Une étude dénonce le progrès des investissements dans les armes nucléaires.
Selon un rapport publié vendredi par la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) et Pax, 301 banques, fonds de pension, compagnies d’assurance et autres institutions financières ont financé ou investi dans des entreprises impliquées dans la production d’armes nucléaires, représentant une hausse de 15% par rapport à l’année précédente. Le rapport identifie 25 entreprises impliquées dans la production d’armes nucléaires, dont Honeywell International, General Dynamics et Northrop Grumman, ainsi que les trois principaux investisseurs américains, Vanguard, BlackRock et Capital Group, qui ont détenu plus de 709 milliards de dollars d’actions et d’obligations de ces entreprises entre janvier 2023 et septembre 2025.
De plus en plus d’institutions financières investissent dans la production d’armes nucléaires, selon des ONG qui alertent sur le risque d’escalade dans un contexte de tensions internationales croissantes et de dépenses militaires record. De nombreux experts s’inquiètent du risque d’une nouvelle course aux armements nucléaires, alors que des États qui en possèdent sont impliqués dans des conflits en Europe, en Asie et au Moyen-Orient, et que les efforts de longue date en faveur du désarmement et de la non-prolifération semblent s’essouffler.
Dans un rapport publié vendredi, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), lauréate du prix Nobel de la paix, et Pax, une autre organisation antinucléaire, soulignent l’intérêt croissant de nombreuses institutions financières pour les entreprises développant et modernisant les arsenaux des neuf États nucléaires.
Selon ce rapport annuel intitulé « Ne misez pas sur la bombe », dont les données sont arrêtées à septembre 2025, 301 banques, fonds de pension, compagnies d’assurance et autres institutions financières ont financé ou investi dans des entreprises impliquées dans la production d’armes nucléaires. Ce chiffre représente une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente, inversant des années de déclin, selon le rapport. « Pour la première fois depuis des années, le nombre d’investisseurs cherchant à tirer profit d’une course aux armements est en augmentation », a souligné Susi Snyder, directrice des programmes d’ICAN et co-auteure du rapport.
« Il s’agit d’une stratégie à court terme risquée qui contribue à une dangereuse escalade », a-t-elle alerté dans un communiqué, ajoutant qu’il est « impossible de profiter d’une course aux armements sans l’alimenter ». Les neuf États dotés de l’arme nucléaire – Russie, États-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Pakistan, Inde, Israël et Corée du Nord – modernisent ou développent actuellement leurs arsenaux, indiquent ces organisations, soulignant une augmentation de la demande pour ces armes.
Le traité New Start, qui limitait le déploiement d’ogives nucléaires des deux principales puissances nucléaires, la Russie et les États-Unis, a expiré en février, et le rapport met en évidence la forte hausse de la valorisation boursière de nombreux grands groupes d’armement. Il souligne également la pression croissante exercée par les gouvernements, notamment en Europe, pour inciter les investisseurs à lever les restrictions éthiques concernant leurs investissements dans les entreprises d’armement.
Face à la menace russe et à la crainte croissante que l’Europe ne puisse plus compter sur la protection de Washington, les gouvernements affirment que les investissements dans le réarmement de l’Europe ne devraient pas être limités par des considérations éthiques, certains, comme le Royaume-Uni, allant même jusqu’à affirmer qu’il s’agit d’un devoir moral.
Le rapport identifie 25 entreprises impliquées dans la production d’armes nucléaires. Honeywell International, General Dynamics et Northrop Grumman sont les plus gros investisseurs, hors consortiums et coentreprises. Parmi les autres grands producteurs figurent BAE Systems, Bechtel et Lockheed Martin. Selon le rapport, les trois principaux investisseurs dans ces entreprises, en termes de valeur des actions et des obligations, sont les fonds américains Vanguard, BlackRock et Capital Group.
Durant la période analysée, de janvier 2023 à septembre 2025, les investisseurs ont détenu plus de 709 milliards de dollars d’actions et d’obligations des 25 entreprises productrices d’armes nucléaires, soit une augmentation de plus de 195 milliards de dollars par rapport à la période précédente. Parallèlement, près de 300 milliards de dollars ont été accordés sous forme de prêts et de garanties aux fabricants d’armes nucléaires, soit une hausse de près de 30 milliards de dollars depuis le dernier rapport. Les trois principaux prêteurs étaient les géants bancaires américains Bank of America, JPMorgan Chase et Citigroup, d’après le rapport, publié quelques jours avant la Conférence d’examen des États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’ouvre lundi à New York.

