
Viandes rouges : le gouvernement rétablit les exonérations sur importations d’ovins et de viande fraîche
Le gouvernement a de nouveau recours à la viande rouge prête à la consommation ainsi qu’aux ovins étrangers pour tenter de maintenir les prix au niveau national, qui demeurent très élevés depuis plusieurs années.
Le gouvernement a décidé de suspendre à nouveau les droits d’importation imposés sur les ovins domestiques vivants et sur la viande d’animaux domestiques des espèces bovine, ovine, caprine et camélidés. Il a également choisi de modifier les droits d’importation sur les abats d’animaux domestiques de ces espèces. Ces mesures ont été examinées et adoptées lors du Conseil de gouvernement du mercredi 22 juillet.
La question était à l’étude depuis plusieurs semaines. Aziz Akhannouch l’avait même abordée le 30 juin dernier au Parlement lors de la séance mensuelle des questions orales consacrée au bilan de l’action gouvernementale. En évoquant la situation du marché des viandes rouges, le chef du gouvernement avait indiqué que si les prix continuaient à s’envoler, le gouvernement pourrait réactiver la suppression des droits de douane sur les importations d’ovins afin de rétablir un certain équilibre sur le marché.
L’objectif de cette mesure, interrompue depuis environ une année, est de détendre le marché national afin de contenir la flambée des prix, tout en préservant un équilibre entre la protection du cheptel, le soutien aux éleveurs et le pouvoir d’achat des ménages. Par cette initiative, le gouvernement souhaite à la fois préserver le cheptel national, soutenir les éleveurs et maintenir le pouvoir d’achat des citoyens. Toutefois, il convient de noter que par le passé, cette mesure n’avait pas produit les résultats escomptés. En effet, seules 91.000 têtes avaient été importées entre janvier et juin 2025, avec un impact très limité sur les prix, qui avaient dépassé les 100 DH/kg entre 2024 et 2025.
Au-delà de cette mesure, c’est l’ensemble de la stratégie déployée par l’exécutif ces dernières années qui montre ses limites. Aucune des mesures mises en place n’a réussi à résoudre la problématique de la viande rouge, et en particulier de la viande ovine. Le prix du kilogramme au stade du gros a atteint le cap des 100 DH début 2024 et n’a pas connu de recul durable depuis. Au mercredi 22 juillet, selon les chiffres du marché de gros de Casablanca publiés à la mi-journée, la viande ovine se négocie entre 133 et 138 DH/kg. Chez les bouchers, le prix de départ est de 160 DH, du moins dans les grandes villes, notamment sur l’axe Rabat-Casablanca, selon des professionnels du secteur.
Il est important de rappeler que la suspension des droits de douane et de la TVA sur les ovins avait été levée en septembre 2025, suite à une amélioration apparente du cheptel, telle que reflétée par les résultats du recensement d’août 2025. Cependant, la polémique autour de Aïd al-Adha a mis en lumière une réalité plus profonde, celle d’un marché largement désorganisé. Les fluctuations de prix ne sont que la conséquence visible d’une filière où spéculateurs et intermédiaires exercent un poids considérable.
Malgré cela, plusieurs pistes étaient à l’étude par le gouvernement actuel depuis le début de son mandat pour tenter d’assainir le secteur, mais elles ne se sont jamais concrétisées, telles que la structuration de l’agrégation, la mise en place d’un cadre réglementaire pour l’organisation de l’élevage ou encore une meilleure traçabilité de la filière.
Au-delà du prix de la viande, cette mesure permettra, selon les professionnels sur le terrain, de faire face à une production nationale qui demeure insuffisante pour répondre à la demande du Royaume. Plusieurs d’entre eux, récemment interrogés, ont d’ailleurs plaidé pour la réactivation de ces exonérations afin de faciliter les importations d’ovins en quantités importantes. Selon nos interlocuteurs, cette mesure permettra à la fois de préserver le cheptel national, en lui laissant le temps de se reconstituer, d’assurer son repeuplement en prévision du prochain Aïd al-Adha, mais aussi de renforcer l’offre disponible sur le marché. Ils estiment par ailleurs qu’une augmentation des volumes importés pourrait également contribuer à limiter la pression sur les prix.
Concernant la viande rouge, le Maroc avait déjà autorisé, en octobre 2024, l’importation de viande halal prête à la consommation. L’objectif était de mettre rapidement sur le marché des volumes supplémentaires afin de limiter la hausse des prix et de préserver le pouvoir d’achat des ménages. Cependant, cette mesure s’était rapidement heurtée à des problématiques de logistique. L’importation de la viande fraîche exige une infrastructure logistique spécialisée, dont les capacités disponibles demeurent insuffisantes ou inégalement adaptées, notamment en ce qui concerne les unités de stockage et une chaîne de froid sans rupture. Ces deux facteurs avaient, en 2024, limité la possibilité de peser sur le marché national pour faire baisser les prix de manière significative.
Il convient de noter que ces trois mesures seront soumises à des cahiers des charges qui préciseront non seulement les exigences en matière de qualité et de caractéristiques des viandes, des ovins et des abats, mais aussi les critères d’éligibilité des importateurs ainsi que les procédures à respecter. L’expérience de 2024 incite toutefois à la prudence. Une partie des opérateurs, notamment des chevillards, n’avait pas joué le jeu. La viande fraîche ou celle des ovins importés avaient souvent été commercialisées à des prix proches de ceux de la viande locale, limitant ainsi l’impact de la mesure sur le pouvoir d’achat.
Enfin, bien que ces mesures puissent contribuer à soulager temporairement le marché, elles ne constitueront pas une solution durable tant que les déséquilibres structurels de la filière ne seront pas résorbés.
