Roland-Garros 2026 : Andreeva et Schnaider, demi-finalistes russes silencieuses sur l’Ukraine
Maja Chwalinska a éliminé Anna Kalinskaya en quarts de finale à Roland-Garros. Marta Kostyuk a déclaré qu’elle aimerait qu’il y ait une position plus claire sur la situation en Ukraine.

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Sans prétendre que la prometteuse joueuse polonaise Maja Chwalinska est en train de sauver le tournoi féminin, il est certain que la présence de trois joueuses russes contre une seule Ukrainienne dans le dernier carré aurait été mal perçue. Cependant, Anna Kalinskaya, battue en quarts par Chwalinska, peut faire preuve de fierté : parmi toutes les joueuses russes, elle est l’une des seules, avec Daria Kasatkina, à avoir publiquement dénoncé l’invasion de l’Ukraine. Cela s’explique également par le fait qu’elle a une mère ukrainienne, ce qui incite à la réflexion.
Ce type de questionnement ne semble pas tarauder Mirra Andreeva et Diana Schnaider, qui ont jusqu’à présent réussi à passer entre les gouttes. Quatre ans, c’est long, et le circuit a envie d’avancer, tout comme la majorité des gens. Cependant, tout le monde ne côtoie pas au quotidien un collègue russe dont les pensées sur le bombardement de Kiev et de ses environs pourraient poser question. Il ne s’agit pas ici de faire de faux procès envers Andreeva et Schnaider : leurs opinions ne sont pas connues, et c’est justement ce qui pose problème à Marta Kostyuk, la demi-finaliste ukrainienne, qui affrontera Andreeva jeudi après-midi sur le court central.
Kostyuk part en croisade
Classée 15e joueuse mondiale, Kostyuk, qui avait un temps choisi de se préserver, a pris conscience qu’exprimer son désarroi face à la situation de ses compatriotes et l’indifférence de la WTA ne l’empêchait pas de gagner des matchs : elle est actuellement sur une série de 17 victoires, qui a démarré lors de son succès au tournoi de Rouen. Ce jour-là, elle avait qualifié cela de « moment historique pour le tennis ukrainien », étant donné que c’était la première finale entre compatriotes, quelques semaines après avoir effectué son premier entraînement sur le sol ukrainien depuis 2022, tout en précisant qu’une telle séance d’entraînement avait lieu entre des alertes constantes signalant le danger des drones ennemis.
Kostyuk avait ces pensées en tête en début de ce Roland-Garros, qu’elle a commencé dans un état de panique : le matin de son premier match, elle a appris qu’une bombe russe avait détruit tout près de chez ses parents. Depuis, elle tire à boulets rouges sur la situation, ce qui contraste avec l’ambiance générale des dernières saisons, où les joueurs russes réintégraient discrètement le circuit, comme nous le confiait Veronika Kudermetova l’année dernière : « Je pense que ça va vraiment mieux. La première année [après l’invasion russe] était très difficile, nous ressentions beaucoup de pression de la part d’autres joueurs et de certains staffs, mais maintenant, tous les joueurs sont là pour jouer au tennis et ne veulent plus parler de politique ».
Schnaider ne veut pas parler « de la situation »
En 2026, le tableau est radicalement différent : particulièrement visée, Diana Shnaider, qui a éliminé Sabalenka, a dû justifier longuement sa participation à un événement en Russie l’automne dernier, sponsorisé par Gazprom, ainsi que des « likes » douteux provenant du compte Twitter de Margarita Simonyan, figure de proue de la propagande russe à l’étranger via RT. Réaction embarrassée de l’intéressée :
« Je travaille et voyage toute l’année, et je ne vois pas mes amis et ma famille. Et lorsque j’ai l’opportunité de jouer devant eux, de passer plus de temps chez moi, je vois ça comme une occasion de montrer la qualité de mon tennis devant ma famille, et c’est la seule occasion que j’ai, donc je la saisis. Les réseaux sociaux ? Je suis là pour jouer au tennis, pas pour parler d’Instagram, pour parler des likes sur des vidéos de contenus. »
Une belle esquive, comme on dirait en rugby. Lorsque la question du fond est posée – la guerre étant clairement mauvaise, nous sommes d’accord ? – Shnaider ne cherche même pas à se mouiller : « Je ne vais pas parler de cette situation, je suis là pour parler tennis, je suis là pour en profiter ». « Situation », un mot devenu synonyme d’« opération spéciale », peut-être. C’est exactement ce genre de commentaires qui irritent Kostyuk, Svitolina et les autres : « J’aimerais qu’il y ait une position plus claire sur ce qui se passe, surtout quand votre pays tue d’autres personnes. Je ne comprends pas comment elles peuvent dormir paisiblement alors qu’on sait tout ce qui se passe ».
Dans son viseur également, sa prochaine adversaire Mirra Andreeva, elle-même critiquée en 2023 pour un « like » évitable sur les réseaux sociaux, remarqué par toutes les joueuses ukrainiennes. Il s’agissait d’une vidéo qui affirmait que « la seule chose qui nous préoccupe c’est de ne pas attraper froid à votre enterrement ». À l’époque, la jeune femme, âgée de 16 ans, n’avait jamais expliqué ses actions. Interrogée l’année dernière à Wimbledon, elle avait simplement déclaré « qu’elle était pour la paix et qu’elle espérait que tout se résoudrait bientôt ».
Kostyuk déplore le strict minimum, alors qu’Andreeva a quitté son pays depuis de nombreuses années avec sa famille proche : « C’est plus que frustrant. Elles savent ce qui se passe dans leur pays, elles ont Instagram, elles suivent l’actualité… Après quatre ans, les choses sont claires : on sait de quel côté ces personnes se situent, et c’est leur fardeau, pas le mien ». Et quand on lui fait remarquer que le fait d’avoir encore des amis ou de la famille en Russie ne doit pas les empêcher de s’opposer au régime de Vladimir Poutine, elle refuse de leur offrir cette excuse.
« On peut contester publiquement »
« Je sais qu’il y en a qui ont quitté la Russie dès le début de la guerre, qui ont tout laissé derrière eux, parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les actions de leur pays envers d’autres personnes et que c’était leur façon de protester. On peut contestent publiquement si on n’est pas d’accord, c’est possible. On a Daria Kasatkina, qui en est un exemple flagrant : des personnes se rendaient jusqu’à son appartement pour effrayer ses proches, mais ça ne l’a pas arrêtée. Elle a changé de nationalité et déménagé ». Un exemple qui n’a pas fait de vagues, alors que la WTA semble vouloir se laver les mains de la situation.
L’instance qui dirige le circuit féminin a accueilli avec soulagement le rejet par la justice américaine, au mois de mars, de la plainte de Tsurenko contre elle. L’ukrainienne, qui avait autrefois côtoyé le top 20 avant de disparaître des courts, accusait la WTA de la plonger dans un état « de détresse émotionnelle » et son président David Simon de lui avoir dit « que c’était OK si d’autres athlètes soutenaient la guerre et qu’il ne fallait pas que cela la mette dans des états pareils ». Une façon de voir les choses.

