
Hekaya : ambition mondiale pour les séries verticales marocaines.
Après avoir longtemps été exposé aux récits d’autres cultures, le public marocain pourrait bientôt voir ses propres histoires s’exporter à l’international. Avec Hekaya, Mehdi Chougrad ambitionne de faire découvrir des séries marocaines en darija, doublées dans plusieurs langues et conçues pour être visionnées sur téléphone.
Le 20 juillet 2026 à 19h07, cet article a été modifié à la même date et heure.
Pendant des années, les récits en provenance de Turquie, de Corée, des États-Unis et d’autres pays ont franchi les frontières pour atteindre le public marocain. Aujourd’hui, une plateforme marocaine souhaite inverser cette tendance.
Récemment lancée au Maroc, Hekaya se prépare à un déploiement international. La plateforme propose des séries courtes, filmées au format vertical, spécifiquement conçues pour être visionnées sur un téléphone. Son objectif est de faire voyager des histoires marocaines au-delà des frontières, sans que la barrière de la langue ne soit un frein.
« Pourquoi nous, Marocains, sommes-nous obligés de regarder les histoires des autres alors que nous sommes capables de créer nos propres récits et de les faire connaître dans le monde entier ? », interroge Mehdi Chougrad, fondateur et directeur général de Hekaya.
L’idée de Hekaya a émergé il y a environ deux ans, lorsque son fondateur a constaté le succès international des plateformes de séries verticales. Ces formats, largement développés en Asie, sont conçus pour être consommés rapidement, que ce soit entre deux activités, dans les transports ou simplement sur un téléphone.
Les épisodes durent entre une minute trente et deux minutes trente, avec un rythme rapide, une accroche dès les premières secondes et une conclusion incitant à visionner l’épisode suivant.
Pour son lancement, la plateforme propose déjà 30 séries de 30 épisodes, soit un total de 900 épisodes, tous imaginés, écrits et produits au Maroc.
Le projet a nécessité un investissement de plus de 12 millions de dirhams, financé sur fonds propres. Des acteurs, réalisateurs et techniciens marocains ont participé aux productions, parmi lesquels les réalisateurs Actarus Hamed Aksas et Doha Moustaquim.
La langue représente l’un des principaux défis du projet. Les séries produites au Maroc sont doublées et sous-titrées dans plusieurs langues pour toucher des publics étrangers.
Ainsi, une même histoire peut être visionnée en français, en anglais ou en espagnol, selon le pays. L’objectif est de permettre à une histoire née au Maroc de poursuivre son parcours auprès de spectateurs qui ne maîtrisent pas nécessairement la darija.
« La darija devient un point de départ, pas une frontière », affirme Mehdi Chougrad.
Cette volonté d’exporter les récits marocains est également liée à une observation sur la circulation des œuvres. Bien que le Maroc dispose d’acteurs, de réalisateurs et de techniciens, ses productions peinent encore à trouver leur place dans les circuits internationaux de diffusion.
Avec Hekaya, le défi est de créer un accès direct à ces publics, en s’appuyant sur un format déjà populaire à l’étranger.
L’application est accessible gratuitement et propose dix épisodes gratuits. Au-delà de cette offre, l’utilisateur peut choisir parmi différentes formules d’accès : un pass quotidien à 7 dirhams, un pass hebdomadaire à 15 dirhams ou un abonnement mensuel à 39 dirhams.
Au Maroc, le paiement peut être effectué via la facture ou le solde de l’opérateur téléphonique, grâce à des partenariats avec les trois opérateurs nationaux (Maroc Telecom, Orange et Inwi). Les paiements via l’App Store et Google Play sont également possibles.
La plateforme envisage également de développer des revenus publicitaires. Des bannières peuvent apparaître dans les épisodes accessibles gratuitement, tandis que les abonnés bénéficient d’un accès sans publicité. Des collaborations avec des marques sont également prévues, notamment à travers des placements de produits intégrés aux récits.
Pour Hekaya, le défi consiste désormais à continuer à produire. En effet, une plateforme de contenus ne peut fonctionner durablement sans nouvelles histoires. Le projet souhaite ainsi s’appuyer sur plusieurs réalisateurs et continuer à faire travailler les talents marocains.
Après avoir longtemps consommé des récits venus d’ailleurs, le public marocain pourrait donc voir ses propres histoires prendre le chemin inverse. D’abord en darija, puis dans les langues de ceux qui les découvriront ailleurs.
