
Coupe du monde 2026 : L’Espagne ne doit-elle pas sous-estimer les Bleus ?
La sélection espagnole a planifié son dernier entraînement au stade de Cotton Bowl, ancienne résidence des Cowboys de Dallas, avant la demi-finale contre l’équipe de France. Pendant ce temps, Pedri a déclaré rêver de marquer « un retourné en finale contre l’Argentine ».
De notre envoyé spécial à Dallas,
La caravane de la sélection espagnole ne fait pas que passer ; elle s’installe comme si ce séjour aux États-Unis était une simple escapade au Club Med. À la veille de leur demi-finale contre l’équipe de France, la Roja a choisi le magnifique stade de Cotton Bowl, ancien fief des Cowboys de Dallas, pour son dernier entraînement avant ce match très attendu. Assis sur une chaise, les jambes écartées – presque en mode manspreading – avec un torse nu, musclé et bronzé sous la fine pluie, Marcos Llorente semble apprécier ce moment de tranquillité avant que le reste de l’équipe ne sorte pour un petit entraînement organisé devant les médias.
L’atmosphère est détendue, et les sourires illuminent les visages, rendant difficile la détection du moindre signe de stress ou de tension malgré l’importance du match de mardi. Seul Fabian Ruiz est concentré, prêt à tirer sur chaque ballon qui lui passe devant, lui qui est en compétition avec Pedri pour un poste de titulaire au milieu de terrain aux côtés de Rodri. Dans un groupe à part, Lamine Yamal rate ses deux passes, mais, compte tenu de son talent plus que de son âge, la star du FC Barcelone ne suit pas la règle et ne va pas au milieu.
Pendant l’échauffement avec le ballon, que l’on soit la Roja de Luis de la Fuente, la précision technique des Espagnols est impressionnante. Leur confiance est palpable depuis le début du Mondial. Avant le match contre la Belgique, nos confrères de L’Equipe rapportaient que Pedri exprimait déjà son rêve de « marquer un retourné en finale contre l’Argentine ». Arrogant, diront certains ? Peut-être un peu, mais cela reflète l’attitude de cette nouvelle génération, qui n’hésite pas à afficher sa détermination. Lundi, Unai Simon utilisait d’autres mots lors de la conférence de presse.
« La France, évidemment, c’est une super-puissance du foot, mais nous, on sait comment on s’entraîne, comment on joue, on a confiance en notre jeu. Notre mentalité, c’est de dire que si chacun donne sa meilleure version, aucune sélection ne peut nous battre. »
Rencontrés dans les allées du stade du centre-ville de Dallas, les journalistes espagnols ne semblent pas plus inquiets que cela par l’armada tricolore qui se dressera face aux champions d’Europe en titre. Ferran Martinez, journaliste pour Mundo Deportivo, estime que « c’est du 50-50 mardi ». « On vous a battus les deux dernières fois, mais c’était toujours serré et cela aurait très bien pu basculer de l’autre côté », admet-il gentiment, laissant planer le doute sur la sincérité de ses propos.
Concernant l’équipe espagnole, il confirme néanmoins un sentiment général : « Oui, je les sens très sûrs d’eux depuis le début du Mondial, même après le match nul contre le Cap Vert. Malgré cela, ils n’ont jamais douté de leurs forces, le groupe est resté très calme avec la même confiance qu’au départ. Ce ressenti de l’extérieur reflète parfaitement l’ambiance dans le vestiaire. Ils croient vraiment en eux. J’en parlais à Pedro Porro et il me disait : « Les Bleus ont la meilleure attaque du Mondial, mais si on fait les choses comme on sait depuis le début, qu’on est concentré à 200 %, on va gagner. » »
Lamine Yamal avait déjà lancé le ton après la qualification laborieuse contre la Belgique, en souriant malicieusement, en déclarant que s’il y avait bien une équipe que les Bleus devaient craindre, c’était la leur. Cet excès de confiance et ce trash-talking à la manière de Yamal sont caractéristiques du jeune Barcelonais, qui avait tenu des propos similaires avant de jouer contre le PSG. Juan Pablo Canovas, un jeune journaliste qui maîtrise parfaitement la langue française et dont le père interprète a vécu à Marseille, trouve cette attitude tout sauf surprenante.
« Yamal montre énormément de confiance, il est jeune, mais c’est à l’image de ce qu’il est depuis le début du rassemblement : très confiant, peut-être trop, tout en restant tranquille, souriant. Mais je pense que mardi ça peut être difficile pour lui car Digne peut vraiment l’embêter. Il a beaucoup progressé défensivement, d’autant que Lamine n’est pas encore à son meilleur niveau. »
C’est également le sentiment de Miguel Luis Castillo, journaliste mexicain pour Estadio Deportes, qui estime que cette confiance excessive « fait partie du jeu avant un match » tout en pesant sur le risque. Car « à la différence de Mbappé avec les Bleus, qui réalise une Coupe du monde exceptionnelle, Yamal n’a pas encore répondu aux attentes placées en lui. Il sera très attendu mardi. »
En attendant, Yamal s’amuse sur le terrain, restant proche de son coéquipier Nico Williams, dont le retour face à la Belgique annonce un come-back imminent. Avec ces deux flèches sur les ailes, Digne et Koundé auront beaucoup à gérer. « L’équipe de France est favorite pour tout le monde, sauf en Espagne », sourit notre jeune confrère, qui prétend avoir un accent marseillais. Au pays, la confiance règne aussi avant ce match.
Cette confiance généralisée, notre confrère mexicain l’explique par le statut de favori qu’il accorde à la France dans ce Mondial. « Aucune autre équipe au monde n’a tant de qualités individuelles tout en affichant une telle force collective dans le jeu, admire-t-il. C’est peut-être aussi pour cela que l’Espagne semble si sereine, car le monde considère les Bleus comme gagnants et ceux qui subissent la pression sont la France, pas eux. » Cependant, connaissant la mentalité de nos voisins ibériques, il est peu probable que ce soit vraiment le cas. Quoi qu’il en soit, d’ici quelques heures, nous saurons si cet excès de confiance leur a été bénéfique ou non.
