrait permettre de suivre la disponibilité du lait cru, l’état du cheptel, les stocks industriels et les prévisions climatiques. Cela offrirait aux acteurs du secteur un outil de prévention face aux crises potentielles.
Une autre proposition consiste à développer des « fermes laitières économes en eau », visant à optimiser la production tout en réduisant la consommation d’eau et d’aliments importés. Cela pourrait inclure l’utilisation de systèmes d’abreuvement économes et la valorisation des résidus de cultures.
Les réformes doivent être engagées rapidement. La crise de l’eau en bouteille a démontré que même un système apparemment stable peut devenir vulnérable face à des facteurs multiples tels que la chaleur et la demande accrue. « Le lait pourrait connaître demain une tension différente, davantage liée à la baisse du cheptel, au coût de l’alimentation, au stress hydrique et à la rentabilité des exploitations », avertissent les experts.
À l’horizon 2030, des objectifs ambitieux sont fixés pour garantir la rentabilité et la pérennité de la filière laitière. Une stratégie nationale est nécessaire pour développer ce secteur, avec des mesures d’incitation à tous les niveaux. L’objectif est d’assurer une production suffisante, d’atteindre l’autosuffisance et de limiter les coûts de production à hauteur de 10 %. Les prévisions indiquent une augmentation significative du taux de collecte et de transformation industrielle, ainsi qu’une hausse des exportations de lait.
La voie à suivre est claire : il est crucial d’améliorer la productivité, d’organiser le marché et de stimuler la demande pour garantir l’avenir de la filière laitière en Tunisie.
