
Protéines : Consommer trop peut-il être dangereux ?
Les produits hyperprotéinés, tels que le skyr, la whey ou encore les pâtes enrichies, prennent d’assaut les rayons des supermarchés. Cette tendance, alimentée par l’engouement pour la musculation et la recherche d’un corps sculpté, suscite des interrogations. Selon le médecin nutritionniste Laurent Chevallier, auteur de *Le Pouvoir fascinant de vos mitochondries* (Editions Robert Laffont), « c’est une nouvelle mode alimentaire mais au niveau de la population, les besoins en protéine sont déjà suffisants. »
Actuellement, les Français consomment en moyenne 1,4 g de protéines par kilo de poids corporel chaque jour, dépassant ainsi la recommandation de 0,83 g établie par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Pour les sportifs, la question se pose différemment. Catherine Coirault, directrice de recherche à l’Inserm, explique que « le muscle a besoin d’acides aminés pour construire ses propres protéines. » Ainsi, pour ceux qui cherchent à développer leur masse musculaire, augmenter leur apport en protéines peut sembler logique. Cependant, elle met en garde : « en l’absence de sollicitations mécaniques, c’est-à-dire d’exercice physique, augmenter ses apports en protéines n’aura pas d’effet sur la croissance musculaire. »
Pour les sportifs, les besoins en protéines sont effectivement plus élevés. Nicolas Aubineau, diététicien nutritionniste, indique que les personnes pratiquant intensivement le cardio peuvent avoir besoin de 1,5 g par kilo et par jour, tandis que celles engagées dans des activités de force, comme la musculation, peuvent nécessiter jusqu’à 1,8 g voire 2 g. L’Anses considère qu’un apport supérieur à 2,2 g par kilo de poids corporel par jour est excessif. Chevallier souligne que « cela ne sert à rien de prendre trop de protéines. Pour prendre du muscle, d’autres paramètres entrent aussi en compte comme l’oxygénation et l’hydratation. » De plus, les bénéfices d’un apport accru semblent diminuer au-delà d’un certain seuil, tandis que les risques d’une consommation excessive ne doivent pas être négligés.
Concernant la santé des reins, une idée reçue a longtemps circulé, suggérant qu’une consommation élevée de protéines pourrait les endommager. Catherine Coirault nuance cette affirmation : « toutes les études sont concordantes : un excès de protéine n’est pas toxique pour les reins, sauf pour les personnes ayant déjà des pathologies rénales chroniques. » Cependant, un apport trop important peut engendrer des désagréments au niveau digestif, tels que des diarrhées ou des ballonnements, comme l’indique Aubineau.
Face à cette tendance, certains sportifs se tournent vers les poudres protéinées, perçues comme une solution simple pour augmenter leurs apports. Pourtant, Chevallier affirme que cette supplémentation « n’est pas justifiée chez les sportifs » et peut même comporter des dangers. Ces produits, souvent ultratransformés, peuvent contenir divers additifs, dont les effets à long terme sont encore sujets à étude.
Une expertise collective de l’Inserm, publiée le 24 avril dernier, met également en lumière un risque de contamination des compléments alimentaires par des substances interdites. Jusqu’à 58 % des échantillons analysés pourraient contenir des substances à des niveaux susceptibles d’entraîner un contrôle antidopage positif, y compris des stéroïdes anabolisants. Coirault rappelle que « ces molécules favorisent la croissance du muscle mais peuvent avoir des effets toxiques sur la santé. » Il est donc essentiel de vérifier attentivement le contenu des produits que l’on consomme.
