Tunisie

Ensauvagement des pratiques commerciales : N’y a-t-il pas de réponse ?

Le consommateur tunisien est de plus en plus incapable d’acheter la pastèque au kg en raison de son prix élevé. Aujourd’hui, manger une banane revient à payer jusqu’à 5 dinars pour une seule banane.


Le consommateur tunisien s’habitue de plus en plus aux hausses considérables des prix des produits de première nécessité. Ce dernier se trouve, visiblement, désarmé face à une mafia qui resserre l’étau autour de lui. Il est piégé par les spéculateurs, qui ne sont que des Tunisiens comme nous tous. Ils ne viennent pas d’un autre monde et ne sont pas insaisissables. Comment se fait-il, dès lors, qu’ils continuent d’agir ainsi ? Pourquoi n’a-t-on pas réussi à les débusquer et à mettre fin à leurs agissements ?

D’autres questions nous interpellent : d’où proviennent les marchandises non produites localement, comme les célèbres bananes, ananas, noix de coco et kiwis ? Par quels circuits ces fruits exotiques entrent-ils en Tunisie ?

Ces fruits sont désormais vendus à l’unité ou en tranches, tout comme les pastèques dont le prix au kilogramme devient inaccessible pour le consommateur tunisien.

Aujourd’hui, une banane peut coûter jusqu’à 5 dinars ! Un prix exorbitant !

La rapacité de ces profiteurs ne s’arrête pas là, ils peuvent imposer les prix qu’ils désirent.

Cette tendance existe depuis plus d’une décennie et semble s’intensifier. L’ensauvagement de la vie économique s’installe de plus en plus.

Les Tunisien est privé de viande rouge, de fruits et de nombreux produits essentiels à son quotidien.

Malheureusement, la situation se détériore continuellement et impacte les bases de l’alimentation quotidienne.

### Spirale des prix
On pense ici à des produits tels que les tomates, les piments ou les oignons. Ce sont des ingrédients de base dans la préparation de la majorité des plats tunisiens. Il n’est pas surprenant qu’ils aient été ciblés par des hausses vertigineuses des prix.

Nous n’avons jamais atteint de tels sommets.

Nous ne sommes pas étonnés de constater la poursuite de cette spirale dans les jours et mois à venir.

L’été, par ailleurs, est une saison de forte consommation. À cela s’ajoutent de nouveaux facteurs. Les producteurs de fruits privilégient souvent l’export, car les prix y sont plus attractifs. Cela entraîne une raréfaction de ces produits sur le marché local, d’autant plus que la demande, notamment celle des hôtels et des touristes, explose. Ces derniers sont souvent des étrangers ou des voisins, comme les Libyens et les Algériens. Parmi ces derniers, de plus en plus viennent d’Europe pour passer leurs vacances en Tunisie. Nos compatriotes vivant à l’étranger en font de même.

Ainsi, la population de notre pays double presque durant la période estivale, entraînant une demande accrue pour les produits de première nécessité et faisant grimper les prix.

### Nouveaux phénomènes
Il est essentiel de noter qu’un nouveau phénomène se développe : la vente de salade “mechouia”. Sur le bord de certaines routes, des échoppes de fortune apparaissent rapidement, où des employés grillent les tomates, piments et oignons nécessaires à cette préparation. Cela contribue encore à l’augmentation des prix de ces produits.

Ce courant consumériste se propage à une vitesse alarmante, dépassant toutes les frontières légales et négligeant les garde-fous.

Une réaction plus ferme et rigoureuse est nécessaire.

Il est urgent d’empêcher cette mafia de s’approvisionner directement auprès des agriculteurs. Ces personnes, qui vivent à nos côtés, sont engagées dans divers trafics et déforment les règles du marché.

Ils s’improvisent facilement “commerçants” ou “spéculateurs”.

Quasiment rien ne les contraint à respecter la législation, car ils n’ont pas besoin d’autorisation pour exercer leur activité. Un simple espace leur suffit pour opérer. Beaucoup choisissent de s’associer à un producteur (agriculteurs, industriels…).

Une fois les liens établis, ils prennent le contrôle de la filière.

Les produits sont cueillis à la source. L’agriculteur n’a plus besoin d’aller vendre sa marchandise sur les marchés de gros, ce qui lui fait économiser temps et déplacements. Les autres producteurs n’ont plus à s’occuper des livraisons, la marchandise étant récupérée directement par ces “commerçants” qui disposent de la logistique adéquate.

Pour le fournisseur, ce système est synonyme de bénéfices nets.

### Fellah d’antan et d’aujourd’hui
Il convient également de noter que les besoins des agriculteurs d’aujourd’hui diffèrent de ceux d’autrefois. Autrefois, ils se contentaient d’un revenu modeste, mais désormais, les aspirations ont changé.

Le fellah d’antan n’est plus qu’un lointain souvenir. Aujourd’hui, il veut profiter de la vie, acquérir un 4×4 pour lui et ses enfants. Certains n’hésitent pas à acheter un appartement dans une zone balnéaire. Ces désirs sont légitimes.

Cependant, c’est le Tunisien qui paie cher cette quête de grandeur.

Face à cette situation, les autorités n’ont guère d’autre choix. Elles ne peuvent plus poursuivre leur mission avec des méthodes jugées “douces”. Les organisations professionnelles doivent être plus coopératives ou laisser la place à ceux capables d’apporter de véritables solutions. Nous avons l’impression de tourner en rond, et la question des prix demeure sans réponse. N’en déplaise aux différents acteurs confrontés à des pratiques mafieuses, qui mènent leurs affaires en dehors des circuits légaux.