Maroc

Reprise de la guerre au Moyen-Orient : quel impact pour le Maroc ?


La guerre au Moyen-Orient a fait bondir le Brent de 77 à 87 dollars en vingt-quatre heures. Le Maroc importe près de 90% de ses besoins énergétiques, et une hausse durable des prix pourrait toucher le transport, l’industrie, et les marges des entreprises.


Le répit aura été de courte durée. Moins d’un mois après l’accord entre Washington et Téhéran, les frappes ont repris et le prix du Brent a grimpé de 77 à 87 dollars en l’espace de vingt-quatre heures. Pour un pays qui dépend à 90% de ses importations énergétiques, cette situation dépasse le simple coût à la pompe. Le transport, l’industrie, l’inflation et les finances de l’État risquent de ressentir rapidement les effets d’un conflit qui menace également les voies maritimes.

L’essentiel
La reprise des hostilités au Moyen-Orient a entraîné une hausse du prix du Brent, passant de 77 à 87 dollars en une journée.
Le projet américain d’imposer aux cargaisons transitant par le détroit d’Ormuz une contribution équivalente à 20% de leur valeur pourrait encore faire grimper le coût du pétrole et du transport maritime.
Le Maroc, qui importe près de 90% de son énergie, pourrait souffrir durablement de cette hausse, touchant le transport, l’industrie, ainsi que les prix et marges des entreprises.
Un baril maintenu au-dessus de 80 dollars augmenterait considérablement la facture énergétique et le coût de la compensation, accentuant la pression sur le déficit budgétaire.
Les récentes tensions géopolitiques mettent en lumière l’importance stratégique pour le Maroc de disposer d’une raffinerie moderne et de renforcer ses capacités de stockage.

Les détails
La trêve au Moyen-Orient n’a pas tenu. Donald Trump déclare que l’accord avec l’Iran est désormais terminé. Washington a de nouveau lancé des frappes et rétabli son blocus maritime contre les ports iraniens. En réponse, Téhéran a ciblé des navires et des installations américaines dans la région, ce qui a conduit les États-Unis à frapper des positions iraniennes pendant plusieurs heures.

Le conflit s’étend désormais à la mer Rouge. Les Houthis, soutenus par l’Iran, ont tiré des missiles vers l’Arabie saoudite après plusieurs années de relative accalmie. Ce retour à l’attaque ravive les préoccupations concernant le détroit de Bab el-Mandeb. Le commerce entre l’Asie, le Golfe, la Méditerranée et l’Europe est perturbé, tant à l’est par le détroit d’Ormuz qu’à l’ouest par le détroit de Bab el-Mandeb.

De plus, Donald Trump souhaite imposer aux navires une contribution de 20% de la valeur de leur cargaison pour traverser le détroit d’Ormuz sous protection américaine. Ce projet reste vague, car Washington n’a pas précisé comment cette somme serait calculée ni collectée, et sa légalité dans une voie maritime internationale est contestée.

Une telle contribution alourdirait fortement les coûts. Selon le Financial Times, cela pourrait ajouter près de 16 dollars au coût d’un baril transporté par Ormuz, ce qui, pour un grand pétrolier, pourrait représenter plusieurs dizaines de millions de dollars. Cette situation ferait grimper encore les prix du pétrole, alors que le risque de guerre demeure et que la protection américaine n’établit pas une garantie contre les attaques iraniennes. Les agressions contre les pétroliers émiratis montrent que la présence militaire des États-Unis ne suffit pas à éliminer le danger.

Les marchés ont réagi immédiatement. En vingt-quatre heures, le Brent est passé de 77 à 87 dollars le baril, une hausse de près de 13% en un jour. Ce problème ne se limite pas à la seule augmentation du prix du brut ; les prix du gasoil, du kérosène et du fioul sont également en hausse. Les acheteurs asiatiques commencent à chercher plus de cargaisons en Afrique de l’Ouest, en Amérique latine et en Russie.

