Maroc

Ghita Mezzour : “Les licenciements ne sont pas seulement causés par l’IA”


Ghita Mezzour, l’ancienne ministre de la Transition numérique, souligne que 9,5% des répondants à une étude de Médias24 envisagent des licenciements dans certaines directions ou certains services en raison de l’IA. Elle affirme que « l’intelligence artificielle peut parfois établir un meilleur diagnostic qu’un radiologue chevronné pour déterminer si une tumeur du sein est maligne ou non ».


L’ancienne ministre de la Transition numérique, qui dirige actuellement le cabinet DecisiveAI, a évoqué son expérience gouvernementale et l’influence de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi lors du 12-13 de Médias24. Elle met en garde contre les licenciements hâtifs liés à l’IA et appelle à une meilleure intégration de cette technologie par les entreprises marocaines.

Trois ans après son départ du ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Ghita Mezzour, fondatrice de DecisiveAI, a partagé son point de vue sur l’impact de l’IA sur le marché de l’emploi et l’économie marocaine. Dans le cadre d’une étude menée par Médias24, trois chiffres principaux émergent concernant l’impact de l’IA sur l’emploi : 9,5 % des répondants envisagent des licenciements, 28,1 % anticipent une diminution des recrutements et 15,9 % affirment avoir déjà observé des postes remplacés ou transformés par l’IA.

Ghita Mezzour relativise cependant la responsabilité de l’IA dans le ralentissement des recrutements. « Aujourd’hui, le monde entier, pas juste le Maroc, est dans une phase transitoire. Ce n’est pas encore clair comment l’IA va impacter l’emploi », dit-elle. Elle souligne que, parfois, les licenciements sont attribués à l’IA pour des raisons de commodité, alors qu’ils peuvent résulter de mauvaises gestions passées des ressources humaines.

Pour illustrer les dangers des licenciements liés à l’IA, elle cite le cas de Ford, qui a licencié des ingénieurs expérimentés dans le cadre d’un plan d’intégration de l’IA, pensant pouvoir les remplacer. Cette stratégie s’est avérée inefficace, entraînant une baisse de la qualité et un coût de près d’un milliard de dollars pour réembaucher certains des ingénieurs. Ghita Mezzour précise que l’IA est un outil puissant, mais qu’elle ne peut pas remplacer toutes les compétences humaines.

À l’inverse, elle évoque l’exemple d’Ikea, qui a mis en place un chatbot pour traiter les demandes de ses clients. Au lieu de licencier 8 500 téléopérateurs, l’entreprise les a formés pour devenir architectes d’intérieur, générant ainsi 1,4 milliard de dollars de revenus supplémentaires. Elle insiste sur l’importance de maintenir la dimension humaine dans l’application de l’IA, disant qu’il est crucial d’avoir « un human in the loop ».

Concernant l’impact de l’IA sur divers métiers, Ghita Mezzour affirme que tous les secteurs sont touchés, y compris les professions qualifiées comme celles dans le domaine juridique et médical. Elle explique que l’IA peut parfois surpasser le diagnostic d’un radiologue expérimenté. L’ancienne ministre invite à dépasser la peur de l’IA et critique la tendance à diaboliser cette technologie.

Sur la stratégie Maroc Digital 2030, elle pense qu’il n’est pas nécessaire de réformer le Code du travail. Elle souligne que l’État offre des subventions pour la formation, mais que les entreprises doivent également investir dans la montée en compétences de leurs employés. Ghita Mezzour insiste sur la nécessité de revoir cette stratégie pour qu’elle s’adapte aux nouvelles opportunités créées par l’IA.

À propos de l’émigration des talents marocains, elle préfère parler de « mouvement » plutôt que de « fuite des cerveaux » et note un intérêt croissant parmi les jeunes de revenir au Maroc. Elle aborde la question de la souveraineté technologique en disant qu’il n’existe pas de technologie 100 % nationale, tout en affirmant que le Maroc a les capacités pour développer des solutions d’IA adaptées à ses besoins.

Enfin, sur son bilan ministériel, Ghita Mezzour évoque le défi de rassembler des acteurs autour d’une stratégie nationale. Elle souligne les projets de financement pour les start-up et le doublement de la formation des jeunes, tout en répondant aux critiques reçues durant son mandat. Concernant son avenir, elle déclare qu’elle ne se porte pas candidate aux prochaines élections tout en restant membre actif du PAM, concluant que son parti se positionne bien pour les prochaines échéances électorales.