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Coupe du monde 2026 : la presse argentine vit-elle dans un monde parallèle ?

Parce que le ressentiment argentin se savoure froid, à l’image d’un ceviche mariné dans un bon restaurant de Buenos Aires, quoi de mieux pour clore cette journée post-finale qu’une revue de presse argentine afin de vérifier si, là-bas aussi, on éprouve un peu de honte face au comportement des joueurs de Scaloni avant et après le coup de sifflet final.

Commençons par le très sérieux Clarin, où l’on a visiblement pris le temps de réfléchir avant d’écrire. Le titre en dit long : « Ils ont tout donné, rien à leur reprocher ». Même pas pour n’avoir pas tiré une seule fois au but avant la 120e minute ? Soit.

Et que dit-on d’autre ? « Comme jamais auparavant, l’équipe argentine a affiché, sur le terrain comme en dehors, un éventail de valeurs qui sont rares de nos jours. Ils ont montré le visage d’un pays que nous aimerions voir loin du terrain de football ». Et là, le summum : « Une équipe qui était polie et respectueuse, malgré quelques incidents isolés malheureux dans le dernier match ; qui n’a pas parlé en mal de ses rivaux ni essayé de justifier ses propres erreurs en blâmant les autres ». Absolument remarquable.

Par curiosité, nous avons également consulté les colonnes de La Nacion, l’autre grand quotidien de référence en Argentine. Le ton y est un peu moins biaisé, même si un article bien rédigé par Juan Manuel Trenado s’interroge sur le sentiment de rejet provoqué par la sélection albiceleste après la défaite face à l’Espagne.

« La sélection championne du monde au Qatar a marqué l’histoire du football. Mais elle a aussi fait naître une haine parfois irrationnelle. Les campagnes médiatiques dans de nombreux pays ont installé l’idée d’une équipe favorisée par la FIFA en 2022, contre toute logique. La réponse juste contre ces allégations s’est trouvée dans la défaite contre l’Espagne, une défaite indiscutable à tous points de vue. »

La suite est encore plus intéressante : « Toni Kroos, un autre champion du monde, a réagi comme quelqu’un qui voulait donner une note esthétique à cette finale : ‘le football a gagné’, a-t-il dit. Pourtant, savoir que l’on est moins fort physiquement et tactiquement, comme face à l’Espagne, tout en insistant pour faire mal à l’adversaire, requiert une volonté incommensurable. Dans cette recherche d’adrénaline, il est possible de tomber dans certains excès. » C’est joliment formulé, pour décrire un combat de MMA.

Le journaliste conclut ainsi : « Si l’on se réfère uniquement au terrain, l’Argentine a disputé des matchs assez pauvres. Sans fonds de jeu, sans solutions, souvent dominée par l’adversaire… et malgré cela, elle est allée jusqu’aux dernières minutes de la finale avec la possibilité de revenir. Un tir de Simeone qui aurait pu tout à fait amener à une séance de penaltys. Cela aurait été injuste, mais tout à fait conforme au règlement. Sans aucune raison de déclencher une nouvelle vague de haine. »

Tout cela est vrai. Le mérite de cette version affaiblie de l’Albiceleste est immense d’être parvenue jusqu’en finale, compte tenu des méformes individuelles et de tous ces matchs qu’il a fallu arracher en partant de loin. Cela n’excuse cependant pas d’être aussi acerbe dans la défaite cette fois-ci que dans la victoire il y a quatre ans, n’est-ce pas ?