Maroc

Des avancées au Maroc dans sa transformation continue


L’avancée

Depuis plusieurs décennies, la modernisation des Forces armées royales a principalement reposé sur l’acquisition d’équipements fabriqués à l’étranger. Le Maroc a ainsi acheté des avions de combat, des véhicules blindés, des drones et des systèmes de défense, tout en restant largement dépendant de ses fournisseurs pour les pièces, la maintenance lourde et les évolutions technologiques.

Cependant, cette dynamique est en train de changer. Le 23 septembre 2025, Tata Advanced Systems Maroc a inauguré une usine à Berrechid dédiée à la production de véhicules blindés WhAP 8×8. Ce site a pour objectif de fournir les Forces armées royales et de cibler par la suite des marchés d’exportation, notamment en Afrique. Il s’agit de la première implantation industrielle de défense du groupe indien Tata Advanced Systems en dehors de l’Inde.

Le taux d’intégration locale annoncé débute à 35 % et devrait progressivement atteindre 50 %, à mesure que des fournisseurs s’installeront et que certaines pièces seront fabriquées au Maroc.

Cette montée en puissance commence à se concrétiser. En décembre 2025, le Royaume a reçu un premier lot de cinq véhicules dans le cadre d’une commande estimée à 150 unités. Trois mois plus tard, Metlonics Morocco a annoncé la fabrication de vingt premières coques blindées destinées à l’usine de Berrechid.

L’Administration de la défense nationale a recensé en novembre 2025 dix projets industriels autorisés, représentant un investissement de 260 millions de dollars et la création de plus de 2 500 emplois directs.

En quelques mois, l’industrie de défense marocaine est ainsi passée d’une ambition réglementaire à plusieurs implantations et chantiers identifiables.

Cette liste inclut, bien entendu, les blindés Tata, mais également des projets de production et de maintenance de drones avec Baykar, une ligne de drones Spy-X avec BlueBird Aero Systems, ainsi que le futur centre de maintenance aéronautique militaire de Benslimane.

Ce centre, nommé Maintenance Aéro Maroc, sera chargé d’effectuer des opérations lourdes sur les C-130 et d’accueillir plusieurs F-16. La première pierre a été posée en octobre 2025. Avec une superficie supérieure à 8 000 m², cette installation pourrait également accompagner la modernisation de la flotte marocaine vers le standard F-16 Viper et servir des appareils de pays partenaires.

Jusqu’à présent, ce type d’intervention nécessitait généralement de recourir à des infrastructures étrangères. La création d’une capacité nationale permet au Maroc de devenir un opérateur industriel et un centre potentiel de maintenance pour des appareils de pays partenaires.

Un mouvement similaire se dessine dans le secteur des drones. Les projets liés à Baykar et à BlueBird prévoient la production ou l’assemblage local, ainsi que la maintenance et la formation de techniciens marocains. En novembre 2025, une équipe technique marocaine a été accueillie par BlueBird pour préparer le lancement d’une ligne de production de drones Spy-X à Benslimane.

Une autre évolution majeure concerne la relation militaire avec les États-Unis. En février 2026, les forces marocaines et américaines ont testé une communication commune utilisant le système Link-16. Ce réseau permet aux avions, navires, véhicules et centres de commandement d’échanger en temps réel des données tactiques sécurisées.

Lors de l’exercice African Lion 2026, l’intégration a également concerné les flux vidéo provenant de drones marocains, qui ont pu être transmis vers des systèmes de commandement conjoints, jusqu’aux terminaux utilisés sur le terrain.

Parallèlement, une nouvelle feuille de route militaire Maroc–États-Unis pour la période 2026-2036 a été mise en place, mettant l’accent sur l’interopérabilité, le partage de données, la coproduction et l’intégration du Maroc dans certaines chaînes de valeur industrielles américaines.

Ce qui change

La loi 10-20 relative aux matériels et équipements de défense et de sécurité a ouvert la voie à la fabrication, au commerce, à l’importation et à l’exportation sous autorisation. Des zones industrielles dédiées et des incitations spécifiques ont ensuite été mises en place pour attirer les investisseurs.

L’année 2025-2026 apparaît ainsi comme celle où cette architecture a commencé à produire ses premiers effets tangibles. La naissance d’une industrie marocaine de défense répond à plusieurs transformations simultanées.

La première est d’ordre géopolitique. Les conflits récents ont révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement militaires, la rapidité de consommation des équipements et l’importance des capacités de maintenance.

La deuxième transformation est technologique. Les équipements militaires modernes allient mécanique, électronique, logiciels, données, capteurs et intelligence artificielle. Leur exploitation nécessite une base industrielle et humaine capable de comprendre leur fonctionnement et leurs évolutions.

La troisième transformation est économique. L’industrie de défense peut générer des emplois qualifiés, structurer des fournisseurs et créer des passerelles avec les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, de l’électronique et des matériaux avancés.

Le Maroc dispose déjà d’une base industrielle dans plusieurs de ces domaines. Le défi consiste désormais à convertir ces compétences civiles en capacités duales, utilisables à la fois dans les secteurs civils et militaires.