Tunisie

Élevage avicole : mortalité atteignant 100% dans certaines unités après la chaleur

La filière avicole en Tunisie est actuellement confrontée à une crise majeure, exacerbée par des vagues de chaleur intenses et des coupures d’électricité et d’eau fréquentes. Les conséquences sont alarmantes, avec des taux de mortalité atteignant jusqu’à 100 % dans certaines exploitations, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’approvisionnement en viandes blanches sur le marché.

Les régions de Nabeul et de Zaghouan, reconnues pour leur production avicole intensive, ont été particulièrement touchées. Toutefois, l’ampleur exacte des pertes à l’échelle nationale reste floue, en raison d’un manque de données officielles récentes sur la production et la consommation.

À Nabeul, des éleveurs de Cherfeine et de Boukrim rapportent des mois de juillet et août très difficiles, avec des pertes significatives. Certains petits producteurs envisagent même de quitter le secteur face à la situation critique.

Les températures extrêmes n’ont pas été le seul facteur de cette crise. L’augmentation de l’humidité, combinée à des coupures d’électricité prolongées, a gravement perturbé les systèmes de ventilation et de refroidissement, essentiels pour le bien-être des volailles. Khaled Aouini, membre de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche, décrit juillet comme un mois « difficile et éprouvant » pour les éleveurs, en raison des conditions climatiques extrêmes et des coupures électriques qui ont parfois duré plusieurs heures.

Pour les éleveurs, l’électricité est cruciale, car elle alimente les équipements de ventilation. Slim Bouhoucha, un éleveur de Boukrim, souligne que ces coupures ont exacerbé les pertes, et que les générateurs utilisés n’ont pas toujours été suffisants pour compenser les interruptions d’alimentation.

Les petits et moyens élevages sont particulièrement vulnérables, surtout ceux qui n’ont pas accès à des groupes électrogènes. Des rapports indiquent que certaines unités ont enregistré une mortalité de 100 %, illustrant l’impact des conditions climatiques extrêmes et des coupures d’électricité. Cette situation met en péril la viabilité économique de nombreuses exploitations, avec des éleveurs craignant de perdre leur principale source de revenus.

La crise affecte également le marché, avec une baisse de la production qui pourrait entraîner des tensions sur l’approvisionnement en viandes blanches. La Chambre nationale des commerçants de volailles et de viandes blanches prévoit une chute de la production à environ 11 000 tonnes en septembre, alors que 16 000 tonnes étaient initialement attendues. Cette situation est d’autant plus préoccupante en septembre, période de rentrée scolaire et universitaire, qui pourrait accroître la demande.

Pour évaluer les pertes, le Groupement interprofessionnel des produits avicoles et cunicoles a lancé une opération de recensement auprès des éleveurs. Les résultats de cette enquête, qui doit être complétée ce lundi, serviront à établir un bilan des pertes et à orienter les mesures à prendre pour ajuster la production.

Le ministère de l’Agriculture prévoit d’utiliser les résultats de ce recensement pour déterminer les ajustements nécessaires. Salwa Dhaouadi, sous-directrice de la production de viande, a mentionné que l’importation d’œufs à couver pourrait être envisagée pour stabiliser la production durant les mois à venir. Le ministère s’attend à une pression sur le marché en septembre, mais espère un retour à la normale en octobre.

Le 3 septembre, une réunion au ministère de l’Agriculture a rassemblé divers acteurs du secteur pour discuter des impacts des vagues de chaleur sur la production avicole. Le ministre Ezzedine Ben Cheikh a souligné l’urgence d’adopter des mesures pour minimiser les pertes et garantir la continuité de la production.

Les discussions ont également porté sur la nécessité d’investir dans les énergies renouvelables pour améliorer la résilience des unités d’élevage face aux coupures d’électricité. Des propositions ont été faites pour faciliter l’accès aux groupes électrogènes et pour améliorer l’approvisionnement en vaccins et médicaments vétérinaires.

La gestion des volailles mortes a également été abordée, avec des projets visant à valoriser ces déchets de manière durable, tout en respectant les normes sanitaires. Cette approche vise à réduire les risques sanitaires et environnementaux, surtout dans un contexte de mortalité accrue.

La crise de l’été 2026 met en lumière la vulnérabilité croissante de la filière avicole tunisienne face aux aléas climatiques. Les acteurs du secteur appellent à des mesures pour surmonter les pertes et assurer la continuité de leur activité, tandis que les autorités s’efforcent d’évaluer les dégâts et de sécuriser l’approvisionnement. L’enjeu est de taille : répondre aux conséquences immédiates de la crise tout en renforçant la résilience de la filière face aux défis futurs.