
Electricité : le Maroc ne ralentit pas ses interconnexions avec l’Europe et le Sud
Le Portugal étudie activement la faisabilité d’une interconnexion avec le Maroc pour rompre son isolement énergétique, en réponse à un sentiment d' »île énergétique » du Portugal. Prévu en 2026, le projet d’une troisième interconnexion entre le Maroc et l’Espagne est reporté à 2030 en raison de l’augmentation des coûts d’investissement pour ce projet.
Le réseau d’interconnexions électriques entre le Maroc et la péninsule Ibérique fait actuellement l’objet de nouvelles études de développement par le Portugal et l’Espagne. Parallèlement aux liaisons transméditerranéennes, qui ont prouvé leur utilité technique lors de la panne du réseau espagnol en 2025, le Maroc s’efforce d’étendre ses infrastructures vers le sud en direction de la Mauritanie.
L’essentiel
Le Portugal examine de manière active la faisabilité d’une interconnexion avec le Maroc pour rompre son isolement énergétique. Cette initiative répond à un sentiment d' »île énergétique » du Portugal et découle d’une idée déjà évoquée en 2025 pour remédier aux risques liées à la panne survenue le 28 avril 2025. Prévu initialement en 2026, le projet d’une troisième interconnexion entre le Maroc et l’Espagne a été reporté à 2030 en raison d’une révision imposée par l’autorité espagnole de régulation et de concurrence, due à l’augmentation des coûts d’investissement. Lancée en juin 2026 par la Commission européenne, l’initiative T-Med vise à renforcer l’acceptabilité politique et financière des projets d’interconnexion verte avec le sud de la Méditerranée. À long terme, la stratégie marocaine prévoit des exportations d’énergie verte vers le Nord de l’Europe, avec des projets majeurs ciblant notamment l’Allemagne (Sila Atlantik) et la France (Qantara Med).
Les détails
Les interconnexions avec les pays européens devraient se développer au cours des prochaines années avec la mise en œuvre du nouveau cadre européen T-MED, lancé en juin dernier pour promouvoir l’interconnexion verte avec le sud de la Méditerranée. Cette initiative donne une plus grande acceptabilité politique et financière aux projets d’interconnexion, qui devront être intégrés aux réseaux transeuropéens d’énergie (RTE-E). Lors d’une réunion européenne dédiée aux interconnexions pour le sud-ouest de l’Europe, qui s’est tenue à Paris le 6 juillet 2026, la ministre portugaise de l’Environnement et de l’énergie, Maria da Graça Carvalho, a annoncé que le Portugal étudiait la faisabilité d’une interconnexion électrique avec le Maroc. Bien qu’un projet d’interconnexion électrique entre l’Espagne et le Portugal ait été récemment inauguré le 2 juillet 2026, la ministre a souligné l’isolement énergétique de la péninsule Ibérique, déclarant : « Du point de vue de l’électricité et de l’énergie en général, nous sommes une île », selon Euronews.
Cette ambition n’est pas nouvelle ; elle remonte à 2025, lorsque la ministre a évoqué l’idée d’une interconnexion avec le Maroc en réponse à la panne géante de cette année-là.
Espagne-Maroc, le projet d’interconnexion relancé mais sous surveillance
Parallèlement à ses initiatives, l’Espagne envisage également une troisième interconnexion électrique avec le Maroc. Prévue dans le cadre d’un mémorandum d’entente signé en 2019 entre les gouvernements marocain et espagnol avec un lancement opérationnel annoncé pour 2026, cette interconnexion n’a pas encore été mise en œuvre. Le Secrétariat d’État espagnol à l’Énergie a récemment modifié le Plan de développement du réseau de transport d’électricité 2021-2026, publié au bulletin officiel espagnol le 21 mai dernier, en réponse à la panne d’électricité qui a frappé la péninsule Ibérique. La Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) a évalué cette modification. Dans son avis, la CNMC a reconnu l’intérêt du projet, affirmant que l’interconnexion avec le Maroc pourrait engendrer des retombées sociales profitables au-delà des seuls consommateurs d’électricité. Elle a cependant souligné le quasi-doublement des coûts d’investissement estimés, passant de 234,7 millions d’euros à 434,6 millions d’euros. Face à ce surcoût, la CNMC a recommandé une évaluation des bénéfices pour les consommateurs espagnols et la recherche de financements extérieurs, d’autant que la complexité technique du projet pourrait encore augmenter les coûts. L’autorité a également mis en garde contre la sensibilité des interconnexions sous-marines aux fluctuations du marché, ce qui pourrait retarder la mise en service jusqu’en 2033-2034 et a demandé que ces risques soient intégrés dans l’analyse des coûts. Par ailleurs, les deux câbles existants de 700 MW chacun reliant le Maroc à l’Espagne feront l’objet d’une inspection visuelle, pour laquelle un appel d’offres avec présélection a été lancé.
