
France – Espagne : Deschamps a-t-il eu tort de critiquer l’arbitre ?
Didier Deschamps a critiqué l’arbitrage de la demi-finale de la Coupe du monde contre l’Espagne, interrogeant si l’arbitre avait le niveau nécessaire pour ce type de match. Kylian Mbappé et Rayan Cherki ont affirmé que la défaite de l’équipe de France était due à leur propre performance et non à l’arbitrage.
De notre envoyé spécial au pays de la mauvaise foi,
C’est dans sa réaction face à la défaite que l’on peut vraiment évaluer la nature d’un homme. Mardi soir, après la défaite des Bleus, semblable à un naufrage en demi-finale de la Coupe du monde contre l’Espagne, Didier Deschamps n’a pas honoré son statut de grand homme du football français et mondial.
Interrogé par M6 juste après le coup de sifflet final, alors que ses joueurs et lui avaient vécu la rencontre comme des zombies, il a d’abord pointé du doigt l’arbitrage du Salvadorien Ivan Barton. À ce moment-là, on pouvait lui accorder une certaine clémence, considérant en effet le choc d’une chute de quinze étages.
« C’est dit sous le coup de l’émotion, ça vaaaaaa », pensait-on. Il allait se ressaisir lors de la conférence de presse et faire preuve d’élégance face à la défaite. Cette espoir s’est avéré infondé. En effet, environ vingt minutes après la fin du match, après avoir consolé ses joueurs dans le vestiaire, Deschamps est monté sur l’estrade de la salle de conférence de presse avec l’intention manifeste d’attaquer de nouveau M. Barton.
Bien qu’il ait précisé que cette défaite humiliant était « d’abord de notre faute », et qu’il fallait « reconnaître qu’on a été un ton en dessous sur le plan technique », Deschamps a rapidement relancé son attaque contre l’arbitre. Il a commencé par féliciter le quatrième et le cinquième arbitres pour leur performance, illustre preuve de leur compétence d’après lui. Puis, il a répété son accusation initiale.
« Maintenant, je vous pose une question : je ne veux pas passer pour une pleureuse parce qu’on a perdu, mais est-ce que l’arbitre de ce soir avait le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ? Répondez-y si vous le voulez. » L’adage dit souvent que tout ce qui vient après « mais » est à oublier, donc il est probable que Deschamps passe effectivement pour « une pleureuse », comme il se qualifie lui-même.
Oser se plaindre de l’arbitrage après une prestation si médiocre paraît déplacé, presque indécent, et cela ne magnifie pas du tout le grand sélectionneur qu’il est. On reste d’ailleurs en droit de s’interroger sur les décisions qu’il conteste. Parlait-il du penalty accordé pour une faute (détestable mais réelle) de Digne sur Yamal ? « Oui mais pas seulement », a-t-il répondu mélangent espagnol et italien face à un confrère sud-américain.
On pourrait effectivement reprocher à M. Barton d’avoir omis de montrer des cartons jaunes lors de deux fautes de Lamine Yamal sur Digne (55e) et Mbappé (76e). Mais à part cela ? Si l’on va dans ce sens, les Espagnols pourraient également s’indigner de la non-sanction en cas de carton jaune pour Michael Olise, après un tacle violent sur Rodri en première période. Qu’en est-il du vilain geste de Mbappé sur Unai Simon, également non sanctionné ?
Un coup franc bien placé pour la France, juste avant la pause, fut annulé après un échange avec l’arbitre de touche. Les tribunes s’étaient aussi un peu enflammées à ce moment-là, pensant que les ordres avaient été donnés par la VAR, même si ce cas n’est pas prévu par le règlement. Mais encore une fois, on s’éloigne des grands matchs comme Barça-PSG en 2017 avec DJ Aytekin aux manettes.
Au final, Didier, il ne reste que très peu d’arguments pour justifier ses plaintes répétées après cette défaite. Nous aurions aimé savoir ce que pensait son capitaine, Kylian Mbappé, mais celui-ci semble plus enthousiaste à s’exprimer dans les zones mixtes après une victoire.
Néanmoins, le numéro 10 des Bleus s’est tout de même arrêté au micro de M6 pour discuter des erreurs de son équipe, sans mentionner l’arbitrage. Rayan Cherki, lucide comme rarement, a également déclaré que l’arbitre ne portait aucune responsabilité dans ce violent revers. « C’est une déception immense car on n’a pas perdu contre l’arbitre, on n’a pas perdu contre l’Espagne, on a perdu contre nous-mêmes », a-t-il affirmé. Selon lui, l’équipe était à l’origine de ses propres difficultés. « On a été battus techniquement, tactiquement, dans les duels. C’est une très grande déception. »
Revenons à notre sélectionneur. S’il choisit de critiquer un arbitre mondialement connu, il devrait aller jusqu’au bout de sa pensée. Lorsque un journaliste espagnol a introduit sa question en affirmant que Deschamps avait critiqué l’arbitre, celui-ci l’a corrigé sur-le-champ, en insistant qu’il n’avait « pas commenté » mais « simplement posé une question, ce n’est pas pareil ». Pourtant, c’est bien la même chose. Évoquer ce détail revient à traiter le public avec condescendance.
Il est maintenant temps de clore ce chapitre, comme on referme le livre bleu de cette Coupe du monde qui laisse un goût d’inachevé. Un parcours séduisant, mais trop tranquille quant à l’adversité, se termine alors qu’il aurait fallu montrer la vraie valeur de l’équipe. Cette déroute a presque effacé les belles choses vues jusqu’à présent.
Ce n’est pas cette fin malheureuse de l’aventure – car il reste la petite finale, mais enfin – qui fera oublier aux Français tout le bien que Deschamps a apporté à cette sélection durant les quatorze dernières années. Il a su restaurer les Bleus après l’Euro 2012, en les menant sur le toit du monde six ans plus tard, transformant cette équipe en une formation respectée et redoutée. Pour cela, nous choisissons de faire abstraction des plaintes d’hier et de garder en mémoire les moments positifs. Et il y en a eu beaucoup.
