
Explosion des prix : la brebis atteint 2 500 dinars en Tunisie.
Le prix moyen des brebis a augmenté d’environ 800 %, passant d’environ 240 à 300 dinars par tête en 2010 à près de 2 500 dinars durant le premier semestre 2026. Dans le même temps, la production nationale de viande rouge a reculé d’environ 10 %, passant de 122,7 mille tonnes en 2010 à près de 110,8 mille tonnes en 2025.
Le secteur de l’élevage en Tunisie connaît depuis plusieurs années une période de fortes tensions structurelles, caractérisée par une hausse spectaculaire des prix du bétail et une diminution progressive de la production nationale de viande rouge, d’après des données récentes de l’Office de l’élevage et du pâturage ainsi que des chiffres officiels des ministères de l’Agriculture et du Commerce.
Entre 2010 et 2026, le prix moyen des brebis a augmenté de près de 800 %, passant d’environ 240 à 300 dinars par tête en 2010 à près de 2 500 dinars au cours du premier semestre 2026. Cette hausse de plus de 2 200 dinars par animal témoigne de l’ampleur des déséquilibres actuels sur le marché.
Parallèlement, la production nationale de viande rouge a chuté d’environ 10 %, de 122,7 mille tonnes en 2010 à près de 110,8 mille tonnes en 2025, confirmant une tendance baissière persistance dans le secteur.
Cette évolution est le résultat d’un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels, comme l’indiquent des données présentées lors d’une audition parlementaire début juillet. Parmi ces facteurs figurent l’augmentation des coûts des aliments pour bétail, qui est directement liée à la hausse des prix mondiaux des céréales, ainsi que les coûts de transport et d’importation.
S’ajoutent à cela les effets répétés des périodes de sécheresse, qui ont réduit considérablement la disponibilité des fourrages locaux, notamment le foin et la paille, essentiels à l’alimentation des animaux.
Les autorités signalent également une transformation importante du secteur, avec une diminution du cheptel national, surtout des femelles reproductrices, et une baisse du nombre d’éleveurs. Beaucoup d’acteurs ont diminué leur activité ou quitté le secteur en raison des difficultés financières de plus en plus pressantes.
Du côté du ministère du Commerce, des analyses mettent en lumière un déficit structurel de production, aggravé par un abattage non régulé et des pratiques de contrebande. Ces phénomènes ont contribué à restreindre l’offre sur les marchés, accentuant la pression sur les prix.
Dans ce contexte, l’État a dû intervenir à travers des mécanismes de régulation, notamment via l’importation ponctuelle de viandes réfrigérées et congelées pour garantir l’approvisionnement, surtout durant les périodes de forte demande.
Pour faire face à ces déséquilibres, le ministère de l’Agriculture a élaboré une stratégie nationale de développement du secteur de l’élevage à l’horizon 2030. Ce programme vise à reconstituer le cheptel national et à améliorer sa productivité via plusieurs axes.
Il prévoit notamment un soutien aux petits éleveurs, la modernisation du suivi du bétail par la digitalisation, le renforcement de la santé animale, et l’amélioration des ressources alimentaires locales.
Le plan comprend aussi le développement de l’amélioration génétique des troupeaux, l’adoption de techniques modernes de reproduction, la création d’une plateforme numérique nationale de suivi du cheptel, et la généralisation du marquage électronique des animaux.
Les autorités misent également sur la réduction du déficit en aliments pour bétail, à travers l’extension des cultures fourragères, la valorisation des résidus agricoles et industriels, ainsi que la constitution d’un stock régulateur pour stabiliser le marché.
Des échanges internationaux ont été lancés, notamment avec l’Afrique du Sud, pour envisager l’introduction de races animales mieux adaptées aux conditions climatiques changeantes, afin d’améliorer la résilience du cheptel tunisien.
Ces évolutions illustrent une réalité plus large : celle d’un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire nationale, mais fragilisé par des contraintes économiques, climatiques et structurelles qui s’accumulent depuis plus d’une décennie.
Ainsi, entre l’augmentation des prix, la baisse de la production et la dépendance croissante aux importations, l’élevage tunisien se trouve à un tournant, où les choix stratégiques des prochaines années seront cruciaux pour rééquilibrer un marché sous tension.