Black-out ibérique d’avril 2025 : le rôle du Maroc dans la restauration du réseau espagnol
Bien que l’interconnexion ait une capacité limitée, limitée à deux câbles sous-marins de 400 kV, le lien électrique entre l’Espagne et le Maroc a joué un rôle majeur dans la restauration du réseau espagnol après le black-out du 28 avril 2025 à 12h33, considéré comme la panne la plus grave et inédite en Europe depuis vingt ans. La remise sous tension du réseau espagnol s’est appuyée sur une stratégie combinée. La stratégie descendante a reposé sur le soutien des pays voisins, créant trois zones à fréquence et tension stables, qui ont été progressivement étendues et synchronisées. Deux appuis proviennent de la France, via le Pays basque et la Catalogne, et un troisième du Maroc, grâce à l’une des interconnexions passant par l’Andalousie. Pendant cette crise, il a été convenu avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) d’apporter un soutien allant jusqu’à 100 MW par le biais d’un des câbles sous-marins reliant les deux pays.
Selon le rapport d’investigation européen sur l’incident, la tension envoyée par le Maroc, reçue dès 13h04, a permis de débuter la restauration de la zone sud de l’Espagne depuis le poste de 400 kV à Tarifa, permettant aussi de réalimenter les centrales thermiques de la région. Après une déconnexion temporaire à 14h27, causée par le déclenchement d’un relais de sous-fréquence, la tension a été rétablie depuis le Maroc dès 14h34. Ce soutien a continué jusqu’à 19h18, quand toutes les zones du système péninsulaire espagnol étaient reconnectées au réseau synchrone européen, ce qui a grandement accéléré la fin du processus. Un point important à souligner est que, vu la taille et la faiblesse structurelle de l’interconnexion du réseau électrique marocain, le maintien du couplage entre les deux réseaux durant l’effondrement du réseau ibérique aurait probablement entraîné un effondrement de tension du côté marocain. Le Maroc a ainsi réussi à éviter cette situation tout en fournissant un soutien maîtrisé et efficace à la restauration du réseau espagnol.
Le Maroc regarde aussi vers le Sud
Le Maroc ne se limite pas à une approche d’interconnexion avec l’Europe. Il envisage également une liaison électrique avec la Mauritanie pour faciliter les échanges d’énergie, ainsi que ceux avec les pays d’Afrique de l’Ouest dans le cadre du système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (WAPP). À cette fin, une étude topographique pour la future ligne d’interconnexion électrique de 400 kV entre Dakhla, au Maroc, et Boulenouar, en Mauritanie, a récemment été lancée. Cette étude déterminera le tracé optimal d’environ 370 km le long de la frontière maroco-mauritanienne.
Ce projet fait partie d’une vision plus globale pour valoriser les énormes capacités renouvelables en développement dans les provinces du Sud. Ces ressources massives d’énergie verte visent également à répondre aux besoins croissants de l’industrie nationale, en particulier dans des secteurs difficiles à décarboner. Dans cette optique, le projet d' »autoroute électrique verte » consiste en une ligne de très haute tension (THT) de 1 400 km reliant Dakhla à Mediouna, près de Casablanca. D’une capacité de 3 000 MW, cette infrastructure stratégique augmentera significativement la capacité de transport nationale et accélérera le déploiement des énergies renouvelables dans les provinces du Sud. Les études géotechniques pour le tracé sont sur le point de débuter, suite au lancement récent de l’appel d’offres correspondant, représentant la dernière étape avant le lancement des travaux de construction.
Ce corridor énergétique renforcera l’attractivité du Maroc pour les industries énergivores, notamment celles liées aux batteries et au secteur automobile, en plein essor dans les régions septentrionales du Royaume. À ces projets s’ajoutent des interconnexions de long terme qui devraient se concrétiser au-delà de 2030, comprenant notamment la liaison avec l’Allemagne dans le cadre du projet Sila Atlantik, et celle avec la France via le projet Qantara Med, toutes deux visant à exporter l’énergie renouvelable marocaine vers le continent européen.
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