
Une étude alerte sur la faillite de la médiation politique au Maroc
Une étude du Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation (CAESD) estime que la médiation politique s’affaiblit au Maroc, au point d’élargir l’écart entre citoyens et institutions. Le document voit dans cette évolution un risque de transfert direct de la crise de représentation vers l’État, si les partis, le gouvernement et les élus ne retrouvent pas un rôle plus lisible.
Un diagnostic de crise de représentation
L’analyse du CAESD part d’un constat simple : les mécanismes politiques censés faire remonter les attentes sociales vers la décision publique fonctionnent moins bien qu’avant. Selon l’étude, les partis ne jouent plus pleinement leur rôle d’intermédiaires, ni pour formuler des alternatives, ni pour expliquer les choix publics, ni pour en assumer les effets devant les citoyens.
Le centre rappelle que la Constitution de 2011 répartit les responsabilités entre plusieurs institutions. Mais il estime que, dans la pratique, les formations politiques attendent souvent l’initiative de l’État au lieu de produire elles-mêmes des propositions structurées. Cette faiblesse, selon les auteurs, alimente une impression de distance entre la vie politique et les préoccupations quotidiennes.
Des chiffres qui montrent une confiance fragile
L’étude s’appuie sur des données de l’Arab Barometer pour 2023-2024. Elle indique que 68 % des Marocains se disent favorables à un système parlementaire pluraliste, mais que seuls 33 % font confiance au gouvernement et 38 % au Parlement. Pour les auteurs, cette combinaison montre moins un rejet du principe démocratique qu’un doute sur la capacité des institutions à répondre aux attentes.
Le document insiste aussi sur l’effet de la transformation numérique. Il avance un taux d’utilisation d’Internet de 91 % et une participation aux réseaux sociaux de 99,2 %, ce qui réduit l’influence des partis et des médias traditionnels sur l’agenda public. Dans ce contexte, les débats se déplacent vers les plateformes numériques, où les mobilisations peuvent se former plus vite que les réponses institutionnelles.
L’étude cite notamment des mobilisations de la génération Z en 2025 autour de l’éducation et de la santé. Elle évoque aussi les événements migratoires à Sebta occupée en juillet et août 2026, présentés comme un exemple de déficit de communication institutionnelle ayant laissé davantage de place aux rumeurs.
Des pistes de réforme à l’horizon 2035
Le CAESD propose une feuille de route structurée autour de huit priorités. Parmi elles figurent la clarification des responsabilités entre l’État et le gouvernement, le renforcement des partis comme lieux de médiation, et une meilleure obligation de réponse de l’exécutif au contrôle parlementaire. L’étude recommande aussi un protocole national de communication de crise pour diffuser rapidement des informations fiables.
Elle suggère en outre une plateforme nationale de participation citoyenne, des espaces dédiés aux jeunes dans l’élaboration des politiques publiques, ainsi qu’un soutien à la presse professionnelle, aux think tanks indépendants et à la société civile. Sur l’intelligence artificielle, le document voit un potentiel pour analyser les contributions citoyennes, mais demande un encadrement strict fondé sur la transparence, le contrôle humain et la protection des données.
Enfin, l’étude présente trois scénarios à l’horizon 2035 : une réparation institutionnelle, une simple gestion de l’image sans traitement des causes, ou une rupture progressive marquée par davantage de contestation numérique. Les auteurs jugent la première option la moins coûteuse pour la stabilité politique.
Ce qu’il faut retenir
- Le CAESD estime que la médiation politique s’affaiblit au Maroc et que la crise de représentation risque de peser davantage sur les institutions de l’État.
- L’étude cite 68 % d’adhésion à un système parlementaire pluraliste, contre 33 % de confiance dans le gouvernement et 38 % dans le Parlement.
- Le document propose des réformes à l’horizon 2035, allant de la clarification des responsabilités institutionnelles à un meilleur encadrement de la participation numérique et de l’intelligence artificielle.
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