Maroc

Les médias publics algériens biaisés contre le Maroc, selon une étude.

Une étude publiée le 3 juillet 2026 dans l’International Journal of Linguistics, Literature and Translation par Zouhir El Herri et Mouhcine Saidi Amraoui indique que l’agence officielle Algérie Presse Service (APS) et Radio Algérienne transforment régulièrement l’actualité internationale en récits moralisateurs, au prix de déformations des sources. Les auteurs estiment que le choix des verbes et des substantifs dans le traitement du Maroc place systématiquement l’État marocain en position d’accusé et transforme des décisions diplomatiques en fautes morales.


À partir de trois articles de l’APS et de Radio Algérienne, deux chercheurs de l’Université Hassan II ont confronté les citations et les affirmations aux documents originaux de l’ONU, de l’AIEA et de Maersk. Leur analyse met en évidence des ajouts dans les propos attribués à António Guterres, des contestations ignorées et un traitement inégal des relations entre le Maroc et Israël.

Une étude réalisée par deux chercheurs de l’Université Hassan II de Casablanca indique que l’agence officielle Algérie Presse Service (APS) et Radio Algérienne altèrent fréquemment l’actualité internationale en proposant des récits moralisateurs, souvent au détriment de la précision des sources et du traitement impartial des acteurs internationaux. Parue le 3 juillet 2026 dans l’International Journal of Linguistics, Literature and Translation, cette étude menée par Zouhir El Herri et Mouhcine Saidi Amraoui s’intéresse à trois articles : deux dépêches de l’APS sur la confrontation entre l’Iran, Israël et les États-Unis, ainsi qu’un article de Radio Algérienne concernant les relations entre le Maroc et Israël. L’étude, intitulée “More Bad News”: Gossip, Scandalization, and Deception in Algerian Online Foreign-Affairs Hard News, est accessible sur le site de la revue. Elle fait partie d’une recherche doctorale plus large, menée sur trois ans, portant sur la désinformation dans les médias algériens en ligne.

Les auteurs ont comparé les formulations et citations des articles avec des documents institutionnels, notamment des communiqués des Nations unies, des rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique, des textes gouvernementaux américains et des éclaircissements fournis par l’armateur danois Maersk. Ils affirment avoir identifié dans une dépêche de l’APS une modification d’une déclaration d’António Guterres, le secrétaire général de l’ONU. Dans cette dépêche, l’agence avait placé entre parenthèses le terme « l’entité sioniste » dans une citation qui lui était attribuée, alors que le communiqué original de l’ONU parlait d’une escalade militaire « entre Israël et l’Iran », sans utiliser cette expression.

D’après l’étude, cette insertion n’est pas une simple correction rédactionnelle, mais une manipulation idéologique qui donne l’illusion que le vocabulaire de l’APS provient directement de la source onusienne. Les chercheurs notent également que les opérations israéliennes sont qualifiées d’« agression », tandis que les frappes iraniennes sont présentées comme une « riposte », ce qui omet une partie de la complexité du conflit. Malgré une variété apparente de sources, les auteurs estiment que les différentes voix citées sont réorganisées autour d’une interprétation manichéenne, opposant agresseurs et victimes, coupables et innocents, résistance et agression.

L’analyse de Radio Algérienne aboutit à un constat similaire concernant le traitement du Maroc. L’article étudié, intitulé « Maroc : normalisation sans limites avec l’entité sioniste et cap sur la répression », associe les relations maroco-israéliennes à des notions de « trahison », de « compromission » et de « répression ». Les chercheurs soutiennent que le choix des verbes et des substantifs place systématiquement l’État marocain en position d’accusé, transformant les décisions diplomatiques en fautes morales. Les termes « régime marocain », « Makhzen » ou « pouvoir » y apparaissent comme des agents d’une politique contre la cause palestinienne et les militants s’opposant à la normalisation.

L’étude souligne que l’article omet de mentionner la déclaration tripartite signée en décembre 2020 par le Maroc, les États-Unis et Israël, qui réaffirmait la position officiellement considérée comme « constante et inchangée » du Roi Mohammed VI en faveur de la cause palestinienne. De plus, la présence de navires dans des ports marocains est présentée comme une preuve de coopération militaire avec Israël, sans aborder le fait que Maersk avait réfuté les accusations selon lesquelles ses vaisseaux transportaient des armes ou des munitions vers ce pays. Le groupe danois avait dénoncé des affirmations jugées fondées sur des hypothèses inexactes et une utilisation trompeuse de données publiques.

Les chercheurs soulignent également un traitement inégal de la coercition étatique. Dans le discours officiel algérien, les restrictions à certaines formes d’expression sont justifiées par la législation, l’ordre public et la protection de la cohésion nationale. Lorsqu’il s’agit de pratiques similaires attribuées au Maroc, celles-ci sont immédiatement qualifiées de « répression ». Les auteurs estiment que cette asymétrie reflète une proximité marquée entre le discours du pouvoir algérien et celui des médias publics.

L’étude met également en lumière des contradictions dans le discours algérien concernant le Sahara. Elle confronte une déclaration prudente du président Abdelmadjid Tebboune, qui renvoie le dossier au processus des Nations unies, à une autre intervention où il qualifie le plan marocain d’autonomie de « mythe » né à Paris. Les auteurs interprètent cette incohérence comme une difficulté à maintenir un discours uniforme face aux évolutions diplomatiques du dossier. Ils reconnaissent cependant que leur corpus, limité à trois articles, ne permet pas de tirer des conclusions généralisables à l’ensemble des médias algériens. Leur démarche est qualitative et se concentre sur la documentation précise de certains mécanismes linguistiques, nécessitant des tests supplémentaires sur d’autres médias, périodes et sujets.

L’étude, qui précise ne pas avoir reçu de financement extérieur et ne signale aucun conflit d’intérêts, conclut que les articles analysés s’écartent des normes journalistiques d’exactitude, d’équilibre et de fidélité aux sources, floutant ainsi la frontière entre information et propagande.