
Barrages : l’ANEF intensifie son action contre l’érosion et l’envasement
L’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) met en place une stratégie ambitieuse pour la protection des ressources en eau du Royaume. Présentée lors d’une visite de terrain, cette stratégie intègre le reboisement, la restauration des bassins versants, la lutte contre l’érosion et la reconstitution des écosystèmes forestiers.
Face à l’accélération de l’érosion des sols et à l’envasement croissant des barrages, l’ANEF déploie une approche intégrée visant à préserver durablement les ressources hydriques du Maroc. Cette initiative repose sur la restauration des bassins versants en amont des infrastructures hydrauliques, le renforcement du couvert forestier et le développement d’actions de conservation des eaux et des sols.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la convention-cadre de partenariat signée entre l’ANEF et le ministère de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, ainsi qu’Abderrahim Houmy, directeur général de l’ANEF, ont effectué une visite de terrain, ce lundi 27 juillet, dans la région Rabat-Salé-Kénitra, dédiée au suivi des programmes d’aménagement des bassins versants.
Cette visite s’inscrit dans le cadre de l’application de cette convention, qui a pour objectif de renforcer la coordination des interventions en matière de protection des ressources en eau, de lutte contre l’érosion des sols et l’envasement des barrages, ainsi que de restauration des écosystèmes forestiers, en accord avec la stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 ». À cette occasion, l’ANEF a présenté l’état d’avancement de ses principaux programmes et les projets prévus pour les années à venir.
Selon les données fournies par l’ANEF, le Maroc perd en moyenne 58,3 Mm³ de capacité de stockage des barrages chaque année en raison de l’envasement. Sur plusieurs décennies, le volume total perdu atteint 2,58 MMm³, dont 72% sont concentrés dans trois grands bassins hydrauliques. Actuellement, vingt-cinq barrages affichent une capacité inférieure à 70% de leur capacité initiale, tandis que dix barrages sont tombés sous le seuil de 50%.
Pour contrer ce phénomène, l’ANEF adopte une approche préventive en intervenant directement sur les bassins versants. Depuis le lancement du programme national, 33 bassins versants ont été étudiés, représentant près de 8 millions d’hectares, dont 15 Mha jugés stratégiques pour la protection des infrastructures hydrauliques. À ce jour, 1,14 Mha ont déjà été aménagés et plus de 3 Mm³ de seuils antiérosifs ont été réalisés pour ralentir le ruissellement, limiter le transport des sédiments et protéger les retenues des barrages. L’Agence souligne que cette démarche a permis d’accélérer le rythme des interventions de plus de 25% ces dernières années.
Dans la région Rabat-Salé-Kénitra, l’ANEF met en œuvre un programme spécifique pour les bassins versants alimentant les barrages El Kansra, Ouljet Soltane, Sidi Mohamed Ben Abdellah et Tiddas, avec un investissement global de 386 MDH sur la période 2026-2030. La majeure partie de cette enveloppe, soit 280 MDH, est dédiée au reboisement et à la régénération des écosystèmes forestiers. Le programme prévoit également la production de 11 millions de plants forestiers, la correction mécanique des ravins, l’ouverture et la réhabilitation de pistes forestières, ainsi que des actions génératrices de revenus pour les populations locales, notamment à travers la distribution de plants fruitiers, de fours améliorés et de ruches.
Au-delà de ce programme ciblé, la région Rabat-Salé-Kénitra bénéficie du Plan forestier régional 2020-2030, doté d’un budget de 2 MMDH, dont 1,8 MMDH est consacré à la mise en œuvre opérationnelle des différentes composantes. Ce plan prévoit notamment la régénération de 20.000 ha, le reboisement de 30.000 ha, la mise en défens de 235.000 ha, la production de 40 millions de plants, des travaux sylvicoles sur 143.000 ha, la correction de ravins sur 120.000 m³, ainsi que plusieurs actions de développement au bénéfice des populations rurales.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du programme « Forêts du Maroc 2020-2030 », qui vise la reforestation et la reconstitution de 600.000 hectares d’écosystèmes forestiers d’ici 2030. L’ANEF précise que cette nouvelle vision repose sur une gouvernance intégrée des bassins versants, l’utilisation d’outils numériques pour cartographier l’érosion, l’amélioration des techniques de lutte antiérosive et une meilleure coordination entre les différents acteurs concernés. L’Agence met également l’accent sur la restauration des écosystèmes situés en amont des barrages, afin de renforcer simultanément la sécurité hydrique, la résilience climatique et la préservation des sols.
Les données présentées soulignent l’ampleur des défis auxquels le Royaume est confronté. Parmi les barrages les plus affectés figurent Sidi Driss, dont plus de 92% de la capacité est impactée par l’envasement, Mohamed V (77%), El Khattabi (76%), Mechraa Homadi (74%) et Allal Al Fassi (71%). Dans la région Rabat-Salé-Kénitra, les barrages Sidi Mohamed Ben Abdellah, El Kansra, Tiddas et Ouljet Soltane font l’objet d’un suivi régulier par bathymétrie pour évaluer l’évolution de l’envasement et orienter les interventions sur leurs bassins versants.
