Maroc

Stratégie énergétique : Quel avenir pour le Maroc ?


Médias24 lance une série d’articles consacrés à la stratégie énergétique du Maroc, un secteur qui attire l’attention depuis plusieurs semaines, mais pas toujours pour les meilleures raisons. Les récentes controverses entourant Mustapha Bakkoury, PDG de Masen et président de la région Casablanca-Settat, soulèvent des interrogations. Actuellement sous enquête judiciaire et interdit de quitter le pays, ses décisions concernant la stratégie des énergies renouvelables sont scrutées, bien que le dénouement de cette affaire ne soit pas encore clair.

Le débat sur la stratégie énergétique marocaine, adoptée il y a dix ans, est d’une grande pertinence. Si l’accent est mis sur le solaire, cette dimension n’est qu’une partie d’une feuille de route plus vaste, dont l’horizon initial était fixé à 2020, puis étendu à 2030, avec la transition énergétique comme objectif central.

En 2009, le Maroc a défini une stratégie nationale énergétique ambitieuse, marquant un tournant avec des objectifs clairs pour l’avenir. Parmi ceux-ci figurent la promotion de l’efficacité énergétique, la mobilisation des ressources nationales, la sécurité de l’approvisionnement, l’accès à l’énergie à des prix compétitifs, l’intégration régionale et la préservation de l’environnement dans toutes les activités énergétiques. Des cibles chiffrées ont été établies, telles que l’atteinte de 42 % d’énergies renouvelables dans la puissance installée d’ici 2020 et une réduction de 15 % de la consommation d’énergie d’ici 2030.

Cependant, après douze ans, le Maroc se trouve à un tournant critique. Les résultats sont loin d’être à la hauteur des attentes. En matière d’efficacité énergétique, les progrès sont minimes. Quant aux énergies renouvelables, le bilan est décevant, notamment dans le secteur solaire, qui, après avoir été considéré comme un succès jusqu’en 2018, est aujourd’hui perçu comme un échec. En février 2018, Mustapha Bakkoury avait exprimé sa confiance en affirmant que le pays dépasserait les 42 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2020. Pourtant, fin 2020, la puissance électrique installée n’était que de 10.557 MW, avec environ 36,8 % provenant des énergies renouvelables, selon un rapport de l’ONEE publié en janvier 2021.

Les ambitions de la stratégie des énergies renouvelables pour 2020 n’ont donc pas été réalisées. D’autres aspects de cette stratégie méritent également d’être examinés de près. La libéralisation de la production d’énergies renouvelables rencontre des obstacles réglementaires, rendant l’auto-production plus théorique que pratique. La stratégie gazière, essentielle à la feuille de route énergétique, est régulièrement relancée mais souffre de retards persistants. De plus, l’ONEE, principal acteur du secteur et unique acheteur d’énergie, fait face à une situation financière fragile, ce qui soulève des inquiétudes quant à la sécurité énergétique du pays.

La distribution d’énergie et la gouvernance du secteur, notamment le rôle de l’Autorité Nationale de Régulation de l’Electricité (ANRE), récemment réorganisée, posent également des questions sur l’avenir. Les engagements internationaux du Maroc en matière de transition énergétique ajoutent une couche de complexité à cette situation déjà délicate.

Des interrogations subsistent : le Maroc a-t-il mal négocié certains contrats ? Pourquoi les prix de l’électricité ont-ils augmenté au cours de cette décennie alors qu’une baisse était attendue ? Qui assumera les conséquences des échecs rencontrés ? La clarté de la vision initiale s’estompe, et la question cruciale demeure : quelle direction le Maroc prendra-t-il en matière de stratégie énergétique ?

Ces enjeux méritent une analyse approfondie, ce qui justifie la décision de Médias24 de consacrer une série d’articles à ce sujet, chacun se concentrant sur un aspect particulier et lui offrant l’attention nécessaire pour une réflexion plus complète. (À SUIVRE)