Hassan El Fad : L’humour est un acte sérieux en théâtre et narration
Hassan El Fad participe au Salon international de l’édition et du livre à Rabat (SIEL) où il souligne l’importance du réalisme dans la comédie, indiquant que « la comédie est un acte très sérieux… et très rigoureux ». Deux ouvrages collectifs publiés par l’Université Cadi Ayyad, intitulés «La mémoire, la société et le sacré dans le projet comique de Hassan El Fad» et «Le projet comique de Hassan El Fad… regards croisés», ont été présentés lors de cette rencontre.
L’artiste Hassan El Fad souhaite rappeler à son public et aux passionnés de son œuvre qu’il est un homme de théâtre axé sur l’humour. Son projet artistique, la création de personnages et le développement d’événements s’articulent autour de son expérience théâtrale et de sa maîtrise des outils narratifs. Il se montre très hésitant face aux approches dépourvues de réflexion qui visent à générer un rire opportuniste. Selon lui, l’objectif fondamental des créateurs de comédie depuis l’Antiquité grecque est de s’approcher du réalisme et de réussir l’imitation, ce qui nécessite une crédibilité élevée dans la création de personnages, a-t-il déclaré lors d’une rencontre au Salon international de l’édition et du livre à Rabat (SIEL), animée par le journaliste Abdellah Tourabi.
Cette approche théâtrale met la création du profil des personnages au cœur de l’œuvre artistique. Les spectateurs se remémorent Kabour, Hilamane et Lahbib, identifiant des archétypes humains qui leur ressemblent, que ce soit dans leur famille, leur quartier ou leur village. El Fad souligne que cela se produit lorsque l’artiste s’efforce de donner au personnage une référence culturelle et sociale claire, une expression corporelle distincte et un registre lexical caractéristique.
Ces éléments se combinent pour donner à la scène un aspect réaliste et permettre au public de s’identifier au personnage. Il s’agit d’un processus rigoureux dans l’exécution et la complémentarité des éléments. El Fad critique fermement ceux qui assimilent comédie et farce, affirmant que « la comédie est un acte très sérieux… et très rigoureux ».
Cette rencontre s’est tenue avant la signature de deux ouvrages collectifs publiés par l’Université Cadi Ayyad sur le projet artistique de Hassan El Fad, issus d’une journée d’étude antérieure. Les ouvrages sont intitulés «La mémoire, la société et le sacré dans le projet comique de Hassan El Fad» (en arabe) et «Le projet comique de Hassan El Fad… regards croisés» (en français).
L’œuvre artistique de Hassan El Fad a suscité un intérêt scientifique et académique, d’autant plus que l’artiste utilise les mêmes outils narratifs que ceux du conte, du roman et du cinéma. Seules des adaptations sont nécessaires en fonction du mode et du lieu de diffusion. Il explique qu’il s’agit de la même intrigue dans l’écriture, la création des personnages et le développement des événements, mais que le lieu de diffusion impose une ligne éditoriale plutôt familiale.
Avec l’essor des réseaux sociaux, le scénario ne se termine plus avec la diffusion, mais peut alimenter de nouvelles écritures. Le contenu comique interagit avec son contexte social, certains dialogues pouvant être détachés de leur cadre pour circuler sur les plateformes sociales, multipliant ainsi leurs significations et prolongeant leur effet comique.
Le spectateur devient un scénariste, selon les mots d’Hassan El Fad, qui revient sur ses débuts dans le « one man show » à la fin des années 90. Il ne se contente pas d’être un simple spectateur passif, mais agit activement dans le façonnement des espaces comiques de la première version. Entre Casablanca, Fès et Marrakech, l’interaction varie et la représentation artistique s’adapte au goût du public.
Il n’est pas facile de cerner le projet de Hassan El Fad, un artiste dont les personnages combinent diverses compétences culturelles et artistiques, telles que la musique, le théâtre et la narration (non publiée). C’est pourquoi, selon Abdelaziz Sabti, coordinateur du « projet comique de Hassan El Fad… regards croisés », il est essentiel d’inclure des contributions de chercheurs en psychologie, sociologie et analyse littéraire pour développer une approche pluridisciplinaire. « Ils ont Coluche en France et Atkinson “Mr. Bean” en Grande-Bretagne, pourquoi n’aurions-nous pas un artiste bénéficiant de l’accompagnement critique qu’il mérite ? », s’interroge le chercheur.
Hassan El Fad est ainsi devenu une figure incontournable de la culture marocaine, ayant réussi, selon le coordinateur de « La mémoire, la société et le sacré dans le projet comique de Hassan El Fad », à condenser la mémoire collective en capsules de trois minutes, proposant des modèles et des situations représentatives du quotidien des Marocains, tant en milieu urbain que rural.
Depuis près de trois décennies, le projet de Hassan El Fad se poursuit dans la création d’une comédie imprégnée d’esprit marocain authentique, capable de dialoguer avec l’intelligence collective. Que ce soit à la campagne, en pleine ville ou en périphérie, les choix dramatiques de l’artiste varient, mais un dénominateur commun demeure : un regard attentif capturant les paradoxes et les profondeur des relations, une écriture exigeante dans la création de situations et de personnages, et le défi d’un rire qui grandit à chaque nouvelle représentation, avec la capacité de mobiliser des générations successives.
Par Nizar Lafraoui (MAP)

