Établissements d’enseignement privés : Les bons et les moins mauvais
Le ministère de l’Éducation a annoncé la mise en place d’un système d’inscription en ligne pour la création d’établissements d’enseignement privés. Les parents souhaitant créer un établissement d’enseignement privé doivent remplir le formulaire de demande avant le 31 mai 2026 et le soumettre à la Direction régionale de l’éducation compétente.

Le communiqué du ministère de l’Éducation attire notre attention.
La Presse — «Le ministère de l’Éducation a annoncé la mise en place d’un système d’inscription en ligne pour la création d’établissements d’enseignement privés.
Les établissements offrant des programmes préparatoires, des écoles primaires, des collèges et des instituts pour l’année scolaire 2026/2027 peuvent s’inscrire via le lien suivant : https://citoyen.education.tn/etab_prive
Le ministère invite les personnes souhaitant créer un établissement d’enseignement privé à consulter le site web dédié et à remplir avec précision le formulaire de demande avant le 31 mai 2026. Elles devront ensuite imprimer le formulaire, le joindre aux pièces justificatives requises et soumettre le dossier complet à la Direction régionale de l’éducation compétente avant le 31 mai.»
Cependant, la publication sur les réseaux sociaux d’une alerte lancée par une mère de famille nous rappelle que, malheureusement, là où il y a de l’argent, surgissent des problèmes sans fin. Cette mère a alerté les autorités le 24 mars dernier.
«Nos enfants se retrouvent aujourd’hui sans école, perturbés, stressés et dans l’incertitude concernant leur avenir scolaire, vu que, au cours de l’année, quelle école peut les accepter ?! Quelle solution avons-nous ? Personnellement, j’ai trois enfants qui se sont retrouvés sans école. Nous demandons des réponses immédiates et des mesures urgentes pour protéger nos enfants et leur droit à l’éducation». Le commissariat régional à l’éducation s’est rapidement saisi du dossier pour s’informer des circonstances de cette fermeture et éviter une interruption dans le parcours scolaire des élèves concernés.
Intervenant mercredi 25 mars 2026 sur une radio privée, une représentante du commissariat a confirmé le caractère temporaire de la fermeture. Malgré ces assurances, de nombreuses familles ont dû trouver des solutions pour éviter de perdre une année scolaire pour leurs enfants.
En plus de cette impasse, les problèmes financiers ont mis les parents face à des situations difficiles : des paiements à honorer malgré la fermeture de l’école, refus des banques d’annuler les engagements pris, etc.
Il est de notoriété publique que notre système pédagogique souffre de nombreux maux.
L’effort ou le courage de reprendre en main les choses pour répondre à l’évolution pédagogique, malgré les promesses, tarde à se manifester. Les grèves, le niveau des enseignants, le manque de professionnalisme dans les contacts entre les parents et l’administration des écoles sont marqués par une «administration» maladive.
«Une communication devant émaner de la direction régionale pour informer le directeur d’un établissement au sujet du dossier d’un élève a mis des mois. Le directeur d’un établissement refuse de reconnaître la copie conforme remise aux parents et soutient qu’il doit attendre le document officiel alors que les examens sont imminents», se plaint une mère.
C’est sans doute administrativement parlant son droit, mais…
Les parents ont compris que seule l’élite peut espérer trouver preneur et il s’agit donc d’un enjeu d’avenir.
Ne parlons même pas des horaires, des transports publics, des parents qui travaillent, tout cela doit être pris en compte pour procéder à la restructuration de l’école.
Et c’est pourquoi les parents se saignent aux quatre veines pour donner à leurs enfants les meilleures chances.
«Les écoles privées en Tunisie (crèches à lycées) sont pourtant régies par un cahier des charges, sous la tutelle du ministère de l’Éducation, exigeant une autorisation officielle, le respect du programme national (ou homologué) et des normes de sécurité.
Les promoteurs doivent être de nationalité tunisienne (ou sociétés à majorité tunisienne). Les établissements privés visent à éduquer au respect des bonnes mœurs, de la responsabilité et à l’initiative, tout en respectant les lois nationales en vigueur.