Quel impact pour le Maroc ?
Pour le Maroc, qui importe près de 90% de ses besoins énergétiques, cette hausse peut avoir de graves conséquences. Elle augmente les coûts de transport et d’industrie, alourdit la facture des importations et peut diminuer les marges des entreprises. Si elle se prolonge, elle risque également d’impacter la croissance, le déficit commercial, le compte courant, les finances publiques et les réserves de change.

Le pays a déjà connu cela au deuxième trimestre 2026, lorsque le prix du gasoil est passé de 10,80 à 15,50 dirhams le litre en avril après trois augmentations consécutives dues à la guerre. Bien qu’il ait diminué avec l’apaisement des tensions, la reprise du conflit pourrait rapidement annuler cette baisse.

Oussama Ouassini, expert en chaîne d’approvisionnement et en intelligence économique, a déclaré à Médias24 que dans une économie comme celle du Maroc, hautement dépendante des importations, toute hausse des prix de l’énergie finit par alimenter l’inflation. « L’énergie est la mère de l’inflation. Dès que les prix de l’énergie augmentent, ils se transmettent aux coûts de production, au transport, puis aux prix à la consommation. Le Maroc est particulièrement vulnérable, car il importe l’essentiel de son énergie, ainsi que de nombreux produits dont la fabrication et le transport dépendent directement des coûts énergétiques », a-t-il expliqué.

Oussama Ouassini ajoute que les prix affichés sur les marchés ne reflètent pas la tension réelle sur le marché physique. « Les cours actuels sur les marchés financiers sous-estiment la réalité du marché physique. Même après la récente hausse du Brent, les prix auxquels certaines cargaisons s’échangent déjà dépassent 80 dollars le baril sur le marché spot, notamment pour des achats urgents en mer. Les cours visibles ne reflètent donc pas l’ensemble des tensions actuelles ni les anticipations concernant la poursuite du conflit. »

Selon lui, si la guerre se poursuit, les conséquences pourraient être lourdes pour le Maroc. Il estime que le choc toucherait directement la facture énergétique, les finances publiques et l’inflation, notamment alimentaire. L’État pourrait intervenir pour atténuer une partie de la hausse des prix, mais cet effort deviendra de plus en plus difficile si les prix restent élevés longtemps. « Si le pétrole reste au-dessus de 80 dollars, l’enveloppe allouée à la compensation en 2027 devra nécessairement être révisée à la hausse, exerçant une pression supplémentaire sur le déficit budgétaire et les finances publiques. »

Oussama Ouassini soutient qu’une raffinerie au Maroc est désormais d’une nécessité stratégique. « C’est une nécessité stratégique. Le pays devrait pouvoir raffiner localement au moins 50% de sa consommation nationale, tout en renforçant considérablement ses capacités de stockage. Cela lui permettrait d’acheter davantage lorsque les prix sont favorables, de mieux gérer ses approvisionnements et de réduire son exposition aux achats urgents sur le marché spot. »

Il ajoute que le recours aux réserves stratégiques peut atténuer temporairement la hausse, mais uniquement sur une courte période. « De nombreux pays ont commencé à puiser dans leurs stocks pour limiter leurs achats au niveau des prix actuels. Cela peut temporairement réduire la pression de la demande et contenir la hausse, mais ces stocks ne sont pas illimités. Lorsque ceux-ci devront être reconstitués, de grands importateurs comme l’Inde ou le Japon reviendront massivement sur le marché. Cette demande différée pourrait alors créer un nouvel déséquilibre entre l’offre et la demande et entraîner une nouvelle flambée des prix », a-t-il indiqué.

Il souligne aussi que le problème ne se limite pas à la reprise des exportations. Certaines installations énergétiques ont été endommagées, et leur remise en service pourrait prendre plusieurs années. Même si les combats cessent, le retour à une production normale ne sera pas immédiat, a-t-il souligné.

« Je ne pense pas que le conflit s’arrêtera rapidement. Il pourrait perdurer jusqu’en septembre. L’accord annoncé entre les parties n’était pas un véritable accord de fond. Il s’agissait plutôt d’une pause tactique, permettant à la fois aux Iraniens et aux Américains de reconstituer leurs stocks et leurs capacités militaires », a conclu Oussama Ouassini.