Tirs au gala de Washington avec Trump : experts critiquent le Secret Service
Cole Tomas Allen, 31 ans, a tenté de forcer l’entrée de l’hôtel Hilton de Washington, où se tenait le dîner des correspondants de la Maison-Blanche, armé d’un fusil de chasse, d’une arme de poing et de plusieurs couteaux. Gilles Furigo a indiqué que l’évacuation s’est faite proprement et qu’il n’y a eu ni blessé ni mort, mais a souligné une faiblesse dans le dispositif de sécurité, avec des agents « complètement dépassés ».

Samedi soir, Cole Tomas Allen, 31 ans, s’approche en courant de l’hôtel Hilton de Washington, armé d’un fusil de chasse, d’une arme de poing et de plusieurs couteaux, tentant d’en forcer l’entrée où se déroule le dîner des correspondants de la Maison-Blanche. À l’intérieur, Donald Trump, son épouse Melania et JD Vance, le vice-président, sont à table lorsque des coups de feu éclatent. L’homme est maîtrisé avant d’entrer dans la salle. Un agent fédéral est blessé, mais son gilet pare-balles le protège. Le président est évacué sans encombre.
C’est le troisième incident en moins de deux ans visant Donald Trump, soulevant des questions sur le potentiel manquement du Secret Service, responsable de sa sécurité, lors de cet événement très médiatisé. Deux anciens responsables français de la protection des personnalités, Gilles Furigo et Jean-Pierre Diot, ont analysé ce qui s’est déroulé ce soir-là pour 20 Minutes.
« Je n’ai pas vu de mallette Kevlar »
Sur le fond, les deux anciens policiers estiment que les agents américains n’ont pas commis de faute grave. « L’agresseur ne rentre pas dans la salle, il n’y a pas de blessé, pas de mort. L’évacuation se fait proprement », indique Gilles Furigo, qui a dirigé le service de protection des hautes personnalités (SPHP) de 2010 à 2012. « La personnalité n’a pas été touchée », ajoute Jean-Pierre Diot, qui a été le garde du corps personnel de Nicolas Sarkozy pendant 18 mois.
En revanche, Gilles Furigo est perturbé par l’image de l’agresseur tentant de forcer l’entrée, entouré de « huit agents qui lui tournent le dos et qui sont complètement dépassés ». « Le dispositif fonctionne, mais il y a tout de même une faiblesse à ce niveau-là », admet-il.
Jean-Pierre Diot critique également le « temps de réaction très long » des agents protégeant Donald Trump. « Les gens qui sont en train de dîner sont sous la table alors que le président est encore assis à discuter avec le mentaliste. Quand on voit tout le monde se coucher, il se passe forcément quelque chose. » Il souligne aussi l’absence d’un équipement essentiel dans ce type de protection : « Je n’ai pas vu de mallette Kevlar, qui se déplie et bloque de nombreux impacts. C’est insensé. »
« On aurait quand même contrôlé les bagages »
Comment Cole Tomas Allen a-t-il pu introduire un tel arsenal dans un hôtel accueillant le président et le vice-président des États-Unis ? « Il n’y a pas eu de contrôle des bagages, du matériel qui entre dans l’hôtel. C’est ce qu’on aurait fait en France, et ça aurait dû être fait », souligne Gilles Furigo, auteur en 2024 du livre Baraka, l’attentat politique face aux caprices du destin*. Cette omission est d’autant plus inquiétante que dans ce pays, « n’importe qui peut se promener avec une arme ».
L’ancien chef du SPHP comprend néanmoins la complexité de la tâche. L’hôtel Hilton de Washington compte 1.100 chambres, accueillant peut-être 1.500 clients auxquels s’ajoute le personnel. « S’il faut vider tout l’hôtel, sécuriser les chambres, les passer au déminage… le budget du Secret Service explose. Je comprends que cela ne puisse pas se faire. Il faut donc trouver un équilibre entre la sécurité et le fonctionnement normal de cet hôtel. Mais nous, on aurait quand même contrôlé les bagages, au minimum. »
Jean-Pierre Diot, fondateur d’une société de sécurité privée et auteur du livre Garde du corps : 15 ans au Service des hautes personnalités**, partage cette analyse. « Bien sûr, un hôtel n’est pas sécurisable. Il y a un passage constant, des livraisons quotidiennes, des personnes qui nettoient, des serveurs, des barmans… Si l’hôtel n’est pas privatisé, c’est très difficile à gérer. »
« Le boulot a été fait »
Les deux experts constatent également les défis rencontrés par les agents lors de l’évacuation de Donald Trump pendant cet incident. « Ces officiers ne sont pas habitués à travailler l’exfiltration », estime Jean-Pierre Diot. Policier pendant trente-cinq ans, il se souvient que dans son ancien service, « on travaillait tous les jours les comportements réactionnels en cas d’agression […]. Or, lorsque le président tombe, on observe qu’ils ont du mal à le relever. C’est un peu la confusion. »
Cependant, tout n’est pas à critiquer dans la gestion de cet événement par le Secret Service. Gilles Furigo souligne que les agents ont démontré de bons réflexes. « On voit le triangle de sécurité qui se met en place – l’agent qui se met devant, l’évacueur à droite de Trump, le flanc-garde à gauche. Et l’antiterrorisme arrive pour immobiliser l’agresseur. » Mais il note également que JD Vance a été évacué avant le président, expliquant que les agents chargés de cette évacuation « étaient plus proches de lui ». « Et Trump, on ne l’attrape pas par la manche, on ne le tire pas. » Le président a d’ailleurs reconnu publiquement ne pas avoir facilité le travail des agents, souhaitant « voir ce qui se passait ».
Après la tentative d’agression en juillet 2024, durant laquelle le républicain avait été blessé à l’oreille, la directrice du Secret Service avait démissionné sans attendre les résultats de l’enquête. Des réformes avaient été mises en place. « Une erreur avait été commise, il y avait eu un manque de coordination entre services. Mais ce n’est pas dans ce cadre-là, tranche Gilles Furigo. Ici, le boulot a été fait. Pour moi, il n’y aura pas de sanction. » Jean-Pierre Diot est moins clément. Selon lui, l’incident de Washington soulève une question plus large sur la réputation d’un service qui se croit au-dessus de tous. « Le Secret Service a peut-être l’impression d’être le meilleur. J’en doute quand on voit ça. »
* « Baraka, l’attentat politique face aux caprices du destin », de Gilles Furigo, 215 pages, éditions Mareuil, 20 euros
**« Garde du corps : 15 ans au Service des hautes personnalités », de Jean-Pierre Diot, 252 pages, éditions du Cherche Midi, 17 euros

