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« Une légion d’enfants » : Musk, Epstein et la quête des milliardaires pour la descendance.

Une maison charmante, un golden retriever et deux enfants : un garçon et une fille. Pour certains membres de l’élite mondiale, en particulier ceux de la Silicon Valley, cette image traditionnelle de la famille semble insuffisante. Pourquoi se limiter à deux enfants quand il est possible, grâce à des moyens financiers et aux avancées technologiques peu régulées aux États-Unis, d’en avoir beaucoup plus ?

Ce phénomène, connu sous le nom de pronatalisme ou « kidsmaxxing », est incarné par des figures comme Elon Musk, qui est sans doute le représentant le plus emblématique de cette tendance à la procréation débridée. Le milliardaire, qui est actuellement l’homme le plus riche du monde, a au moins 14 enfants issus de quatre mères différentes et a exprimé son souhait d’avoir une « légion » d’enfants. D’autres personnalités de la tech et de la droite américaine soutiennent également cette vision de familles nombreuses, souvent sans se soucier de l’éducation de leurs enfants. Par exemple, le milliardaire Stefan Soloviev aurait déjà eu 22 enfants.

Cette dynamique s’inscrit dans une volonté d’optimisation plutôt que dans un simple désir d’enfant. Susi Geiger, professeure de marketing à l’University College Dublin, évoque un « projet idéologique plus vaste » visant à façonner le monde face à des crises multiples et à un déclin démographique potentiel. Musk lui-même a souvent exprimé son inquiétude quant à la baisse des taux de natalité, qu’il considère comme l’un des « plus grands risques pour la civilisation », surpassant même les enjeux liés au changement climatique.

L’influence du pronatalisme ne cesse de croître aux États-Unis. Donald Trump a également encouragé un nouveau « baby-boom », se déclarant même « père de la FIV ». Dans cette optique, Malcolm et Simone Collins ont fondé en 2021 la Pronatalist Foundation, soutenue par des milliardaires comme Jaan Tallinn, cofondateur de Skype. Le couple, qui aspire à avoir entre 7 et 13 enfants, est convaincu de la supériorité de ses gènes.

« Une grande partie de l’élite technologique s’intéresse moins à la baisse de la fécondité qu’à la préservation de son patrimoine génétique », souligne Geiger. Des témoignages rapportent que Jeffrey Epstein nourrissait également l’ambition de « répandre son ADN dans la race humaine », allant jusqu’à envisager de transformer l’une de ses propriétés en centre de fécondation pour 20 femmes simultanément. De son côté, Pavel Durov, fondateur de Telegram, a fait état de ses 100 enfants biologiques, en réponse à quoi Musk a plaisanté en le comparant à Gengis Khan, célèbre pour sa descendance prolifique. Cette quête de filiation semble masquer un désir d’immortalité.

Ces hommes fortunés aspirent à vivre éternellement, soit par le biais de technologies qui préservent leur être, soit par la procréation. Geiger rappelle que cette obsession de la procréation n’est pas nouvelle, mais que la technologie actuelle permet à ce « complexe de Dieu » de prendre des proportions démesurées.

Le New York Times a rapporté qu’une clinique de fertilité a reçu un homme désireux d’avoir 200 enfants simultanément. En 2024, Bloomberg a révélé les ambitions de Greg Lindberg, un fraudeur américain, qui souhaitait créer une « grande famille blanche » en incitant de jeunes mannequins à lui donner leurs ovocytes, en échange d’argent et en renonçant à leurs droits parentaux. Une des donneuses a même mentionné qu’il désirait « 12 garçons aux cheveux blonds et aux yeux bleus », une exigence qui rappelle les idéaux du Troisième Reich. Geiger note des similitudes entre les idées eugénistes du début du XXe siècle et les discours contemporains qui encouragent ceux dotés de « gènes supérieurs » à procréer.

Parallèlement, la technologie favorise un « eugénisme positif », permettant de garantir que ces gènes « supérieurs » soient capables de se reproduire, souvent par le biais de la fécondation in vitro. Elon Musk aurait ainsi eu recours à un dépistage embryonnaire polygénique, selon The Information. Cette méthode coûteuse permet aux parents de choisir certaines caractéristiques génétiques de leur enfant, comme la prédisposition à des maladies ou un QI supérieur à la moyenne. En France, cette pratique est totalement interdite, et la frénésie nataliste n’y a pas encore fait son apparition, malgré les appels d’Emmanuel Macron à un réarmement démographique. À ce jour, seul Louis Sarkozy, avec son projet d’avoir une quinzaine d’enfants, semble réellement convaincu par cette vision.