
Crise de la CNAM : médecins et pharmaciens menacent de suspendre le tiers payant.
Auditionnés en urgence par la commission de la santé de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), les syndicats des professionnels de la santé ont révélé que les arriérés de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) s’élèvent à 80 millions de dinars pour les médecins et 180 millions pour les pharmaciens. Près de 300 officines ont déjà suspendu le système du tiers payant, menaçant ainsi l’accès constitutionnel des citoyens aux médicaments et aux séances d’hémodialyse.
Le système de couverture sociale et de prise en charge médicale est actuellement à un point critique et alarmant. Ce mardi 21 juillet 2026, la Commission de la santé, des affaires de la femme, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées de l’ARP a organisé une séance d’audition parlementaire de crise.
Les députés ont pris connaissance des rapports du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, du Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées et du Syndicat tunisien des médecins du secteur privé. Selon le bulletin officiel de l’administration du Parlement, les professionnels de la santé ont lancé un cri d’alarme face à l’arrêt total de leurs clauses contractuelles avec la CNAM, demandant un arbitrage législatif d’urgence pour éviter l’effondrement global de l’accès aux soins.
L’argument principal avancé par les prestataires de santé contredit la communication officielle des caisses sociales. Les représentants des praticiens et des pharmaciens ont unanimement affirmé que la CNAM ne souffre d’aucun déficit budgétaire ni de manque de liquidités financières structurelles.
D’après leurs analyses, l’asphyxie actuelle du système résulte exclusivement d’un déficit de gouvernance, d’une opacité managériale et d’une mauvaise gestion administrative des flux de remboursement par les directeurs de la Caisse. Après avoir épuisé toutes les voies de recours, de dialogue et de conciliation avec les services de la CNAM et les directions du ministère des Affaires sociales, les syndicats demandent au Parlement d’intervenir par la force de la loi pour sauver le service public de la santé et protéger les assurés sociaux.
Les indicateurs de créances présentés aux élus du peuple illustrent l’ampleur du gouffre financier auquel fait face le secteur libéral. En effet, les arriérés cumulés de la CNAM envers les médecins du secteur privé atteignent un montant préoccupant de 80 millions de dinars. Les syndicats médicaux signalent que la grande majorité des cabinets et cliniques conventionnés subissent un gel total de leurs remboursements depuis plus de six mois, mettant en péril la trésorerie des structures de proximité.
Les médecins exigent donc l’application immédiate de l’accord sectoriel qui prévoit une revalorisation de deux dinars du forfait de la séance d’hémodialyse, une quote-part devant être intégralement affectée aux honoraires des praticiens pour assurer la pérennité des centres de dialyse.
Concernant le passif de la Caisse envers les pharmaciens d’officines, il devrait dépasser le seuil critique de 180 millions de dinars d’ici la fin du mois de juillet 2026, avec un retard de paiement atteignant désormais un délai fixe de six mois. Le syndicat avertit que la CNAM accumule une dette supplémentaire d’un million de dinars pour chaque jour de retard, poussant des centaines d’officines vers la faillite, incapables de régler les factures des grossistes-répartiteurs, leurs échéances fiscales ou leurs propres charges de sécurité sociale.
Les conséquences directes de cette rupture financière affectent déjà l’accès aux soins au comptoir. Les syndicats ont informé les parlementaires que sur un réseau national d’environ 2 000 officines conventionnées, près de 300 pharmacies privées ont déjà officiellement suspendu l’application du système du tiers payant.
Face à l’absence de visibilité, ce chiffre pourrait augmenter de manière exponentielle dans les jours à venir, selon les syndicalistes. Ils ajoutent qu’il s’agit d’une « trajectoire à haut risque qui viole de facto le droit constitutionnel à la santé en privant les malades chroniques de leur accès aux médications ».
Les professionnels ont conclu leur réquisitoire en exprimant leur profonde inquiétude face à la pénurie aiguë et généralisée de médicaments de référence observée dans les hôpitaux publics et les cliniques, conséquence directe du non-paiement répété des fournisseurs internationaux et des laboratoires par la Pharmacie Centrale, appelant à la mise en place immédiate d’une cellule de crise ministérielle.
