À la galerie Selma Feriani, un espace d’expérimentation artistique contemporain
Entre diaspora et expérimentations visuelles, L’Atelier by Selma Feriani, Nafas et Brave Projects ont récemment accueilli en résidence les artistes internationales Tasneem Sarkez et Nina Kintsurashvili. Le programme de résidence de L’Atelier by Selma Feriani a pour objectif de renforcer les échanges entre pratiques contemporaines, contextes locaux et recherche artistique.
Dans le cadre d’une résidence en coopération avec Nafas et Brave Projects, deux artistes internationales investissent L’Atelier by Selma Feriani, explorant les thèmes de la diaspora et des expérimentations visuelles. Avec cette initiative, Tunis renforce sa position en tant que plateforme émergente pour la création, la recherche et le dialogue artistique en Méditerranée.
La Presse — À Tunis, un nouvel espace de dialogue artistique se construit grâce à la collaboration entre L’Atelier by Selma Feriani, Nafas et Brave Projects. Ce projet a récemment permis l’accueil de deux artistes internationales en résidence, Tasneem Sarkez et Nina Kintsurashvili, dans un programme visant à renforcer les échanges entre pratiques contemporaines, contextes locaux et recherche artistique.
Conçu comme un lieu d’expérimentation et de réflexion, le programme de résidence de L’Atelier by Selma Feriani poursuit son développement avec l’ouverture d’un nouvel espace de studio dans la banlieue de Tunis. Cette expansion reflète une ambition plus large : créer une plateforme internationale axée sur l’ouverture, la collaboration et la circulation des idées entre artistes, commissaires et publics.
Durant leur séjour en Tunisie, Tasneem Sarkez et Nina Kintsurashvili développent chacune de nouveaux projets en résonance avec les paysages, les récits et les dynamiques culturelles locales. Le programme leur offre le temps, l’espace et les ressources nécessaires pour mener des recherches approfondies et produire de nouvelles œuvres.
Originaire de Portland, Oregon, Tasneem Sarkez est née en 2002 de parents immigrés libyens. Elle fait partie d’une jeune génération d’artistes qui explorent les identités diasporiques à travers les images numériques et les cultures visuelles contemporaines. Résidant actuellement à New York, elle développe une pratique qui se situe entre peinture et sculpture, qu’elle qualifie de « kitsch arabe ».
Son travail s’inspire des réseaux sociaux arabes, des forums Internet et de l’esthétique du web des années 2000. À travers des peintures à l’huile, souvent réalisées à partir d’images floues ou recadrées, Sarkez s’interroge sur la manière dont les objets du quotidien deviennent des marqueurs culturels lorsqu’ils circulent entre différentes langues et contextes.
La voiture, motif récurrent dans son œuvre, devient un symbole à la fois populaire et affectif. Dans certains travaux, l’artiste associe des images automobiles à des textes en arabe, créant des références visuelles immédiatement compréhensibles pour certains publics mais presque invisibles pour d’autres. Ce décalage culturel est l’un des axes centraux de sa démarche.
Ses œuvres interrogent également les notions de féminité, de consommation et d’acculturation. En réutilisant des objets familiers — emballages de savon, flacons de parfum, slogans publicitaires — elle met en lumière les mécanismes par lesquels les identités se construisent entre héritage culturel, mémoire intime et culture de masse.

La résidence à Tunis constitue pour l’artiste un terrain particulièrement propice. Les circulations culturelles entre l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les diasporas occidentales résonnent directement avec ses recherches plastiques et théoriques.
Parallèlement, Nina Kintsurashvili développe une pratique picturale profondément influencée par la mémoire des images et leur transmission. Née à Tbilissi en 1992 et également basée à New York, elle a grandi dans un environnement fortement lié à la peinture et à la restauration d’œuvres religieuses. Son père était restaurateur de fresques et sa mère peintre d’icônes.
Cette proximité avec des images anciennes, fragiles ou endommagées a durablement influencé son rapport à la peinture. Son travail se caractérise par des formes qui apparaissent puis disparaissent sous des couches successives de gestes, d’effacements et de reprises. Ses tableaux évoluent dans un espace ambigu entre abstraction et figuration, où le regard oscille entre reconnaissance et incertitude.
L’artiste souligne souvent l’importance des livres, des reproductions et des matériaux trouvés dans les rues de Tbilissi dans sa formation visuelle. Ayant grandi en Géorgie dans un contexte d’accès limité aux œuvres originales, elle a développé une relation indirecte à l’histoire de l’art, enrichie par les reproductions imprimées et les archives fragmentaires. Cette expérience de distance et de médiation traverse aujourd’hui l’ensemble de sa pratique.
À Tunis, cette réflexion sur les traces, les mémoires et les images en circulation trouve un nouveau résonance. Le travail de Kintsurashvili s’harmonise naturellement avec les dimensions historiques et architecturales de la ville, ainsi qu’avec les questions plus larges de transmission culturelle et de transformation des récits visuels.
Le programme bénéficie également d’un accompagnement curatorial de Racha Khemiri, commissaire d’exposition et chercheuse tunisienne. Elle collabore étroitement avec les artistes, assurant un suivi critique du développement de leurs projets tout en favorisant un dialogue continu entre création, contexte et présentation publique.
Titulaire d’une formation en études anglaises et culturelles, Racha Khemiri inscrit sa pratique dans une approche de recherche alimentée par les théories féministes, les études visuelles et la réflexion sur les archives. Ses travaux portent notamment sur les questions de représentation, de mémoire critique et d’histoire culturelle. En plus de son rôle de commissaire associée à la Selma Feriani Gallery, elle dirige actuellement le programme de résidence de L’Atelier by Selma Feriani.
Au-delà des œuvres réalisées, cette résidence symbolise une ambition plus large : faire de Tunis un espace actif de circulation artistique internationale. Dans un contexte où les résidences deviennent des lieux cruciaux de recherche et d’échange, l’initiative portée par L’Atelier by Selma Feriani, Nafas et Brave Projects souligne l’importance de créer des structures capables d’accueillir des pratiques expérimentales tout en restant profondément enracinées dans leur environnement local.
Des sessions d’ateliers ouverts seront prochainement organisées pour permettre au public de découvrir les recherches en cours et d’échanger directement avec les artistes. Cette démarche prolonge la dynamique collective où création contemporaine, dialogue interculturel et réflexion critique se rencontrent au cœur de Tunis.
