Tiwa Savage, icône de l’afrobeat et marraine des talents au Nigeria
Tiwa Savage, superstar nigériane de l’afrobeats, a lancé la première promotion de sa fondation musicale, en partenariat avec l’école de musique américaine Berklee. Au Théâtre national de Lagos, 18 étudiants ont reçu des bourses d’étude pour Berklee, d’un montant total de 2,1 millions de dollars.
Elle écoute attentivement, avec un sourire, encourageant en touchant une épaule, et offrant des regards bienveillants : Tiwa Savage, superstar nigériane de l’afrobeats, agit en tant que mentor auprès de jeunes musiciens dans un programme de formation musicale élitiste, qu’elle a elle-même initié. Pendant plusieurs jours, une centaine de musiciens nigérians, sélectionnés parmi plus de 2.000 candidatures, participent à des ateliers de pratique instrumentale, à des coaching vocaux et à des masterclass sur l’industrie musicale au conservatoire Muson de Lagos, la capitale culturelle et économique du pays le plus peuplé d’Afrique.
« Il faut que ce soit une fondation panafricaine. Le talent ne se limite pas au Nigeria. Il est partout », déclare Tiwatope Omolara Savage, 46 ans, figure incontournable de l’industrie musicale nigériane, alors qu’elle lance la première promotion de sa fondation musicale en partenariat avec la réputée école de musique américaine Berklee, où elle a étudié il y a près de vingt ans. « J’espère de tout cœur qu’un bénéficiaire de cette fondation deviendra le prochain Michael Jackson, le prochain Quincy Jones, le prochain Wizkid, le prochain grand artiste, producteur ou compositeur », confie-t-elle à l’AFP, elle qui a connu un succès mondial avec des titres tels que « All Over » ou « Koroba ».
Des gammes et des échauffements vocaux résonnent, entrecoupés de rires. « Nos professeurs nous disent d’écouter les autres pendant que nous jouons et chantons, car l’harmonie est très importante », explique Okebile Dennis Israel, un rappeur de 23 ans. « Je me développe en tant que beatmaker et producteur, et je perfectionne mon jeu au piano. Apprendre auprès de Tiwa, des autres musiciens et des professeurs est incroyable », s’enthousiasme Aliyu Olukoya, 24 ans. Les enseignants de Berklee ajustent les performances, tandis que Tiwa Savage observe attentivement.
Née à Lagos et en partie élevée au Royaume-Uni, la star s’est imposée au début des années 2010, après son retour au Nigeria, comme l’une des voix féminines les plus influentes de l’afrobeats, l’un des genres musicaux les plus populaires au monde, dont les racines se trouvent au Nigeria.
« Confiance en soi » et « super-pouvoir » sont les points essentiels que souligne Nichelle J. Mungo, 51 ans, professeur de chant à Berklee qui, à la demande de Tiwa Savage, effectue son premier séjour à Lagos. « Avoir confiance en soi et en ce que l’on peut offrir, même dans un environnement concurrentiel, c’est votre super-pouvoir et c’est ce que nous enseignons ici. » Tiwa Savage garde en mémoire qu’elle n’a croisé que très peu d’étudiants africains durant son passage dans cette école américaine, ce qui a nourri son ambition de faciliter l’accès à une formation musicale de haut niveau pour les jeunes du continent.
« Le problème n’est pas le manque de talent. Le problème, c’est l’accès à l’éducation et plus particulièrement à l’éducation musicale » au Nigeria, explique-t-elle, tout en envisageant l’héritage qu’elle souhaite laisser. « En tant que musicien, il faut étudier le secteur, surtout à l’échelle mondiale, car nous sommes trop bons pour nous contenter de rivaliser à un niveau local. » Elle estime que pour que l’afrobeats atteigne une longévité et une popularité comparables à celles du RnB ou du rock’n’roll, tout l’écosystème de ce genre musical doit encore se professionnaliser. « Si nous nous concentrons uniquement sur l’artiste, comment allons-nous assurer la pérennité de l’industrie ? », interroge-t-elle, plaidant pour développer les producteurs, ingénieurs du son, compositeurs, ainsi que d’autres métiers du marketing.
En parallèle, elle veut contribuer à la révélation de talents souvent invisibles faute de moyens, dans un pays touché par de profondes inégalités sociales. « Je vois tellement de talent », dit-elle, évoquant des musiciens doués qui sont contraints de pratiquer sans accès régulier à des instruments. Quinze jeunes ont particulièrement retenu l’attention des professeurs de Berklee. À l’issue de leur concert au Théâtre national de Lagos, 18 étudiants ont reçu des bourses d’études pour Berklee, d’une valeur totale de 2,1 millions de dollars.
La fondation doit rester gratuite et accessible, un principe moral défendu par Tiwa Savage. Elle désire offrir à d’autres la possibilité de franchir les mêmes portes, au-delà de son pays. « Il faut que ce soit une fondation panafricaine. Le talent ne se limite pas au Nigeria. Il est partout », déclare-t-elle.