Le secteur de l’enseignement privé, en forte croissance (multiplié par six depuis 2009), fait face à de grands défis : disparité de la qualité (entre «bas de gamme» et élitiste), frais élevés, précarité des enseignants, manque de régulation stricte, résultats peu conformes aux attentes des parents qui, pour certains, ont retiré leurs enfants pour les intégrer dans l’école publique.
Lorsque l’éducation devient un projet de société, tous les sacrifices consentis par les parents leur semblent insignifiants. Ils sont intimement convaincus que seuls les meilleurs peuvent prétendre à un avenir dans un monde où l’élitisme prédomine dans tous les secteurs.
Et comme partout ailleurs, là où il y a de l’argent, des problèmes surgissent automatiquement. Certaines écoles fonctionnent comme de véritables businesses. La qualité de l’enseignement dispensé est souvent médiocre. Cela n’a pas échappé à ceux qui surveillent ce secteur et d’autres.
Au niveau de l’ARP, l’éventualité d’abroger le décret n°486 de 2008 est actuellement à l’étude, étant donné qu’il ne répond plus aux évolutions du secteur. Cette abrogation souligne la nécessité d’instaurer un cadre législatif garantissant l’égalité des chances entre investisseurs, une concurrence loyale et une meilleure qualité de l’enseignement, tout en favorisant l’investissement et la création d’emplois.
Un autre point important parmi les amendements concerne les ajustements sur les procédures d’octroi ou de retrait des autorisations, le régime des sanctions ainsi que les conditions requises pour occuper le poste de directeur d’un établissement privé.
D’autres propositions ont été faites (voir notre édition du 17 avril 2026), mais bien que tout cela semble positif, il est impératif de s’assurer que tous les droits des parties prenantes soient soigneusement préservés, sauf celui des enfants qui, en cas de fermeture, risquent d’être pénalisés et dont les parents se retrouvent totalement perdus face au vide auxquels ils sont confrontés.
Il faut reconnaître qu’en aucun cas les élèves ne seront rejetés. Les autorités compétentes devraient trouver des moyens de les intégrer si les parents ne peuvent pas leur trouver de places dans le privé.
Cependant, comment agir pour indemniser les parents qui se retrouvent face à des portes closes sans personne pour répondre à leurs questions alors qu’ils ont avancé de fortes sommes ?
Cela relève de la justice, certes, mais un des parents a été très clair : «Le seul moyen de nous protéger est de concevoir un moyen de bloquer une somme d’argent mise en dépôt et garantie par une banque. En effet, il y a des établissements qui commencent l’année scolaire sans respecter toutes les conditions d’ouverture, perçoivent de l’argent, et cela représente un risque. La preuve en est ce qui s’est passé dans cette école».
Bien entendu, il ne s’agit pas de généraliser et de s’acharner sur ces établissements privés dont beaucoup, la majorité, ont formé des compétences. Dans tous les secteurs, il y a nécessairement des manquements, mais il est essentiel de s’entourer de toutes les garanties pour protéger ces établissements qui ont trouvé leur place dans le paysage pédagogique et qui se sont intégrés au point qu’on ne peut plus les éliminer d’un revers de main.
Le fait que la loi propose «d’encadrer les parcours de recrutement, de titularisation et de progression professionnelle des enseignants du privé, de lutter contre la précarité de l’emploi, d’améliorer le dispositif de contrôle par la mise en place d’une autorité de contrôle et de supervision unifiée, de numériser le secteur tout en renforçant la transparence», constitue une avancée importante.
Toutes ces dispositions peuvent renforcer un secteur de la plus haute importance. Cela répond à de nombreuses attentes, mais présente également le risque de devenir un frein, semblable à ces lourdeurs administratives, ou à la mise en place de contraintes qui rappelleraient les travers de l’école publique et ouvriraient la voie à une forme de spéculation qui nuirait au rôle que ces écoles privées jouent depuis des décennies. Une lourdeur qui fera réfléchir ceux qui, de bonne foi, souhaitent investir et assurer l’épanouissement et la réussite. En conclusion, un équilibre financier, économique et éducatif doit être trouvé entre les différentes parties prenantes.

