Maroc

Porter les rêves des enfants de Gaza au sommet de l’Everest

Mostafa Salameh, un Palestinien-Jordanien de 56 ans, espère récolter 10 millions de dollars au profit de Al-Khair Foundation, une ONG basée au Royaume-Uni, qui fournit de la nourriture, des abris d’urgence et un soutien psychologique aux habitants de Gaza. Le navire de croisière MV Hondius a achève son voyage dans le port néerlandais de Rotterdam le 1 er avril, où le reste de son équipage sera placé en quarantaine.


C’est porteur des rêves des enfants de Gaza que l’alpiniste Mostafa Salameh s’est lancé à l’assaut de l’Everest, avec pour objectif de devenir le porte-parole des conséquences de la guerre avec Israël sur les plus jeunes. Au milieu de son matériel d’ascension vers le « toit du monde », il a glissé un cerf-volant aux couleurs rouge, noir, blanc et vert du drapeau palestinien, couvert de messages exprimant à la fois leur chagrin dû au deuil et à l’exil, mais aussi leur espoir d’un avenir meilleur.

Depuis le 7 octobre 2023, suite aux affrontements entre le Hamas et Israël, plus de 72.000 Palestiniens ont été tués dans la campagne militaire de représailles, selon le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le groupe islamiste palestinien. Mostafa Salameh, un Palestinien-Jordanien de 56 ans, espère également collecter 10 millions de dollars au profit de la Al-Khair Foundation, une ONG basée au Royaume-Uni, qui fournit de la nourriture, des abris d’urgence et un soutien psychologique aux habitants de Gaza.

« Nous portons tous ces rêves des enfants de Gaza jusqu’au plus haut sommet du monde, parce qu’ils ne peuvent rien faire pour l’instant à Gaza », a-t-il indiqué à l’AFP lors d’un entretien vidéo. « Ils n’ont ni maison ni accès à l’éducation: tout se fait sous une tente. Ils manquent d’eau potable, de nourriture appropriée et de médicaments », a précisé l’alpiniste, qui a rencontré les enfants au point de passage de Rafah entre la bande de Gaza et l’Égypte.

Selon l’ONU, 1,7 million d’habitants du territoire palestinien – sur un total de plus de deux millions – vivent toujours dans des camps, dans l’impossibilité de rentrer chez eux ou dans les zones restées sous contrôle militaire israélien.

Né au Koweït de parents palestiniens, M. Salameh, qui a grandi dans un camp de réfugiés, espère que son expédition mettra en lumière le sort de ces enfants et fera entendre leur voix. « Le monde entier ferme les yeux quand il s’agit de la Palestine », s’est-il désolé. Les messages inscrits sur le cerf-volant mêlent espoir et chagrin: certains rêvent de devenir médecins ou ingénieurs pour reconstruire leurs maisons détruites, tandis que d’autres expriment leur immense tristesse après avoir perdu des proches.

Une fillette, Munira, a voulu qu’il écrive le chiffre 47. « Je lui ai demandé ce que signifiait le chiffre 47. Elle m’a répondu que c’était le nombre de membres de sa famille tués », raconte l’alpiniste, qui espère atteindre le sommet culminant à 8.849 mètres d’ici quelques semaines. C’est un rêve qui, en 2004, a changé sa vie : cet employé d’un hôtel à Édimbourg s’est vu au sommet de l’Everest, récitant l' »azan », l’appel des fidèles à la prière. « C’est là que le voyage a commencé. Je n’avais jusque-là jamais gravi de montagne de ma vie ». Un an plus tard, à 35 ans, il tente de gravir l’Everest, mais c’est à sa troisième tentative, en 2008, qu’il réalise son rêve.

Depuis, il a accompli le « Grand Chelem » des explorateurs, c’est-à-dire conquérir les « sept sommets », c’est-à-dire les points culminants des sept continents, ainsi que des deux pôles. La plupart de ses expéditions avaient pour but de collecter des fonds pour la Syrie, des enfants aveugles et des patients atteints de cancer. Il s’était juré de ne pas conquérir à nouveau l’Everest, mais la guerre à Gaza a été le déclencheur. « Je suis Jordanien à l’origine, ma famille est de Palestine, et je me reconnais dans ce que vivent ces enfants », confie-t-il.

