
Législatives 2026 : l’Istiqlal mise sur le souverainisme
Réuni le 16 juillet à Salé, le Parti de l’Istiqlal, dirigé par Nizar Baraka, a présenté sa volonté de réduire les dépendances du Maroc à travers cinq chantiers, touchant à la commande publique, à la sécurité alimentaire, au numérique et à l’industrie.
Lors de ce colloque national consacré à la « souveraineté stratégique », le parti a approfondi l’un de ses cinq engagements pour les élections législatives de 2026. Cet axe avait été sélectionné parmi les cinq engagements définis par le conseil national du parti, qui s’était réuni le 14 juin dans la même ville. Ces engagements incluent également la protection de la famille marocaine et des valeurs nationales, la préservation du pouvoir d’achat, une politique de « tolérance zéro » face à la corruption et aux conflits d’intérêts, ainsi que le renforcement des services publics.
Au cours de cet événement, Nizar Baraka a esquissé les grandes lignes d’une doctrine opérationnelle, reposant sur des objectifs précis et des engagements mesurables.
« La souveraineté stratégique ne se mesure pas au volume de ce que l’on importe ou de ce que l’on produit localement, mais à la capacité, pour un pays, de conserver la liberté de choisir », a-t-il résumé pour définir l’approche de son parti.
La réflexion s’appuie sur un constat : le monde est devenu plus volatil. Les chaînes d’approvisionnement sont souvent déstabilisées et les ressources stratégiques sont de plus en plus utilisées comme instruments de puissance, tandis que les mutations technologiques modifient les équilibres établis. La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, et plus récemment la guerre en Iran, ont chacune révélé l’urgence pour le Maroc de renforcer son autonomie stratégique.
Pour Nizar Baraka, cette souveraineté ne se limite plus aux frontières et à l’indépendance des institutions. Elle englobe désormais la capacité d’un État à nourrir et à soigner ses citoyens, à sécuriser ses approvisionnements en période de crise, à développer son industrie, à produire ses propres technologies, à protéger ses données numériques et, in fine, à préserver son autonomie de décision.
Il souligne cependant un point essentiel : « Être souverain ne signifie en aucun cas se refermer sur soi ». Il s’agit d’un choix pragmatique, devenu incontournable dans un environnement international instable. L’objectif est de diminuer la vulnérabilité du pays face aux chocs extérieurs.
L’ouverture au monde doit se faire depuis une position de maîtrise, permettant au Maroc de profiter des interdépendances sans compromettre ses intérêts nationaux.
Les cinq piliers de la souveraineté stratégique sont les suivants :
1. Identifier et cartographier les dépendances stratégiques : Le premier chantier consiste à dresser un état des lieux précis des dépendances du Maroc, qu’il s’agisse des approvisionnements énergétiques, des composants industriels ou des produits essentiels. Il s’agit d’évaluer et de prioriser les dépendances à réduire, tout en identifiant les leviers dont dispose le Royaume pour en limiter l’impact. Cette démarche nécessite des objectifs clairs et mesurables, une diversification des partenaires et une anticipation des priorités, à l’image d’un mix énergétique mieux équilibré pour absorber plus efficacement les chocs internationaux.
2. Faire de la commande publique un levier de montée en gamme industrielle : Le deuxième pilier vise à transformer la commande publique en un véritable outil de politique industrielle. Nizar Baraka cite en exemple les unités mobiles de dessalement d’eau de mer, avec 240 stations développées au Maroc par des compétences nationales. L’objectif est double : réduire la dépendance aux équipements importés et, à terme, exporter ce savoir-faire vers le reste du continent africain. Chaque marché public devrait être conçu comme un levier créateur de valeur durable pour l’économie nationale, renforçant la compétitivité des entreprises locales et les compétences de la main-d’œuvre marocaine, notamment grâce au transfert de technologie.
3. Garantir la souveraineté alimentaire : Face à la sécheresse récurrente, aux crises internationales et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, Baraka plaide pour une production nationale accrue de tout ce qui peut être cultivé durablement, associée à une diversification des partenaires commerciaux. Parmi les mesures concrètes proposées figurent la mise en place de quotas garantissant qu’une part de la production nationale soit réservée à la consommation locale, ainsi que la création de sociétés régionales de distribution pour réduire le poids des intermédiaires dans les chaînes d’approvisionnement.
4. Bâtir une souveraineté numérique : Malgré les avancées de la numérisation, le Maroc reste vulnérable en matière de cybersécurité, avec des cas récurrents de fuites de données personnelles. Le parti appelle à combler ce retard tout en se positionnant activement dans la « révolution de l’intelligence artificielle », notamment par la création d’instituts dédiés. L’enjeu dépasse la seule dimension technique : il s’agit de préparer la jeunesse marocaine aux mutations du monde numérique de demain.
5. Consolider le positionnement géostratégique du Maroc : Le cinquième pilier consiste à affirmer le Maroc comme une puissance régionale émergente. Nizar Baraka a salué le rôle du Roi Mohammed VI dans l’adoption de la résolution 2797, ainsi que la diversification des partenariats stratégiques du Royaume, notamment avec les États-Unis, la Russie et la Chine. Il a également mis en avant le soft power marocain, soutenu par une diplomatie culturelle et sportive active. La Coupe du monde 2030 est ainsi présentée comme une occasion historique d’accroître le rayonnement international du Maroc et de renforcer durablement son attractivité économique.
En conclusion de son intervention, Nizar Baraka a proposé une grille d’évaluation pour guider la conception de toute politique publique à l’avenir :
– En quoi cette politique contribue-t-elle à réduire une dépendance et, par conséquent, à renforcer l’autonomie décisionnelle du Maroc ?
– Quelle capacité nationale nouvelle permet-elle de créer ?
– Quelle technologie laisse-t-elle durablement entre les mains du Maroc ?
