Maroc

La France ne redessine pas sa relation avec l’Afrique.

La France a annoncé des investissements de 23 milliards d’euros destinés à l’Afrique, qui permettront la création de plus de 250.000 emplois directs en Afrique et en France. Le sommet a également permis à la délégation marocaine de multiplier les rencontres avec des investisseurs et des représentants de grandes entreprises internationales.


Le choix de Nairobi pour recevoir le sommet franco-africain, ainsi que le slogan choisi et l’accent mis sur l’investissement, revêtent une signification politique claire de l’Elysée : la France semble avoir réalisé que sa relation historique avec l’Afrique est arrivée à son terme et que l’ancien modèle d’influence ne permet plus de garantir sa présence sur le continent.

Ces dernières années, la France a connu un recul sans précédent en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel. Son image s’est considérablement dégradée, le rejet de sa présence s’est intensifié, et Paris a fini par fermer plusieurs de ses bases militaires historiques, tandis que nombre de ses entreprises quittaient des pays autrefois considérés comme des zones privilégiées d’influence.

Bien que la France ait souvent imputé cette situation à des campagnes de déstabilisation orchestrées par des puissances concurrentes, telles que la Russie, la réalité révèle une crise plus profonde : celle d’un modèle de relations franco-africaines basé davantage sur l’influence politique et économique que sur un véritable partenariat équilibré.

Dans ce contexte, Paris s’est tournée vers l’Afrique de l’Est, une région moins affectée par l’héritage colonial français et actuellement l’une des zones les plus dynamiques du continent. Depuis Nairobi, devant plus de trente chefs d’Etat et de gouvernement, la France a tenté de projeter une nouvelle image d’elle-même avec le slogan : «L’Afrique en avant».

Le président français Emmanuel Macron a souligné que les destins de l’Europe et de l’Afrique sont désormais intimement liés. Il a fait valoir que l’Afrique a besoin d’investissements, de transfert de technologies et de confiance économique plutôt que d’aides publiques traditionnelles.

La forte présence de grandes entreprises et d’institutions financières internationales, comme la Banque européenne et la Banque africaine de développement, n’était pas anodine. Elle traduisait la volonté française de passer d’une logique d’influence militaire et politique à une approche axée sur l’économie et l’investissement.

Dans le même esprit, le président kényan William Ruto a déclaré que l’Afrique possède un potentiel immense, mais qu’elle a besoin de la confiance des investisseurs internationaux et de financements substantiels dans les infrastructures, l’éducation et les nouvelles technologies pour accompagner la révolution numérique, notamment dans le secteur de l’intelligence artificielle.

Malgré son penchant pour l’Afrique de l’Est, Macron n’a pas négligé ses alliés traditionnels, notamment le Maroc. Il a salué les progrès du système éducatif marocain sous la direction de SM le Roi Mohammed VI, le qualifiant de «modèle exceptionnel» pour le continent africain.

Le Maroc a participé au sommet avec une importante délégation menée par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch, illustrant la volonté de Rabat de renforcer sa présence économique en Afrique et d’affermir ses partenariats avec des acteurs internationaux, dont la France.

Le sommet a également permis à la délégation marocaine de multiplier les rencontres avec des investisseurs et des représentants de grandes entreprises internationales, ainsi qu’avec de nouveaux partenaires intéressés par le potentiel économique du Maroc, son climat de stabilité politique et sa position stratégique comme porte d’entrée vers l’Afrique.

Cette rencontre a aussi été l’occasion de fortifier la présence économique marocaine en Afrique de l’Est, une région devenant l’un des principaux pôles de croissance du continent.

Pour sa part, le président français a annoncé des investissements de 23 milliards d’euros destinés à l’Afrique, précisant qu’ils permettraient de créer plus de 250 000 emplois directs en Afrique et en France. Macron a aussi affirmé que «l’Afrique réussit» et qu’elle «a besoin d’investissements pour devenir plus souveraine», un message qui résonne fortement sur le continent, où la question de la souveraineté est devenue cruciale après des décennies de dépendance économique et politique.

Cependant, le président français n’a pas éludé les difficultés que son pays a rencontrées en Afrique ces dernières années, notamment après les coups d’Etat au Mali, au Burkina Faso et au Niger entre 2020 et 2023, ayant entraîné un déclin de l’influence française et le retrait de ses forces militaires. L’absence des dirigeants de ces pays lors du sommet témoigne d’ailleurs de l’ampleur des bouleversements géopolitiques en cours en Afrique.

Le choix de l’Afrique de l’Est pour organiser cette rencontre n’était donc pas anodin. La France a voulu symboliquement et politiquement s’éloigner de son ancien pré carré en Afrique de l’Ouest et au Sahel pour inaugurer une nouvelle phase fondée sur le partenariat économique et la concurrence internationale.

Paris semble désormais prendre conscience que la reconstruction de sa relation avec l’Afrique doit passer par des régions moins marquées par la mémoire coloniale française et moins sensibles à son héritage historique. Depuis son discours d’Ouagadougou en 2017, Macron cherche à promouvoir une nouvelle vision des relations franco-africaines fondée sur le respect mutuel, la coopération économique et les échanges culturels. Toutefois, les crises politiques et sécuritaires ont souvent freiné cette ambition.

Aujourd’hui, la France paraît engagée dans une grande opération de repositionnement stratégique en Afrique, tentant de préserver ce qui demeure de son influence historique tout en établissant des relations plus pragmatiques et moins dominatrices. Cependant, la question reste entière : Paris parviendra-t-elle vraiment à convaincre l’Afrique qu’elle a changé, ou le continent a-t-il déjà tourné la page de l’influence française traditionnelle ?

**Paris – Youssef Lahlali**