« Quand on a une cause en laquelle on croit vraiment, de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, je pense que cela peut vous pousser à y aller et à le faire », explique M. Salameh, qui a préparé cette ascension pendant neuf mois. « Si nous pouvons apporter un petit changement, je serai heureux ». Mais au-delà de cet exploit, son « rêve est de voir la Palestine libre un jour et que nous puissions y aller et la visiter ».

En parallèle, le navire de croisière MV Hondius, qui a suscité une inquiétude mondiale en raison d’un foyer d’hantavirus à son bord, a achevé lundi son voyage dans le port néerlandais de Rotterdam, où le reste de son équipage sera placé en quarantaine. Le paquebot, au cœur d’une alerte sanitaire dans de nombreux pays depuis la mort de trois de ses passagers début mai, a accosté vers 10H30 (08H30 GMT) dans le port de Rotterdam, le plus important d’Europe, pour débarquement final et désinfection, ont constaté des reporters de l’AFP à bord d’un autre navire.

Parti d’Ushuaïa en Argentine le 1er avril, il transportait encore 27 personnes à son bord, membres d’équipage et personnel médical. Certaines de ces personnes, portant des masques blancs ou des casques de couleur bleue, étaient visibles sur le pont du navire lors de son approche finale. Cet épisode d’hantavirus, un virus rare pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique, a causé trois morts à bord et a contraint les autorités d’une vingtaine de pays à mettre les cas suspects et contacts sous surveillance ou quarantaine. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la contagion humaine nécessite un contact très proche.

« L’évaluation du risque pour la santé publique a été révisée à la lumière des dernières informations disponibles, et le risque global reste faible », a réaffirmé l’OMS dans un bulletin d’évaluation publié dimanche soir. Ce virus des Andes, seul hantavirus transmissible entre humains, a cependant une période d’incubation de plusieurs semaines, ce qui signifie que d’autres cas parmi les occupants du navire pourraient apparaître à l’avenir, selon l’OMS.

À ce jour, le virus a été confirmé chez sept patients, avec un autre cas probable, selon un décompte de l’AFP établi à partir de sources officielles après la confirmation d’un nouveau cas au Canada dimanche soir. Plus de 120 passagers ont déjà débarqué aux Canaries le 10 mai, puis été rapatriés dans leur pays ou évacués vers les Pays-Bas, dont le Hondius bat pavillon.

Les 27 derniers à bord, 25 membres d’équipage et deux soignants, doivent eux débarquer directement à Rotterdam. Il s’agit de 17 ressortissants philippins, quatre Néerlandais, quatre Ukrainiens, un Russe et un Polonais, qui seront placés en quarantaine au port ou s’isoleront à domicile. Tous sont asymptomatiques à ce stade, selon le croisiériste Oceanwide Expeditions. Après l’amarrage, le navire sera nettoyé et désinfecté en profondeur, a précisé son exploitant. Le corps d’une Allemande décédée pendant le voyage est également toujours sur le bateau. Deux autres personnes, un couple de croisiéristes néerlandais, sont décédés.

« Bien que d’autres cas puissent encore survenir parmi les passagers et les membres d’équipage exposés avant la mise en place des mesures de confinement, le risque de transmission ultérieure devrait être réduit après le débarquement et la mise en œuvre des mesures de contrôle », a déclaré l’OMS. Une Française de 65 ans, qui avait présenté des symptômes pendant son vol de rapatriement, a été hospitalisée dans un état critique à Paris, sa contamination au hantavirus étant avérée. Deux autres personnes, de nationalité néerlandaise et britannique, ont été évacuées en urgence aux Pays-Bas pour y être hospitalisées. Elles sont dans un état stable, la seconde ayant pu rentrer chez elle pour s’isoler, selon les autorités néerlandaises.