
Football : une Coupe du monde à 64 équipes, ça donnerait quoi ?
Le format à 48 nations a déjà profondément transformé la compétition. Bien qu’aucune nouvelle révolution ne soit prévue pour l’édition du centenaire qui se déroulera en 2030 au Maroc, en Espagne et au Portugal, quel visage pourrait revêtir un Mondial à 64 équipes ?
Avant de disparaître progressivement des radars médiatiques, la Coupe du monde continue d’alimenter les débats. Ce n’est pas seulement en raison des célébrations de son vainqueur espagnol ou de la déception de son perdant argentin.
La conclusion du tournoi soulève également de nombreuses questions sur son avenir, notamment celle de l’hypothèse d’une compétition élargie à 64 équipes.
Cette perspective demeure incertaine et, de surcroît, très éloignée. Le rythme bureaucratique de l’instance internationale du football laisse peu de place à la réalisation d’un tel scénario dès l’édition de 2030, qui sera organisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
La FIFA a en effet toujours préparé ses grandes réformes sur le long terme. Le passage à 48 équipes en est une illustration parfaite. Lorsque son président, Gianni Infantino, a obtenu l’adoption de cette nouvelle formule en janvier 2017, il a fallu attendre près d’une décennie avant qu’elle ne soit mise en œuvre aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Une nouvelle extension dès 2030 semble donc relever de l’utopie. Cependant, l’histoire de la Coupe du monde rappelle qu’il ne faut jamais dire jamais, car le tournoi n’a jamais cessé de repousser ses propres limites.
Une compétition en constante évolution
En 1930, en Uruguay, treize nations avaient participé à la première édition organisée sous l’impulsion de Jules Rimet, le créateur de la Coupe du monde.
Un siècle plus tard, la compétition est devenue un événement mondial qui n’a plus grand-chose à voir avec ses débuts. Son avenir s’est toujours construit par étapes.
Le tournoi est d’abord passé à seize équipes avant de connaître une première grande transformation en 1982, avec l’introduction du format à 24 participants.
Seize ans plus tard, la France accueillait le premier Mondial à 32 équipes. Cette formule allait devenir la référence pendant près d’un quart de siècle, jusqu’à l’application du format à 48 nations en 2026.
Cette croissance continue traduit évidemment une volonté d’ouverture. Elle répond également à des considérations économiques et géopolitiques qui dépassent le cadre sportif.
En augmentant le nombre de participants, la FIFA élargit son audience potentielle, touche de nouveaux marchés et renforce son influence dans des régions où le football est populaire mais en quête de développement.
L’Afrique, l’Asie et certaines zones de la CONCACAF représentent ainsi des territoires stratégiques pour l’instance internationale.
La réforme à 48 équipes répondait déjà à cette logique, celle d’un Mondial plus universel, capable d’intégrer davantage de nations et d’offrir une place plus importante aux continents historiquement moins représentés. Un éventuel passage à 64 équipes prolongerait cette dynamique.
À quoi ressemblerait concrètement un Mondial à 64 équipes ?
Imaginer une Coupe du monde à 64 équipes implique nécessairement de repenser une nouvelle fois l’architecture de la compétition.
La formule la plus logique serait celle de seize groupes de quatre équipes. Une organisation qui aurait l’avantage de conserver un premier tour clair, avec trois rencontres garanties pour chaque sélection.
Ainsi, les deux premiers de chaque groupe accéderaient à une phase finale réunissant 32 équipes, avec une phase à élimination directe dès les seizièmes de finale.
Cette formule présenterait un avantage majeur par rapport au format à 48 équipes utilisé en 2026.
Le Mondial 2026 a en effet introduit un système particulier avec douze groupes de quatre équipes, mais aussi la qualification des huit meilleurs troisièmes.
Une mécanique qui a permis de maintenir le suspense, mais qui a également ajouté une part de complexité dans la lecture du tableau final.
Avec 64 participants, la FIFA pourrait revenir à une logique plus simple. Terminer dans les deux premières places de son groupe deviendrait la seule manière de poursuivre l’aventure.
Cette évolution aurait toutefois un coût. Le nombre de rencontres passerait de 104 en 2026 à 128. Une augmentation significative, même si elle resterait proportionnelle à l’élargissement du nombre d’équipes.
Le tournoi compterait ainsi un tiers de participants supplémentaires pour environ un quart de matchs en plus. Mais la véritable question serait moins celle du format que celle de l’équilibre sportif.
Car chaque extension de la Coupe du monde soulève la même interrogation. La FIFA gagne-t-elle en universalité ou risque-t-elle d’affaiblir la valeur sportive de son événement phare ?
Une nouvelle redistribution des cartes
L’un des principaux arguments en faveur d’un Mondial à 64 équipes serait évidemment celui d’une représentation encore plus équilibrée entre les continents. Le passage à 48 équipes avait déjà permis une avancée significative pour l’Afrique et l’Asie :
L’Europe pourrait passer de 16 à 20 représentants ;
L’Afrique de 9 à 12 ;
L’Asie de 8 à 11 ;
L’Amérique du Sud de 6 à 8.
La CONCACAF et l’Océanie bénéficieraient également de places supplémentaires afin d’atteindre un total de 64 équipes.
Une répartition qui permettrait à davantage de nations émergentes de rêver d’une participation au plus grand événement sportif de la planète. Car l’un des enseignements du Mondial 2026 est justement que l’écart entre les continents continue de se réduire.
Des sélections comme le Cap-Vert ont montré qu’elles n’étaient plus condamnées à jouer un simple rôle de figurant face aux puissances historiques.
Un Mondial à 64 équipes renforcerait encore cette dynamique en offrant davantage d’opportunités aux pays en développement.
Cependant, cette ouverture aura également ses détracteurs. Les critiques formulées contre le format à 48 équipes reviendraient inévitablement au premier plan. La crainte d’une baisse du niveau moyen, la disparition progressive de la rareté qui confère de la valeur à la Coupe du monde et la surcharge d’un calendrier déjà saturé seraient au cœur des débats.
Dès lors, jusqu’où peut-on agrandir la compétition sans perdre ce qui fait sa magie ? On le saura bien assez tôt.
