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Roland-Garros 2026 : Alexander Zverev, un champion à ne pas louer

Alexander Zverev a remporté son premier Roland-Garros, concluant un match face à Rafael Nadal après un tie-break. En 2024, il a conclu un accord à l’amiable avec Brenda Patea pour un montant de 200.000 €, dont la majeure partie a été reversée au Trésor public.

De notre envoyé à Roland-Garros,

On aurait aimé assister à un moment émouvant avec Alexander Zverev, qui s’est effondré en larmes de joie, face contre terre, après avoir remporté ce titre en Grand Chelem qui semblait lui échapper. On aurait également voulu applaudir son abnégation, qui lui a permis de surmonter ses pensées négatives et de finalement remporter son premier Roland-Garros. On aurait aimé partager à distance la joie collective des étreintes avec son équipe et profiter de son discours de conférence de presse, où il semblait un peu éméché. On aurait voulu dire, comme Flavio Cobolli, son ami et adversaire du jour, qu’il méritait cette fin heureuse et qu’il est un beau champion. « J’ai dit qu’il le méritait parce que Sascha est là depuis dix ans et qu’il a eu beaucoup de bons résultats. Il mérite un titre en Grand Chelem pour ce qu’il a fait dans sa carrière. »

Boycott d’un côté, applaudissements de l’autre

On aurait également souhaité rester chez nous, à l’instar de notre confrère Ben Rothenberg. Ce journaliste américain a mis en lumière les accusations de violences conjugales portées à l’encontre d’Alexander Zverev par deux anciennes compagnes, dont témoignage d’Olga Sharypova, la première.

« « Pas prévu de regarder le match d’aujourd’hui, évidemment, écrivait Rothenberg ce dimanche sur X. Je continue de soutenir avec confiance mon travail de reportage ainsi que celui de mes excellents éditeurs et vérificateurs de faits sur ces histoires. » »

Ayant porté seul ce combat jusqu’à être traîné devant les tribunaux, Rothenberg exprime tout haut ce que d’autres pensent tout bas : que Zverev était le vainqueur que personne ne voulait, le pire choix possible pour un tournoi du Grand Chelem, et cela devait arriver à Roland-Garros, dirigé par Amélie Mauresmo, une femme.

Cependant, le public du court Philippe Chatrier ne semblait pas partager ces réserves morales, applaussant chaleureusement Zverev qui avait conquis les cœurs à Paris après avoir terminé un tie-break contre Nadal sur un fauteuil roulant. C’est un signe qu’il va falloir s’habituer à ce goût amer.

Les sponsors, eux, ont accepté la situation depuis longtemps. « Étant donné que les amateurs de tennis occasionnels ignorent les accusations de violence conjugale, on pourrait faire valoir que les marques ont toujours quelque chose à gagner en s’associant à un joueur désormais vainqueur d’un Grand Chelem et régulièrement dans le top 10, analyse Jessica Shiffer, journaliste pour Hard Court et le New York Times. Les marques ont ainsi l’opportunité de mettre en avant leur logo et leurs produits sur une scène prestigieuse, souvent suivie par un public aisé. »

Un accord à l’amiable avec Brenda Patea en 2024

Les affaires et la morale sont parfois incompatibles. Toutefois, lorsque les deux s’entremêlent, les marques continuent de gérer l’image de Zverev avec précaution. Shiffer précise que « collaborer avec lui envoie un signal aux consommateurs au courant des accusations, signalant que les marques manquent de principes et ne se soucient pas de se positionner contre des problèmes tels que la violence conjugale, particulièrement pertinent pour les consommatrices, qui font souvent les achats au sein des foyers. C’est un risque, car les consommateurs d’aujourd’hui sont plus avertis et sélectifs que jamais. »

Les marques, tout comme les fervents soutiens de Zverev, ont désormais une bonne justification pour détourner le regard. En 2024, l’Allemand a conclu un accord à l’amiable concernant une affaire portée devant un tribunal allemand par son ancienne compagne, Brenda Patea, afin de raccourcir le processus dans l’intérêt de leur enfant. Zverev a accepté de verser 200.000 €, dont la majorité a été attribuée au Trésor public et le reste à des organisations à but non lucratif. Cette décision ne constitue pas un verdict de culpabilité ou d’innocence, bien que les avocats du champion de Roland-Garros estiment que la présomption d’innocence demeure pleinement applicable.

Zverev applaudi en conférence de presse

Cette impasse judiciaire a suscité un sentiment de résignation parmi les observateurs du circuit, déjà découragés par l’indifférence de Zverev aux questions soulevées par les accusations. Alors, faisons comme si de rien n’était. « Dans les communautés de fans les plus passionnées, le sentiment dominant est la déception et la frustration de voir Zverev s’en tirer sans encombre et que les médias semblent avoir amnistié son passé en ne citant que rarement, voire jamais, cette affaire dans leurs reportages », ajoute Jessica Shiffer.

Ce dimanche, Alexander Zverev a été chaleureusement accueilli en conférence de presse avec la Coupe des Mousquetaires, et tout comme à son habitude, les questions posées ressemblaient à celles adressées à des champions exemplaires.