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Lula au Brésil ne veut pas laisser la droite l’emporter avant la présidentielle.

Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, a été réélu en 2023 après avoir exercé deux mandats de 2003 à 2010 et il compte briguer un quatrième mandat. Selon une enquête de l’institut Datafolha en avril, Flavio Bolsonaro est passé devant Lula dans les projections de second tour, à 46% contre 45%, l’écart restant dans la marge d’erreur.


À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre, le dirigeant brésilien de gauche, Lula, est sous pression face à une droite en pleine ascension et doit actuellement renforcer sa stratégie, combinant réformes sociales et défense de la « souveraineté » face aux États-Unis. Revenant au pouvoir en 2023 après deux mandats précédents (2003-2010), Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, envisage de briguer un quatrième mandat qui serait historique dans le plus grand pays d’Amérique latine.

Il y a quelques mois, le camp conservateur semblait désorienté, son leader, l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2022), étant empêché. En effet, Bolsonaro purge actuellement une peine de 27 ans de prison pour une tentative de coup d’État visant à empêcher le retour de Lula au pouvoir. Cependant, son fils aîné, le sénateur Flavio Bolsonaro, 44 ans, a été lancé par son père dans la course et a réussi à se positionner comme un candidat sérieux en se présentant comme une version modérée de son père.

D’après une enquête de l’institut Datafolha en avril, Flavio Bolsonaro a même dépassé Lula dans les projections de second tour avec 46 % contre 45 %, bien que l’écart reste dans la marge d’erreur. En décembre, Lula avait une avance de 15 points sur lui. « C’est une alerte, évidemment », admet Jilmar Tatto, vice-président du Parti des travailleurs (PT), cofondé par Lula en 1980. La gauche est donc poussée à lancer une contre-offensive.

Lula, qui ne peut légalement faire campagne avant août, met en avant ses réformes en matière de santé et d’éducation, tout en prenant des mesures pour atténuer les effets de la guerre au Moyen-Orient. Il adopte également un ton plus ferme à l’encontre de son homologue américain, Donald Trump. « Nous ne pouvons pas permettre que le monde s’incline devant le comportement d’un président qui pense que, par e-mail ou par Twitter, il peut taxer des produits, punir des pays et faire la guerre », a-t-il déclaré il y a quelques jours depuis l’Allemagne.

En 2025, lorsque l’administration américaine avait lancé une guerre commerciale contre le Brésil pour dénoncer une supposée « chasse aux sorcières » contre Jair Bolsonaro, Lula s’était déjà affirmé comme un défenseur de la « souveraineté » brésilienne. Cela lui avait été favorable, provoquant une embellie dans les sondages et une amélioration des relations avec Washington.

Alors que l’octogénaire s’efforce de montrer sa forme sur les réseaux sociaux par le biais de vidéos le montrant soulevant des poids ou courant lors de réunions, il fait face à des défis importants. Malgré une croissance honorable et un taux de chômage historiquement bas, les électeurs, notamment les jeunes, expriment leur mécontentement face à la hausse du coût de la vie. « Au marché, c’est hors de prix, acheter des vêtements […] c’est très dur parce qu’on ne vit pas vraiment, c’est presque de la survie », affirme Yohana Freitas Barbosa, assistante administrative de 27 ans à Brasilia. « Tout écart entre la situation macroéconomique et l’expérience quotidienne des électeurs en matière de coût de la vie influencera le vote, et Lula le sait », souligne Mariano Machado, du cabinet de conseil Verisk Maplecroft. Des annonces récentes visant à freiner la hausse des prix des carburants provoquée par la guerre sont « spécialement conçues pour répondre à ces préoccupations », ajoute l’analyste.

Le recul de Lula dans les sondages a suscité pour la première fois dans la presse des spéculations concernant un éventuel retrait du président de la course. Cependant, cette hypothèse a été rapidement écartée par son camp, qui mise désormais sur un calendrier social renforcé : après avoir obtenu une baisse de l’impôt sur le revenu pour une partie de la classe moyenne, il milite pour une réduction du temps de travail. Toutefois, des scandales, aux conséquences imprévisibles, pèsent également sur la situation.

Une enquête concernant une présumée fraude au régime de retraite, dont l’un des fils du chef de l’État est soupçonné d’avoir tiré profit, fait les gros titres. Les rebondissements autour de la faillite d’un banquier notable, qui avait de nombreuses connexions, fragilisent aussi des politiciens et des magistrats. Bien que Lula ne soit pas impliqué, le ressentiment des Brésiliens face à la corruption « finit par éclabousser ceux qui sont au pouvoir », déplore Edinho Silva, le chef du PT.

Ce thème est sensible pour le champion de la gauche, qui avait été incarcéré 580 jours, en 2018-2019, pour corruption passive et blanchiment, avant que sa condamnation ne soit annulée.